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ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA
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Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet     Index du Forum -> HISTOIRE DE L'ALCHIMIE -> Les livres et grimoires célèbres d'Alchime
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Adama
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 21:51 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant


frontispice de l'Atalanta fugiens [cliquez sur l'image pour l'agrandir]
EPIGRAMME DE L’AUTEUR
L’audacieux jeune homme1 emporta le trésor
Du jardin d’Hespéros2 quand des mains de Cypris3
II eut reçu le triple fruit4.
La vierge fuit ; il suit et lance sur le sol
La pomme qui l’attire et ralentit sa course.
Vite il bondit ; mais elle, vite, le devance,
Plus prompte que l’Eurus5. Il sème devant elle
De nouveaux présents d’or. La vierge un court instant
S’attarde, mais bientôt elle fuit de plus belle,
Jusqu’à ce que, l’amant renouvelant les poids6,
Noble prix, Atalante à son vainqueur se rende.
Hippomène est la force du soufre7 ; la vierge,
Mercure fugitif ; le mâle vainc la femme.
Lorsque, saisis d’amour, ils s’étreignent tous deux,
Au temple de Cybèle8, irritant la déesse,
Elle se venge en les vêtant de peaux de lions
Qui font rougir leurs corps et les rendent sauvages9.
Pour exprimer au mieux ce que fut cette course
Ma muse t’offre ici les trois voix de la fugue.
L’une est simple et durable ; elle est fruit qui retarde ;
Mais la seconde fuit, que poursuit la troisième10.
Des oreilles, des yeux accueille ces emblèmes,
Puis guide ta raison vers leurs signes secrets.
J’ai mis devant tes yeux l’appât de ces images :
L’esprit doit y trouver les choses précieuses.
Les biens de l’univers, les remèdes qui sauvent
Te seront tous donnés par ce double lion11.

portrait de Michel Maier
----------
AU TRES EMINENT, TRES ILLUSTRE ET TRES EXCELLENT
ORDRE SENATORIAL DE
MULHAUSEN
EN THURINGE IMPÉRIALE
Hommes très remarquables par la vertu, la science et la vraie noblesse de l’âme,
Et à son. syndic très vigilant,
CHRISTOPHE
reinart, Docteur en droit, etc.
A tous et à chacun de ses seigneurs à qui sont dus respect et honneur,
Michel Maier, Médecin impérial. Comte conseiller, chevalier du Palais de César, consacre, dédie et offre très respectueusement, quelle qu’en soit la valeur, ce témoignage de sa bienveillance et de sa gratitude.
HOMMES très éminents et très sages, on rapporte de ce fameux trépied offert par Vulcain à Pélops12 lorsqu’il prit pour femme Hippodamie13, fille du roi d’Elide Oenomaos14, qu’en raison de la perfection de son art, Pélops l’offrit ensuite, à Delphes, à Apollon Pythien15, afin qu’une vierge rendît, grâce à lui, des oracles sous l’inspiration du Dieu. Ainsi, le présent trépied élaboré par Vulcain ayant été mis à ma disposition, j’ai décidé, mû par l’exemple de Pélops, de le consacrer et de l’offrir à une place et à un ordre qui en soient très dignes et avant tous les autres, certes, à vos Eminences et à vos Excellences, non, à la vérité, pour qu’il rende des oracles (encore que ceux-ci n’y fassent pas défaut, mais ce sont des oracles chymiques), mais afin de témoigner publiquement d’une manière quelconque l’empressement de mon cœur et les bonnes dispositions de ma volonté envers Vous qui il y a quelques années avez bien voulu, à mon passage parmi vous, à une époque où, je faisais partie des médecins conseillers de Sa Majesté Impériale Rodolphe II de divine mémoire, déclarer à son ministre quels étaient vos sentiments à l’égard de votre seigneur, sentiments les plus nobles et les plus dignes de votre condition. Depuis ce temps j’ai vanté vos vertus auprès des étrangers autant qu’il a été en mon pouvoir, mais je me suis en outre réellement efforcé d’ouvrir davantage ma pensée et de la prodiguer d’une façon plus abondante à vos Excellences. Ayant senti que je ne pouvais le faire autrement que par un modeste présent littéraire, et ayant consacré quelque soin à cette Atalante Fugitive, j’ai voulu la dédier entièrement, quelle qu’en soit la valeur, à vos Eminences et à vos Excellences, imitant en cela les écrivains de notre époque et de l’antiquité qui n’ont jamais voulu se produire en public ou aller sur les lèvres des hommes sans un appui, un guide ou un compagnon. Si en effet ils étaient venus à tomber, qui les aurait secourus ? Je vous prie de m’autoriser à vous appeler les patrons de ce petit ouvrage, non qu’autant que je sache, vous ayez appliqué la main ou l’esprit a cette étude, difficile en vérité (car de très importantes affaires ne vous en ont pas laissé le loisir), mais parce que vous me paraissiez tout à fait capables de protéger quelque partie de la science et qu’aucune matière ne m’a paru plus digne et plus honorable (sauf abus), eu égard à l’époque. Quoi qu’il en soit, vous manifesterez (je le sais) votre estime pour mes efforts, en considérant non la pauvreté du volume, mais la candeur de mon âme, et vous me tiendrez et compterez à l’avenir au nombre des plus respectueux serviteurs de vos Excellences. Adieu.
Donné à Francfort-sur-le-Main en l’an 1617, au mois d’août.
PREFACE AU LECTEUR.
L‘HOMME, candide lecteur, est, de l’avis de tous, un abrégé de l’univers par la manière dont il est composé16, et il est destiné à vivre trois genres de vies, à savoir, la vie végétative dans le sein maternel où il croît et augmente à la manière d’une plante ; la vie sensible, qu’il mène dans ce monde où il est conduit surtout par ses sens, comme les autres animaux dont il diffère en ce qu’il commence à se servir de son intelligence, bien que d’une façon imparfaite ; et enfin la vie intelligible, dans l’autre monde, auprès de Dieu et des intelligences qui l’assistent ou bons Anges17. Dans la vie présente, plus quelqu’un approche de la nature divine, plus il trouve de joie et de plaisir dans les choses qui doivent être explorées à l’aide de l’intelligence, réalités subtiles, merveilleuses et rares. Au contraire, plus quelqu’un penche vers la catégorie des bêtes sans raison, et moins il est attiré par ces réalités, et plus il est assujetti à une manière de sentir corporelle. Nous pouvons voir des exemples de ces deux sortes d’existences : quelques-uns, les plus savants, formés par les arts et les sciences, s’adonnent au premier genre de vie ; la plupart se livrent au second, c’est-à-dire aux plaisirs du corps, à la débauche, à la gourmandise, à la magnificence extérieure et aux choses analogues.
Pour développer l’intelligence, Dieu a caché dans la nature une infinité de secrets (arcanà) que l’on extrait, comme le feu du silex, et que l’on met en pratique, grâce à toutes sortes de sciences et d’arts. Parmi eux, les secrets chymiques ne sont pas les derniers mais bien les premiers et les plus précieux de tous, après la recherche des choses divines. Ils doivent être poursuivis, non par les charlatans de foires et les faux chimistes qui font illusion (ils sont comme des ânes devant une lyre, aussi éloignés que possible de toute science et de tout dessein excellent) mais par des esprits élevés, qui ont reçu une éducation libérale et sont nés pour explorer les réalités les plus hautes ; ce sont là en effet des choses très subtiles, augustes, sacrées, rares et obscures, qui, pour cette raison, doivent être saisies par l’intelligence avant de l’être par les sens, grâce à une contemplation profonde qui s’opère par la lecture des auteurs et leur comparaison entre eux et avec les œuvres de la nature, plutôt qu’au moyen d’une opération sensible ou une expérience manuelle, qui est aveugle si la Théorie ne la précède18.
A la suite des sciences intellectuelles et tout près d’elles sont placées celles qui traitent d’un objet visible ou audible ; ainsi l’optique ou perspective, et la peinture que certains poètes appellent muette, de même que la poésie est pour eux une peinture parlante; nommons encore la musique vocale ou instrumentale. Les anciens philosophes s’exercèrent dans ce dernier art au point que celui qui avait refusé la lyre dans les festins était déclaré ignorant et contraint de chanter en tenant une branche de myrte, comme on le lit à propos de Thémistocle.
Socrate était versé dans la musique, et Platon lui-même, qui déclare composé de façon inharmonieuse celui qui ne goûte pas l’harmonie musicale19. Pythagore s’illustra également dans cet art, lui qui, dit-on, utilisait le moyen d’un concert de musique le matin et le soir pour bien disposer les esprits de ses disciples. La musique possède en effet ce pouvoir particulier d’exciter ou d’adoucir les sentiments, selon les différents modes musicaux. Ainsi le mode phrygien20, était appelé par les Grecs belliqueux parce qu’on l’utilisait à la guerre et en allant au combat, et qu’il était doté d’une vertu singulière pour exciter le courage des soldats. A sa place on se sert maintenant du mode ionien qui était autrefois tenu pour propre à éveiller l’amour (comme l’est aujourd’hui le mode phrygien, ce qui nous fait supposer qu’ils ont été intervertis)21. On dit que Timothée de Milet se servit du mode phrygien pour rendre Alexandre le Grand plus prompt et plus hardi aux choses de la guerre, ce que Cicéron mentionne au second livre des Lois. Le Lesbien Terpandre usait du mode ionien. Mandé par les Lacédémoniens que des troubles et des séditions opposaient entre eux, il apaisa leurs esprits par la douceur de son chant au point qu’ils revinrent à des sentiments d’amitié et cessèrent toute sédition. Depuis ce temps les chanteurs lesbiens méritèrent toujours le premier prix au jugement des Spartiates. Fabius dit de la musique :
« La musique est un divertissement agréable et très honorable, très digne d’esprits libéraux ».22
C’est pourquoi, afin de posséder en quelque sorte d’un seul coup d’œil et d’embrasser à la fois ces trois objets des sens les plus spirituels : la vue, l’ouïe et l’intelligence elle-même, et pour faire pénétrer en une seule et même fois dans les esprits ce qui doit être compris, voici que nous avons uni l’Optique à la Musique, et les sens à l’intelligence, c’est-à-dire les choses précieuses à voir et à entendre, avec les emblèmes chymiques qui sont propres à cette science. Lorsque les autres arts présentent des emblèmes concernant les mœurs ou toutes choses autres que les secrets de la nature, cette méthode paraît étrangère à leur but et à leur fin, puisqu’ils veulent et doivent être compris de tous. Il n’en va pas de même de la Chymie qui doit être vue, telle une chaste vierge, au travers d’un treillage, et, comme Diane, non sans un vêtement de couleurs variées, pour des raisons qui ont été exposées ailleurs23. Reçois donc en une seule et même fois, dans un seul livre, ces quatre sortes de choses : compositions fictives, poétiques et allégoriques ; œuvres emblématiques, gravées dans Vénus ou le cuivre, non sans Vénus ou la grâce ; réalités chymiques très secrètes à explorer par l’intelligence ; enfin compositions musicales des plus rares, et applique à ton usage ces choses qui te sont dédiées. Si cet usage est plus intellectuel que sensuel, il te sera un jour d’autant plus profitable et plus agréable. Mais si l’utilisation en est d’abord revendiquée par les sens, il n’est pas douteux que le passage se fasse du sens à l’intelligence, comme par une porte. On dit en effet qu’il n’y a rien dans l’intelligence qui ne soit entré par un sens quelconque, l’intelligence de l’homme qui vient de naître étant tenue pour une sorte de table rase sur laquelle il n’y aurait encore rien d’écrit, mais où l’on pourrait écrire toutes choses au moyen des sens, comme avec un stylet24. Et l’on dit communément : « On ne désire pas ce qu’on ignore », parce qu’il faut que les sens, agissant en qualité d’investigateurs et de messagers, apportent et fassent connaître en premier lieu tout ce qui peut être su à l’intelligence, comme au premier magistrat et à l’arbitre, à la manière de gardiens qui veillent à la porte (leurs organes) de quelque cité.
J’ajouterai quelques mots pour expliquer le titre de ces emblèmes, afin qu’il ne te semble pas étrange et peu adapté. Atalante a été célébrée par les poètes pour la fuite qui lui permettait de précéder tous ses prétendants à la course. Ainsi, à la place de la vierge, récompense promise de la victoire, les vaincus trouvaient la mort, jusqu’au jour ou Hippomène, jeune homme des plus audacieux et prévoyant, la vainquit et l’obtint en jetant dans sa course trois pommes d’or l’une après l’autre. Pendant qu’elle les ramassait, elle fut dépassée par lui, alors qu’elle allait atteindre le but. De même que cette Atalante fuit, une voix musicale fuit toujours devant l’autre, et cette autre la poursuit, comme Hippomène. Cependant elles sont stabilisées et consolidées dans la troisième qui est simple et d’une seule valeur, comme par une pomme d’or25. Cette même vierge est purement chymique ; elle est le mercure philosophique fixé et retenu dans sa fuite par le soufre d’or. Si quelqu’un sait l’arrêter, il possédera l’épouse qu’il recherche, sinon, il trouvera la perte de ses biens et la mort. Hippomène et Atalante s’unissant d’amour dans le temple de la Mère des Dieux, qui est le vase, deviennent des lions, c’est-à-dire qu’ils acquièrent la couleur rouge. Cette vierge remporta encore la victoire devant des hommes lorsqu’elle tua un certain sanglier d’une grandeur prodigieuse et qu’elle reçut pour cela une récompense des mains de Méléagre26. Auprès du temple d’Esculape à Stéthée, elle frappa un rocher et en fit jaillir de l’eau dont elle but, dans sa soif27. Comme toutes ces choses sont en réalité allégoriques et emblématiques et nullement historiques, j’ai voulu consacrer ce traité emblématique en commémoration intellectuelle de cette héroïne, étant donné, en particulier, que les pommes jetées vers elle provenaient des jardins d’Hespérie et avaient été remises à Hippomène par Vénus, déesse de la suavité.
Dans ces petits morceaux ou fugues, vous verrez que l’on a veillé à ce que chaque distique adapté à ces trois voix puisse être chanté d’une façon aisée. Tant de variétés de fugues y ayant été accommodées à une simple voix, tout homme doué de jugement et comprenant cette représentation emblématique l’approuvera, de la même manière que son adaptation à chaque voix, et la tiendra en une certaine estime. Si en effet des marchands apprécient et achètent pour une grande somme d’argent quelque peinture d’artiste où seuls les yeux sont trompés, parce qu’ils la jugent proche de la nature, comment des hommes de lettres n’accorderaient-ils pas du prix et une grande valeur à ces figures mises au service de l’intelligence et de plusieurs sens, de telle sorte qu’un grand profit peut en être espéré, en plus de l’agrément ? Adieu28.



Notes
1. Il ne s'agit pas d'Hercule dont les exploits sont relatés dans la section Fontenay. Maier veut parler d'Hippoménès, fils de Mégarée et petit-fils de Poséidon. Voici ce qu'en dit Pernety dans son Dictionnaire :
Citation:
Hippomene. Fils de Macarée, se mit sur les rangs pour épouser Atalante. Il la vainquit à la course par le moyen de trois pommes d’or qu’il jeta successivement derrière lui, et qu’Atalante s’amusa à ramasser. Voyez les Fables dévoilées, liv. 2, chap. 3.

FIGURE I
(Atalante et Hippoménès)


Hippoménès implora l'aide d'Aphrodite pour tâcher de battre à la course Atalante. La déesse donna à l'amoureux trois pommes d'or, sans doute cueillies dans le jardin des Hespérides [[color=#000099]après qu'Hercule ait vaincu le dragon qui en gardait l'entrée ?[/color]], et lui conseilla de les semer une à une dans la carrière où devait se dérouler la course. Intriguée par ces pommes, Atalante s'arrêta par trois fois pour les ramasser et ne put l'emporter sur Hippoménès qu'elle épousa [[color=#000099]sources : Apollodore, Bibliothèque : I,8,2; III,9,2 - Ovide, Métamorphoses :VIII,316; X,560 - Pausanias, Périégèse :III,24,2; V,19,2VIII,35,10; VIII,45,2[/color]]
Il est important de noter le symbolisme propre au nombre 3. Il s'agit du nombre des principes de l'oeuvre [[color=#000099]Esprit, Âme et Soufre[/color]]. On voit que l'intérêt d'Hippoménè est de fixer l'attention d'Atalante. Par là, on voit qu'Atalante fugitive est le pricnipe volatil de l'oeuvre ; que les pommes d'or forment le Soufre ou teinture métallique et qu'Hippoménè est le moyen ou artifice par lequel le Mercure peut être fixé.
2. le Jardin des Hespérides [[color=#000099]cf. Matière[/color]], gardé par le dragon Ladon [Ladwn].
3. Cypris, nom de Vénus, honorée dans l'île de Chypre. C'est aussi une allusion déguisée au vitriol bleu, minerai de sulfate de cuivre. C'est donc une relation indirexte à Arès, par l'acide vitriolique contenu dans le cuivre chyprien. Nous avons là un exemple de l'ambiguité classique des textes hermétiques [[color=#000099]cf. Atalanta L[/color]]. KupriV = Kypris ou Aphrodite. Le relations à la vigne et à l'olivier sont aussi une désignation indirecte de Vénus - Aphrodite. Les Grecs croyaient qu'Aphrodite était née de l'écume des flots et un caisson de l'Hôtel Lallemant montre une mérelle [[color=#000099]coquille[/color]]

FIGURE II
(caisson de l'Hôtel Lallemant - Bourges - cliché Alain Mauranne)

qui aurait pu être le vaisseau dans lequel apparaît d'habitude Aphrodite : dans ce caisson, on observe un scorpion, signe là encore de l'ambiguité qui peut exister entre l'amour et la mort...En proche assonance, on trouve ajronitron qui désigne de l'écume ou de la fleur de nitre, de salpêtre, sel qui est nommé toujours sous les dehors de Vénus - Aphrodite dans les textes. Les alchimistes disent qu'il s'agit du fou de l'oeuvre [[color=#000099]relation avec [/color]ajrontistew]. On trouve aussi ajroV qui est de l'écume et ajroselhnoV qui est de la séélnite, c'est-à-dire du gypse ou pierre spéculaire. On signale encore une sorte de laitue [[color=#000099]qui se rattache à l'euphorbe[/color]], ajrojuks, de nature écumeuse [[color=#000099]cf. Atalanta, XLI[/color]].
4. il s'agit des trois pommes d'or.
5. un des quatre vents cardinaux, avec Zéphyrus, Aquilo et Auster. On trouve cet article dans le Dictionnaire de Pernety :
Citation:
VENT DOUBLE. Basile Valentin (sixième Clef) l'appelle Vulturnus, ou du Sud-sud-est, et dit qu'on a d'abord besoin de ce double vent, et puis d'un vent simple qui se nomme Eurus ou Vent d'Orient, qu'il nomme aussi du Midi. Après qu'ils auront soufflé, l'air se convertira en eau. Tout cela indique la volatilisation de la matière qui monte en vapeurs au haut du vase, où elles se condensent, et retombent en pluie. Ce qui l'a fait appeler Vent du Midi, c'est parce que le vent qui souffle de ce côté-là nous donne presque toujours la pluie.

l'Eurus est le vent qui brûle [[b]Atalanta, XXXII[/b]]. On le désigne aussi en tant que fils d'Eos [EwV, aurore, point du jour « aux doigts rosés »]. Sur les vents, voyez aussi Atalanta XV, XXVII.
6. C'est-à-dire les paliers. A chaque fois qu'Atalante s'arrête pour ramasser les pommes d'or, elle se « fixe » davantage. C'est une allusion au poids de l'Art comparé au poids de Nature. Le premier est connu de l'Artiste : il s'agit des quantités de matière qu'il met dans son creuset. Le second poids est celui de la proportion d'éléments qui s'associent les uns aux autres : ce poids, nois dit Fulcanelli, n'est connu que de Dieu.
7. Hippoménès ne constitue pas le Soufre à proprement parler, mais le moyen ou artifice qui permet d'obtenir et la réincrudation du Soufre et la fixation progressive de l'eau mercurielle. Il faut d'ailleurs noter que ces deux processus ne sont qu'une seule et même opération. D'où la devise des alchimistes qui dit tout [pour l'Adepte] et rien [pour le néophyte] : « Solve et Coagula ».
8. Cybèle, la grande déesse d'Asie Mineure, symbolise l'athanor qui contient le vase de nature. Voyez en recherche.
9. parabole sur la dissolution des matières ; l'allégorie met d'abord en scène le lion vert, puis à un stade ultérieur de l'oeuvre, le lion rouge. Dans le cas présent, le Lion vert est représenté par Ataalnte et le Lion rouge, par Hippoménès.
10. Il s'agit de cinquante fugues à trois voies qui ornent l'épigramme de chacun des cinquante emblèmes. Certaines de ces fugues ont été notées sur partitions au format midi [site levity].
11. Un seul traité donne l'image de ce double Lion. Il s'agit de l'emblème XV de la Philosophia Reformata de Mylius. Sur le lion, voyez l'article de Pernety, dans son Dictionnaire, que nous reproduisons dans le traité de Mylius. Le Lion vert doit être trouvé en Orient [Lucifer] et l'Aigle [la femme] doit être trouvé au Midi.
---------------
12. sur Pélops, cf. Atalanta, XLIV. Dans ses Fables, t. I, Pernety parle de Pélops en le désignant comme la matière au noir.
13. sur Hippodamie, cet article de Pernety :
Citation:
Hippodamie. Fille d’Enomaus, épousa Pélops, après que celui-ci eut, par stratagème, vaincu Oenomaus à la course du char. C’était la condition que ce Roi d’Élide imposait à ceux qui demandaient sa fille en mariage. V. OENOMAUS

14. sur Oenomaus :
Citation:
Œnomaus. Père d'Hippodamie, ayant appris de l'oracle que son gendre le ferait périr; pour éviter ce danger et se défaire de tous ceux qui courtisaient sa fille, il leur déclara qu'il ne la donnerait qu'à celui qui le vaincrait à la course du char. L'amant devait passer devant, et Œnomaus le poursuivait la lance à la main pour le tuer, s'il ne remportait pas la victoire suivant les conventions. Œnomaus en avait déjà fait périr plusieurs, lorsque Pélops, qui n'en fut point intimidé, se présenta pour entrer en lice. Mais il usa de supercherie; il gagna Myrtile, cocher d'Œnomaus, et l'engagea à faire briser le char de ce Prince, qui périt dans la chute; et Pélops obtint Hippodamie. Voyez les Fables Egypt. et Grecq. dévoilées, liv. 6, Fatalité 4.

Il s'agit d'une autre version de la fable d'Atalante et d'Hippoménès.
15. Ce trépied est cité dans l'Atalanta XLVI et nous en donnons la reconstitution, figure V.
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16. l'homme comme abrégé de l'univers. Il existe au moins deux gravures qui mettent en évidence, par les quatre eléments ou par les signes du zodiaque, la part du divin dans l'homme. En voici une :
 



FIGURE III
(l'homme zodiacal : mandorle montrant un écorché spirituel du corps humain)

17. Michel Maier, par analogie, donne les trois états de la matière dans le magistère. Le sein maternel est le Mercure dans lequel croît l'embryon hermétique, une fois que la conjonction radicale a eut lieu. La conjonction se réalise dans le signe de la Balance et la gestation, dans celui de la Vierge. L'opération nécessaire de la dissolution s'est opérée auparavant, depuis le signe du Lion jusqu'à celui des Gémeaux. Voyez là-dessus l'Atalanta, XLV et aussi : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7. La vie sensible et l'intelligence sont le signe de la fin de cette période de gestation dans le Mercure et annoncent la réincrudation du Soufre, que les alchimistes ont voilé par la parabole de la chute de l'Âme dans le Corps.
18. On s'est efforcé, dans ces pages, de respecter en tout point ces réflexions de Maier, qui rejoignent absolument celles de Fulcanelli, en passant par Bernard de Trévise, Philalèthe et Basile Valentin. Nul ésotérisme de mauvaix aloi n'est perceptible dans les cinquante emblèmes de l'Atalanta fugiens et en son temps, comme Fulcanelli au début du XXe siècle, Michel Maier fait passer l'alchimie au rang de science positive. Nous avons fait voir que deux courants pouvaient être dégagés de l'alchimie : l'un, positif, résultant du travail des pierres communes que certains Artistes ont réussi à « transmuter » - ce mot est impropre - en pierres précieuses [toute cette partie est indissociable du travail de la poterie, de la céramique, de la faïence et de la porcelaine]. De même, l'alchimie positive n'est pas envisageable si l'on n'y associe pas l'art de la verrerie [cf. Loysel et Bosc d'Antic]. L'autre courant de l'alchimie est entièrement chimérique : c'est celui qui considère comme possible la transmutation d'un métal, qualifié de « vil » en métal noble comme l'argent et, surtout, l'or. Là encore, nous avons montré qu'un métal inconnu, qui a été peut-être découvert par hasard par un potier, du temps de Tibère, possédait des propriétés qui le rendaient intermédiaires, dans l'ordre de la perfection, entre l'or et l'argent. C'est à Henri Sainte Claire Deville que l'on doit d'avoir inventé un procédé de dépuration économique de ce métal : l'aluminium.
19. De façon générale, il est rare de rencontrer un individu, qui, d'une façon ou d'une autre, soit absolument insensible à ce que l'on appelle vulgairement un « air » de musique. Le trait d'une grande dureté d'esprit semble commun à ces gens là. Cela étant dit, d'ailleurs pour mémoire et sans aucune connotation péjorative.
20. mode phrygien : allusion à Cybèle et au Pont-Euxin. Les alchimistes ont noté, généralement, l'importance de la musique dans leur Art et certains, comme E. Canseleit, sont allés jusqu'à dire que l'alchimie était l'art de la musique. Sans aller jusque-là, on ne peut nier certaines analogies : les Anciens connaissaient sept métaux et sept planètes. De même, il y a sept notes de musique. La gamme majeure est constituée de 7 notes. On la découpe donc en 7 positions, que l'on appelle les 7 modes grecs, chacun possédant un nom particulier : lydien, myxolidien, aéolien, etc. La gamme majeure la plus simple est celle de DO : elle est dépourvue de toute altération (dièses ou bémols) : DO-RE-MI-FA-SOL-LA-SI. On se base sur cette gamme pour définir les intervalles entre les 7 modes, et les intervalles entre chacune des notes successives de chaque mode. Ainsi, si on décale chaque note de la gamme de DO majeur de +1 ton, on passe très simplement en gamme de RE majeur, etc.
Ainsi, le mode ionien forme la fameuse gamme majeure do ré mi fa sol la si do. Elle s'appelle en fait DO IONIEN [ion = violette. Voir ce mot en recherche.. Le 2ème mode s'appelle la gamme de RE DORIEN. Il s'agit des mêmes notes mais la tonalité est en ré mineur. Le 3ème mode s'appelle la gamme de MI PHRYGIEN ; il est très apprécié par son côté sombre et sinistre. Le 4ème mode est la gamme de FA LYDIEN ; c'est une gamme majeure. Le 5ème mode est la gamme de SOL MYXOLYDIEN. Le 6ème mode est la gamme du LA AEOLIEN, très usitée dans les style de musique, cette gamme est mineure. Le 7ème et dernier mode est très peu utilisé : il s'agit du SI LOCRIEN.
21. on peut se risquer à un trait de cabale : le mot ionien rappelle le vocable grec ion qui signifie violet. C'est la couleur azurée au sommet des montagnes, là où s'opère la conjonction des matières. Or, la dissolution est l'opération par laquelle cette conjonction peut se produire. C'est la raison pour laquelle Maier insiste sur le changement entre le mode ionien et le mode phrygien.
22. le symbolisme d'Orphée, qui joue de sa lyre, est constant dans les textes. Il apaise les animaux sauvages et invite aux jeux de l'amour. Il s'agit là d'une parabole sur la conjonction des natures métalliques qui ne peut intervenir sans le tiers-agent que les alchimistes appellent Mercure.
23. Le vêtement de couleurs variées est une allégorie sur les couleurs de l'oeuvre. D'habitude, les emblèmes montrent des cuirasses ou des vêtures de couleurs différentes qui évoquent les trois teintes cardinales de l'oeuvre : le noir, le blanc et le rouge. Des textes importants, dont le Filet d'Ariadne insistnt sur la couleur jaune-orangé qui est celle d'Eos aux doigts rosés.
24. Le Mercure ne saurait en effet suffire à l'Artiste, s'il ne dispose pas des matières qui doivent s'y dissoudre. Les textes nomment en général l'une d'elles le dragon babylonien et l'autre l'Acier.
25. Les fugues que nous présentent Maier sont à trois voies : l'une est le Soufre, l'autre, le Corps et la troisième voie est le Mercure : c'est celle qui est simple et d'une seule valeur.
26. allusion au sanglier de Calydon, cf. Atalanta, XLI et XLVI. Atalante fut la première à porter un coup mortel au sanglier de Calydon. C’était une bête monstrueuse qui ravageait le territoire de Calydon. Il tuait le bétail et terrorisait les habitants du pays. Il fut tué par Méléagre.
27. cf. l'introduction à l'Atalanta fugiens.
28. C'est donc sur de la musique que Michel Maier prend congé de ses lecteurs. Beethoven a dit que la musique était plus haute que toute forme de philosophie ou de sagesse. Nous souscrivons tout à fait à cette formule, sans restriction aucune. Pour les lecteurs intéressés, nous avons développé à propos du chef d'orchestre Sergiu Celibidache nos idées touchant à la musique et à l'art de l'interprétation. D'ailleurs, d'autres sections sur la musique sont en cours de développement et nous espérons intégrer les fugues de la manière que Maier avait en vue lorsqu'il finit son introduction.
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 21:53 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant

Portavit eum ventus in ventre suo.
(Le vent l’a porté dans son ventre1)

Epigramma I
L’embryon enfermé dans le sein de Borée
S’il apparaît un jour, vivant, à la lumière
Peut, lui seul, surpasser les labeurs des héros
Par son bras, son esprit, son corps ferme, son art.
Qu’il ne soit pas pour toi avorton inutile,
Agrippa ou Céson, mais né sous un bon astre.2



FUGA I


DISCOURS I.
Hermès, investigateur très diligent de tout secret naturel, donne dans sa Table d’Emeraude3 une description écrite, bien que succincte, de l’œuvre naturelle, où il dit entre autres choses :
" Le vent l’a porté dans son ventre ",
comme s’il disait
" Celui dont le père est le Soleil, et la Lune la mère, avant d’être produit à la lumière, sera porté par des fumées de vent, comme l’oiseau par l’air pendant qu’il vole ".4
La coagulation des fumées ou vents (qui ne sont rien d’autre que l’air mis en mouvement) produit l’eau qui, mélangée avec la terre, donne naissance à tous les minéraux et les métaux. Bien plus, il est établi que ces derniers corps se composent eux-mêmes de fumées et se coagulent immédiatement. Donc qu’il soit placé dans l’eau ou dans la fumée, cela revient au même puisque l’une et l’autre sont la matière du vent.5 Il faut en dire autant, quoique d’une façon plus lointaine, des minéraux et des métaux. Mais, demandera-t-on, quel est celui qui doit être porté par le vent ? Je réponds : chimiquement c’est le soufre qui est porté dans l’argent-vif comme l’attestent Lulle au chapitre 32 du Codicille, et tous les autres6 ; au point de vue physique c’est le fœtus qui doit bientôt naître à la lumière ; je dis aussi qu’au point de vue arithmétique, c’est la racine du cube ; dans le domaine de la musique c’est la double octave ; au point de vue géométrique, c’est le point, principe de la ligne qui s’écoule ; à l’égard de l’astronomie c’est le centre des planètes Saturne, Jupiter et Mars.7 Bien que ces sujets soient divers, cependant, si on les compare entre eux avec soin, ils révéleront aisément le fœtus du vent, ce qui doit être laissé à la plus ou moins grande industrie de chacun.
Mais je désigne ainsi la chose d’une façon plus claire : tout Mercure est composé de fumées, c’est-à-dire d’eau qui soulève la terre avec elle dans la faible densité de l’air, et de terre qui force l’air à redevenir une terre faite d’eau ou une eau faite de terre.
En effet, les éléments sont partout, en lui, mélangés et comprimés, réduits l’un par l’autre en une certaine nature visqueuse ; par contre, ils ne se séparent pas aisément, mais tantôt ils suivent vers le haut les substances volatiles, tantôt ils demeurent en bas avec les fixes, ce qui apparaît d’abord dans le Mercure vulgaire et aussi dans le Mercure philosophique et les métaux fixes. Chez ceux-ci les éléments fixes dominent sur les volatils, dans celui-là les volatils l’emportent sur les fixes.8
Et ce n’est certes pas sans cause que Mercure est appelé et regardé comme le messager, l’interprète des autres dieux, et, en quelque sorte, leur serviteur courant dans l’espace intermédiaire, avec des ailes adaptées à la tête et aux pieds. Il est en effet plein de vent et vole à travers les airs comme le vent lui-même, ainsi qu’en général la preuve en est faite, au grand détriment de beaucoup. Il porte le Caducée, ceint obliquement de deux serpents, qui a le pouvoir d’introduire les âmes dans les corps, de les en faire sortir, et d’exercer de même de nombreux effets contraires ; ainsi il représente parfaitement le symbole du Mercure des Philosophes.9
Le Mercure est donc le vent qui reçoit le Soufre ou Dionysos, ou, si l’on préfère, Esculape, à l’état d’embryon imparfait, tiré du sein maternel, je dirai même des cendres du corps maternel consumé, et porté là où il peut mûrir.10 Et l’embryon est le Soufre qui a été infusé par le Soleil céleste dans le ventre de Borée pour que celui-ci le conduise à maturité et l’enfante. Car Borée, au terme de la gestation, mit au monde deux jumeaux, l’un à la chevelure blanche, nommé Calaïs, l’autre aux cheveux rouges appelé Zétès.11 Ces fils de Borée (comme l’écrit le poète Orphée) furent, avec Jason, au nombre des Argonautes partis pour ramener la Toison d’Or de Colchide. Le devin Phinée, dont les mets étaient souillés par les Harpyes, ne put être délivré que par ces enfants de Borée. En reconnaissance du bienfait ainsi obtenu, il annonça aux Argonautes le cours entier de leur voyage. Or les Harpyes ne sont rien d’autre que le soufre corrupteur qui est détruit par les fils de Borée quand ils sont parvenus à l’âge convenable.12 Il devient parfait, alors qu’il était imparfait, incommodé par les substances volatiles nuisibles. Il n’est plus alors sujet à ce mal et indique à ce moment au médecin Jason le chemin à suivre pour acquérir la Toison d’Or. Notre Basile s’est, lui aussi, parmi d’autres, souvenu de ces vents. Il écrit dans la sixième clé :
" Il doit venir un vent double nommé Vulturne et ensuite un vent simple appelé Notus qui souffleront impétueusement de l’Orient et du Midi. Quand leur mouvement aura cessé, de manière que l’air soit devenu eau, tu pourras être hardiment assuré que le spirituel deviendra corporel.
Et Riplée, en la huitième porte  dit :
" Notre enfant doit naître dans l’air, c’est-à-dire, dans le ventre du vent. "
Dans le même sens l’Echelle des philosophes dit :
" Et il faut savoir que le fils des Sages naît dans Voir. "
Et au huitième degré :
" Les esprits aériens s’élevant ensemble dans l’air s'aiment mutuellement, ainsi qu’Hermès déclare : « Le vent l’a porté dans son ventre »
Car la génération de notre enfant a lieu dans l'air ; s’il naît dans l’air, il naît selon la sagesse : car il s’élève de la terre en l’air et de nouveau il descend en terre, acquérant la puissance d’en haut et celle d’en bas.13



Notes
1. L'image montre le dieu Jupiter à la chevelure abondante et flamboyante. Dieu de l'Air, il assure la liaison entre les cieux et la Terre. La légende signifie que l'embryon de la Pierre, c'est-à-dire le Rebis [[color=#000099]appelé encore homme double igné, fait de deux matières[/color]] doit être porté par un certain milieu qui est le véhicule du Soufre et le vecteur de sa réincrudation. Quant à Heinrich Cornelius AGRIPPA VON NETTESHEIM (1486-1535), voici quelques éléments biographiques pour le situer :
Né à Cologne. Surtout connu par sa correspondance (difficilement éditable, parce qu'elle n'est le plus souvent ni datée ni adressée). Il se présente comme jurisconsulte, médecin, astrologue, théologien. Il parcourt l'Europe au service de Maximilien et de Marguerite d'Autriche et Louise de Savoie (il séjourne à Lyon en 1527-1528). Il fréquente alors S. Champier, Augustinus Ricius (élève de l'astronome et kabbaliste Abraham Zæuto, qui a publié en Italie en 1513 le De Motu Octavæ Sphæræ) Oronce Finé. Il est considéré comme le père de l'occultisme. Il pratique l'art de Lulle avec les frères Canter, se réclame de Jean Trithème, étudie l'exégèse avec John Colet, correspond avec Érasme, intervient en faveur de Reuchlin et de Lefèvre d'Étaples dans le débat pré-réformiste. Comme après lui son élève Jean Wier il défend une sorcière et s'attire la colère des inquisiteurs (cf. Wier, De Præstigiis dæmonum, 1564).
2. Borée est le vent du nord. Il est assimilable à Aquilon et provient du septentrion, là où sont positionnées les étoiles de la Grande Ourse. Borée contracte des rapports avec Jason et la légende des Argonautes, par le biais de Calais, son fils. Notez qu'il existe une opération que les chymistes faisaient spécialement quand le temps était sec et lorsque le vent du nord soufflait ; ils évitaient ainsi le contact de l'air humide avec leur substance. Voyez ce que nous en disons dans la section sur Fontenay.

FIGURE I
(les dragons aquilloniens - extrait du Livre d'Abraham Juif)





3. La Table d'Emeraude est un texte qui semble dater du IIIe siècle après J.-C. Voyez le commentaire que nous en donnons à la Table d'Hermès.
4. Il faut entendre par là que la Pierre naît de deux principes. Le 1er, dit masculin, est le Soufre et le 2ème, dit féminin, est le Mercure. Mais il s'agit là de simplifications abusives car plusieurs composants sont contenus dans ces deux principes. Le soleil est le symbole du soufre « tingeant », mais c'est aussi, par son idéogramme l'association d'un point central, fixe et d'une circonférence dont on serait bien en peine de trouver le tenant et l'aboutissant. La lune est encore plus complexe : disons que son sens dépend de sa phase ; qu'elle symbolise deux matières et aussi des régimes de température.
5. Par fumée, vent et eau mêlées, il faut entendre des exhalaisons telles qu'on en voit dans les terrains volcaniques où la manifestation du dieu Ploutos est la plus évidente. Ploutos et Coré sont les deux principes des germinations minérales [[color=#000099]cf. mercure de nature[/color]]. On peut montrer que quantités de minéraux cristallisés doivent leur apparition au contact de roches métamorphiques et de l'eau surchauffée sous pression, par la voie humide. Il semble bien que la Nature se soit servi surtout de la voie humide pour réaliser les cristaux qui exercent une action de fascination sur l'esprit humain. Sur la formation des minéraux et métaux au temps de Maier, cf. le Bergbüchlein.
6. C'est parfaitement exact : le soufre sublimé dans le Mercure est cette flèche en puissance, cette licorne, qui n'attend que des conditions favorables pour s'infuser par accrétion dans la résine de l'or ou toyson d'or.

FIGURE II
(la licorne et le cerf - De Lapide Philosophorum, Lambsprinck)

7. La racine du cube, c'est, par cabale, l'origine d'une substance unique qui est le produit de trois autres substances : le soufre, le mercure et le sel. Le centre des trois planètes Mars, Jupiter et Saturne renvoie aux principes nommés par ces hiéroglyphes célestes : pour Mars, Arès ou un vitriol ; pour Saturne, le dissolvant et pour Jupiter, l'Air des Sages que Philalèthe a révélé. Notez que les Muses évoquées par Maier - l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie font partie du Miroir de la Science, tel que défini par Vincent de Beauvais dans son Speculum Majus, cf. section Gobineau de Montluisant.
8. Ces notions de fixe et de volatil ont produit de nombreux contre sens et ont été responsables d'une confusion entre la voie sèche et la voie humide. Il est, en effet, naturel de s'imaginer qu'une substance se volatilise dans un milieu aérien pour se condenser, par exemple, dans le col d'une cornue. Or, les alchimistes pratiquent des volatilisations philosophiques qui s'appellent des sublimations. Ces opérations se font dans un milieu visqueux, d'une plus ou moins grande fluidité, qu'ils ont appelé [[color=#000099]notamment Philalèthe[/color]] l'air des Sages ; ce milieu est un fondant.
9. Nous avons déjà insisté sur l'emblème du caducée. Ce symbole complexe représente l'image même des Gémeaux. Les serpents entrelacés correspondent aux soufres sublimés qui animent le Mercure et qu'il faut fixer en substance tingeante, ce qu'exprime la tige du caducée.

FIGURE III
(Hermès et son caducée - extrait du Livre d'Abraham Juif)

Remarquez encore que Maier cite le Mercure comme l'intermédiaire entre les planètes - il contient le vent - ce qui laisserait supposer un milieu aérien. Mais rien n'est plus faux et de nombreux alchimistes ont abusé les impétrants en leur faisant croire qu'ils travaillaient avec la voie humide alors qu'ils n'avaient en vue que la vois sèche.
10. Le corps maternel est la minière du métal d'où l'on tire ses cendres, c'est-à-dire sa chaux. Les alchimistes utilisent aussi une autre variété de cendres, dans la préparation du feu secret [[color=#000099]dissolvant, Mercure commun[/color]]. Ce dissolvant est appelé Mercure vulgaire, en son premier état, par Ramon Lull, dans la Clavicule. L'opération que vise Maier se déroule - par cabale - dans les signes de la Balance et de la Vierge. Le Rebis est alors nourri par le Lait de Vierge, allégorie mise au point par Artephius.
11. On prête à Borée des traits qui l'identifient à notre Saturne : froid, rigoureux, c'est un vieillard barbu, ailé. C'est un vent qui souffle de la Thrace. Il y a là un jeu de mot : Thrace, en grec, se dit qtrakh, proche de qtrakiaV, pierre de Thrace qu'on disait s'enflammer dans l'eau. Il y a là une indication presque directe sur la matière du Mercure. La mythologie nous apprend que Borée est fils d'Eos et d'Astraeos. Or, Eos est la personnification divine de l'Aurore. Elle est en tout point assimilable à la Vénus-Aphrodite qui est à l'origine du sel des cendres et qu'on a lié à Hespéros dans la section sur l'Olympe hermétique. Quant à Astraeos, c'est notre étoile des Mages, celle qui se lève en même temps qu'Hespéros et qui occupe une place éminente dans la constellation de Canis major. Les jumeaux Calaïs et Zétès donnent des indications sur l'évolution des couleurs. Calaïs a une chevelure blanche : il ne sépare jamais de son frère. C'est un enfant ailé, ce qui signale son caractère mercuriel. En raison de leur ascendance, d'ailleurs, Calaïs et Zétès furent surnommés les Boréades. Ils participèrent au voyage des Argonautes, dont Pernety est persuadé qu'il s'agit d'une allégorie du grand Oeuvre. On a donné déjà quelques remarques là-dessus dans la section du dragon écailleux. Zétès et Calaïs figurent en bonne place au nombre des héros qui firent partie de l'expédition de la Toison d'or. Leur rôle fut d'importance si l'on considère qu'ils firent fuire les Harpyes qui harcelaient le devin Phinée ; en cela, elles se rapprochent du vautour qui dévorait sans cesse le foie de Prométhée et leur symbolisme doit être rapproché.
12. Maier nous présente ici une version allégorique originale du grand Oeuvre. Voyons d'abord qui est Phinée. On ne sait trop au juste pourquoi ce roi fut aveuglé ; la légende court comme quoi il aurait préféré une longue vie à la vue [rappelons qu'Achille avait préféré la gloire à une longue vie]. Quoi qu'il en soit, ce roi était tourmenté par les Harpyes qui lui dérobaient ses plats ou qui les souillaient. Les Harpyes furent d'abord considérées par Hésiode comme des femmes aîlées à la belle chevelure. Mais cette légende fit long feu et les mythographes leur donnèrent bientôt l'apparence de monstres épouvantables. Elles tenaient du vautour par leur corps, de l'aigle par leur bec et leur griffes, et répandaient une odeur épouvantable. Elles passaient aussi pour des monstres impossibles à rassasier. Le symbolisme du vautour [cf. Atalanta, XLIII] nous rapproche indiscutablement du soufre ; voyez ce que nous en disons à la section Fontenay. Et c'est vrai que c'est dans la nuit, les ténèbres, la mort, que la déesse vautour revivifie l'Âme, symbole du Soufre. Ces Harpyes furent chassées par les fils de Borée, ce qui signifie - selon la doctrine de Maier - que le Soufre perdit peu à peu sa corruption, sous l'influence de Zétès et Calaïs. Pour Pernety :
"Monstres enfans de Neptune et de la Terre. Elles avaient la tête d’une femme, avec un visage pâle et blême, le corps d’un vautour, des ailes de fer, des griffes aux pieds et aux mains, et un ventre énorme par sa grandeur. On les nommait Ocypeté, Aello, Celaeno. Elles enlevaient les mets de dessus la table de Phinée, et infectaient ceux qu’elles y laissaient. Zethès et Calais, fils de Borée, l’en délivrèrent et les chassèrent jusqu’aux isles Plotes. Voyez les Fables Egypt. et Grecq. dévoilées, liv. 2, ch. 1." [Dictionnaire]

FIGURE IV
(harpye - site consulté)

il s'agit de monstre enfantés de l'Eau et de la Terre. Quant à Phinée :
"Fils de Phénix, Roi de Salmidesse, fut puni d'aveuglement par les Dieux, pour avoir fait crever les yeux à ses enfants. Ils le firent aussi tourmenter par les Harpies, qui enlevaient ou gâtaient les viandes qu'on lui servait. Calaïs et Zethus le délivrèrent de ces monstres, lorsqu'ils passèrent chez lui en allant à la conquête de la Toison d'or. Phinée, par reconnaissance, enseigna aux Argonautes la route qu'ils devaient tenir, pour arriver heureusement dans la Colchide, et pour s'en retourner dans leur patrie. Voyez tout cela expliqué chimiquement dans les Fables Egyptiennes et Grecques dévoilées, liv. 2, ch. 1." [Dictionnaire]
On peut comprendre que Phinée symbolise, pour l'Artiste, le bon chemin pour parvenir à l'oeuvre au rouge, en passant par l'oeuvre au blanc, grâce à l'heureuse influence de Calaïs d'abord puis de Zéthès. C'est une autre version, en somme, de l'ermite qui participe à la légende de saint Christophe ; et le même que l'on voit sur la lame IX du Tarot [cf. Tarot alchimique]. Les jumeaux constituent, en quelque sorte, les Gémeaux mythologiques de l'oeuvre et aident à purifier le Soufre, c'est-à-dire à le sublimer avant qu'il soit réincrudé en forme cristalline [la forme amorphe du Soufre étant à l'égale de sa corruption]. Ce chemin, c'est celui qu'indique le Sagittaire, par la flèche qu'il pointe vers l'étoile [cf. Fontenay]. On peut donc compléter ainsi le sens de l'allégorie : Phinée représente le mode d'emploi, le code en quelque sorte, par lequel on peut arriver à sublimer les Soufres, c'est-à-dire les chaux métalliques. Les Harpyes représentent les Soufres dissous dans le Mercure précocément, au stade de la putréfaction ; Calaïs et Zéthès sont les deux serpents enroulés autour du caducée d'Hermès. Pernety commente ainsi le voyage des Argonautes :
"Ce n’est pas aussi sans raison que Phinée fut délivré des Harpies par Calais et Zetès, tous deux fils d’Eole; puisque Basile Valentin dit dans sa sixième Clef, que deux vents doivent souffler, l’un le vent d’orient, qu’il appelle Vulturnus, et l’autre le vent du midi, ou Notus. Après que ces deux vents auront cessé, les Harpies seront mises en fuite, c’est-à-dire, les parties volatiles deviendront fixes." [article Jason, Dictionnaire]
Nous tenons ainsi l'explication de ces anges qui soufflent des vents tumultueux sur de nombreuse gravures. Mais Pernety se trompe en donnant les Boréades comme fils d'Eole, puisque leur père est Borée. Notus ou Notos est un vent chaud et humide, fils d'Eos, qui souffle du Sud-est. Quant à Vulturnus, il s'agit d'Euros, vent du sud-ouest. Vous verrez dans le lexique que ces deux vents permettent de caractériser le Mercure comme étant une Eau ou Feu, entourée d'Air. En revanche, Pernety a bien vu que la fuite des Harpyes signifiait la réincrudation des Soufres. Dans son Dictionnaire, à l'article Caeleno, il nous dit encore ceci :
"Celeno. La Fable en admet deux, l’une fille d’Atlas, laquelle eut commerce avec Jupiter; l’autre était une des Harpies, fille de Jupiter et de la Terre. Les Poëtes, et ceux qui ont dit après eux que les sept filles d'Arlas ont formé les sept Pleïades, et que chacune d’elles a un rapport avec une des planetes, donnent Celeno à Saturne. On dirait qu’ils ont consulté les Adeptes pour donner cette explication; elle ne pouvait en effet y mieux convenir, puisque Celeno vient d’un mot grec qui signifie obscurité, noirceur, et le Saturne des Philosophes n’est autre que la matiere de l’œuvre parvenue au noir pendant qu’elle est en putréfaction. On peut voir dans l’article Harpie ce qu’elle signifie de plus. Voyez aussi les Fabl. Egypt. et Grecq. dévoilées, liv. 2, chap. 1." [Dictionnaire]
Caeleno, parmi les Harpyes, indique précisément leur origine. Notez qu'il ne faut pas confondre la Harpye Caelano avec l'une des Pléiades, Celaeno, qui enfanta lycos qui joua un certain rôle, lui aussi, dans l'expédition des Argonautes. En résumé, le vent, par l'association de l'Eau et du Feu, peut seul chasser ces tourmenteuses d'âmes, qui leur sont liées à l'origine. Au vrai, seul le souffle de l'Esprit, comme il se doit, peut les dissiper. Pour en terminer avec les Harpyes, elles furent donc chassées par les fils de Borée, jusqu'en Acarnanie; là, Iris leur apporta un message de Zeus: les Harpyes devaient être épargnées, car elles étaient ses servantes, mais, jamais plus, elles ne tourmenteraient Phinée. Iris donne ici une indication de cabale hermétique : il s'agit des irisations évoquant la queue de paon qui se situent entre le régime de Saturne et celui de la Lune, de couleur grise selon Pernety, qui caractérisent le régime de Jupiter. N'oublions pas que le paon est l'animal consacré à Junon [Héra] ; et que Junon envoie le démon Typhon poursuivre Latone en l'empêchant d'accoster. C'est du même thème que relève cette allégorie : Iris est équivalente à Délos. Voici encore un extrait d'Apollodore :
 
Citation:
ils [les Argonautes] arrivèrent à Salmydessos, en Thrace, où habitait Phinée, le devin aveugle. Certains disent qu'il était le fils d'Agénor, d'autres de Poséidon ; et l'on raconte qu'il fut frappé de cécité par les dieux, parce qu'il prédisait leur avenir aux mortels ; ou bien que ce furent Borée et les Argonautes eux-mêmes à le faire, parce que Phinée avait d'abord rendu aveugles ses fils, sur l'instigation de leur belle-mère ; mais il existe encore une autre version, suivant laquelle Poséidon le priva de la vue, parce qu'il avait révélé aux fils de Phrixos la route qui menait de Colchide en Grèce. Les dieux lui avaient aussi envoyé, pour accroître son tourment, les Harpyes : créatures ailées, chaque fois que Phinée se mettait à table, elles tombaient du ciel pour lui voler toutes les choses, et le peu qu'elles laissaient s'imprégnait d'une telle puanteur qu'on ne pouvait même pas s'en approcher. Les Argonautes voulaient apprendre de Phinée la bonne route pour leur voyage, et le devin promit de tout leur révéler, à condition qu'ils le libèrent des Harpyes. Alors les Argonautes préparèrent une table garnie : aussitôt les Harpyes s'y précipitèrent en poussant d'horribles cris, et elles emportèrent toute la nourriture. Quand ils les virent, Zétès et Calaïs, les fils de Borée, qui étaient ailés, brandirent leur épée et se mirent à leur poursuite à travers le ciel. Ainsi le voulait le destin, que les Harpyes meurent de la main des Boréades. Mais également pour ces deux jeunes gens, ce jour devait être leur dernier, parce qu'ils mourraient sans avoir réussi à les capturer. Dans leur fuite, une des Harpyes (de son nom Nicothoé ou Aellopoda) tomba dans le Tigris, qui maintenant, de son nom, est appelé Harpys ; l'autre, (que l'on appelle Ocypété, ou bien Ocythoé, mais Hésiode la nomme Ocypode) s'enfuit au-delà de la Propontide et rejoignit les îles Échinades, celles qu'à présent nous appelons Strophades, justement parce que la Harpye, quand elle y arriva, changea de direction (estràphe) et vola vers la terre ferme, où elle tomba d'épuisement, en même temps que son poursuivant. Apollonios, dans ses Argonautiques, soutient pour sa part que les Boréades réussirent à les rejoindre, précisément aux îles Strophades, mais ils ne leur firent ensuite aucun mal, parce que les Harpyes jurèrent de ne plus tourmenter Phinée. [[b]Livre I, 9, 21[/b]]


13. C'est ce type de passage qui a abusé tous les souffleurs et qui a fait prendre l'alchimie « opératique » pour une philosophie spéculative. Hermès ne dit point autre chose que ceci : à partir d'une Terre dont bien souvent nous avons énuméré les qualités et donné le nom vulgaire, se fait un Air, à la fois chaud et humide, qui se propage dans le ciel firmamental. Ce ciel chymique, c'est le Mercure philosophal. C'est lui qui contient les Soufres en puissance et ce sont ces Soufres dont il faut ôter les haillons sordides [harpyes]. Cette sublimation et cette purification accomplies, s'ouvre alors une ligne horizontale qui conduit à la réincrudation et qui est indiquée par le devin Phinée.



Lexique
harpye : arpuia. Le premier sens indique la Ravisseuse, mère des vents. On peut y voir aussi des coursiers rapides. Cela indique un vent ou un air agité. Il faut en rapprocher arph : faucon, oiseau de proie, évoquant l'aigle et bien sûr, la sublimation. Et aussi tout objet crochu tel que faux ou faucille [cf. St Grégoire-en-Vièvre]. Cela fait penser au « mors » ou loup, petit grappin [arpax] ;
Okypete : Wkuphth. Littéralement, à l'élan rapide [Mercure] proche de wkuphthV : au vol rapide ; ou encore un trait saturnien avec wkuplanov : qui hâte sa course errante.
Aello : Aellw. L'Impétueuse, l'Ouragan. Proche de aella : mouvement impétueux qui traduit les perturbations survenant dans la phase de dissolution. aellehV : poussière qui tourbillonne [c'est l'état du soufre dans le vent de l'Air pendant la dissolution]. On rapprochera enfin Aello du chien d'Actéon qui dévora son maître avec 49 autres chiens et qui, selon certaines légendes, représente les cinquante jours hermétiques, pendant lesquels la matière disparait totalement.
Celaene : Kelainh. Proche de kelainoV, noir, sombre, mais aussi souillé de sang, en parlant du Styx, des Erynies. On en rapprochera kelainegkhV : à la lance noire de sang [épithète d'Arès].
Calaïs : kalaiV. Kalaïs, fils ailé de Borée. Homonyme de kalaiV, turquoise, pierre précieuse de couleur bleue ; proche de kalainoV : vases d'un bleu de turquoise qu'on fabricait à Alexandrie avec un mélange de soufre et de natron.
Zéthès : ZhthV. Argonaute. Proche de zhtew : chercher à connaître, dans un sens élevé. Rechercher dans un sens scientifique.
Phinée : JinuV.
Notos : NotoV. Le vent personnifié, proche de notioV qui désigne la mer, l'Eau. Vent du sud sud-ouest.
Euros : EuroV. Le « vent qui brûle », par eurroV, brûler. Vent de l'est, sud-est. A rapprocher par cabale de eurooV, coulant bien, c'est-à-dire visqueux, caractérisant l'état du Mercure.
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 21:56 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant

Nutrix ejus terra est.
(La terre est sa nourrice.)

 
Epigramma II.
On dit que Romulus téta une âpre louve,
Jupiter, une chèvre, et que c’est assuré.
Faut-il donc s’étonner si, selon nous, la Terre
A nourri de son lait le tendre fils des Sages ?
Quand d’un faible animal le lait fit ces héros,
Comme il sera donc grand, celui dont la nourrice
Est le globe terrestre !1


FUGA II


DISCOURS II.

Les péripatéticiens et les philosophes au jugement droit affirment que la nourriture est changée en la substance du sujet nourri et qu’elle lui est assimilée après et non avant son altération. Cet axiome est regardé comme très véridique. Comment en effet la nourriture qui est déjà, auparavant, semblable et identique au sujet nourri, aurait-elle besoin d’un changement de sa substance ? Si un tel changement se produisait, la nourriture ne demeurerait pas semblable et identique. Et comment les aliments qui ne peuvent être assimilés par le sujet nourri, par exemple le bois, les pierres et autres choses semblables, seraient-ils pris comme nourriture ? Par conséquent la première de ces opérations est sans objet et la seconde contraire à la nature.2
Mais qu’un homme qui vient de naître soit nourri du lait des animaux, cela ne répugne pas à la nature : l’assimilation de ce lait peut s’opérer, celle du lait maternel bien plus aisément, toutefois, que celle d’un lait étranger. C’est pourquoi les médecins concluent que l’enfant sera en bonne santé, semblable à sa mère par la substance et par les mœurs et qu’il recevra la vigueur, s’il est toujours réchauffé et élevé grâce au lait de sa propre mère. Leur conclusion est inverse s’il s’agit d’un lait étranger.3 Telle est l’harmonie de toute nature : le semblable trouve sa joie en son semblable et imite ses pas en toutes choses, autant qu’il le peut, selon une sorte de consentement, de conspiration tacites. Il en va habituellement, dans l'œuvre naturelle des Philosophes, dont la forme est justement réglée par la nature, comme pour l’enfant à l’intérieur du sein maternel.4 Et, bien que son père, sa mère et sa nourrice elle-même lui soient assignés par voie de similitude, cette œuvre, cependant, n’est pas plus artificielle que la génération de n’importe quel animal. Deux semences sont unies, suivant un certain procédé plein d’attrait, par les animaux et par les deux sexes humains. Leur union produit, par une altération successive, l’Embryon qui croît et se développe, acquiert vie et mouvement, puis est nourri de lait. Pendant la période de la conception et de la grossesse, il est nécessaire que la mère agisse avec mesure en ce qui concerne la chaleur, l’alimentation, le repos, le mouvement et le reste.5 Sinon, il s’ensuit l’avortement et la destruction du fœtus ; ce précepte, dans
" les six choses non naturelles "
est également artificiel, car il est prescrit par les médecins suivant leur art. De même, si les semences n’ont été unies dans l’œuvre philosophique, il faut qu’elles le soient. Et si on les trouvait, en quelque endroit, unies de la même manière que, dans l’œuf, les semences du coq et de la poule sont regardées comme une seule substance ensemble dans un seul contenant, l’œuvre des philosophes serait alors encore plus naturelle que la génération des animaux. Et disons, comme les philosophes l’attestent, que l’un vient de l’Orient et l’autre de l’Occident6 et qu’ils deviennent une seule chose ; que leur fournit-on de plus que le mélange dans leur vase, la chaleur, la juste proportion, et la nourriture ? Le vase, il est vrai, est artificiel, mais il n’existe pas de différence selon que le nid est l’œuvre de la poule ou qu’il est édifié par la fermière en un certain endroit mal déterminé (comme c’est l’usage) : la génération des œufs se produira de la même manière, ainsi que l’éclosion des poussins.
La chaleur est une chose naturelle, qu’elle provienne soit du feu modéré des fourneaux ou du fumier de la putréfaction, soit du soleil et de l’air, des entrailles de la mère ou d’ailleurs. Ainsi, l’Egypte applique avec art, au moyen de ses fourneaux, la chaleur naturelle pour faire éclore les œufs. On recueille des semences de bombyx et même des œufs de poule que l’on a fait éclore grâce à la tiédeur des seins d’une vierge. Ainsi l’art et la nature se prêtent mutuellement la main de manière que chacun soit le substitut de l’autre. Néanmoins la Nature demeure la Maîtresse et l’art le serviteur.
Mais pourquoi la Terre est-elle déclarée nourrice du Fils des Philosophes ? Un doute sur ce point pourrait naître du fait que la terre est, parmi les éléments, aride et sans aucun suc, elle qui possède la sécheresse comme qualité propre. Il faut répondre qu’on l’entend ici, non de l’élément mais de la terre élémentée dont nous nous sommes abondamment souvenu et avons expliqué la nature au premier jour de la Semaine philosophique. Elle est la nourrice du Ciel,7 nourrice qui ne dissout, ne lave ni n’humecte le fœtus, mais le coagule, le fixe, le colore, le change en suc et en sang pur. Car la nutrition comprend l’augmentation en longueur, largeur et profondeur, c’est-à-dire celle qui s’étend suivant toutes les dimensions du corps. Comme elle existe ici, fournie au fœtus philosophique par la seule terre, celle-ci devra, à bon droit, être appelée du nom de nourrice.8 Mais cet admirable suc de la terre produit un effet contraire à celui des autres espèces de lait qui sont changés et ne changent pas. Car, grâce à sa vertu très puissante, il modifie grandement la nature du sujet nourri, de même que, selon l’opinion admise, le lait de la louve a disposé le corps de Romulus en vue d’une nature hardie et prompte à la guerre.



Notes
1. La Terre a fait l'objet de tant d'allégories alchimiques qu'on s'épuiserait inutilement à vouloir toutes les analyser. Le lecteur n'aura qu'à se donner la peine de chercher sur ce site. Gageons qu'il trouvera ce qu'il cherche. Que dire de plus sur le sujet ? Que la Terre est représentée par un carré ; qu'on la considère comme un élément passif, féminin et à caractère mercuriel prononcé ; qu'on l'associe fréquemment dans le symbolisme, rattachée à la Vierge [cf. Atalanta, XLVII]. Dans la section sur Fontenay, nous avons donné trois types de Terre qui peuvent convenir à l'oeuvre. Dans la section des blasons hermétiques, nous avons passé en revue les terres que le « labourant » aura intérêt à cultiver. Enfin, on ne saurait passer sous silence le symbole qui, pour beaucoup d'apprentis, a fait l'objet, et reste le sujet de leurs préoccupations : la stibine ou trisulfure d'antimoine. Ce minéral métallique a fait l'objet, selon l'expression des chimistes qui se sont penchés sur l'histoire de notre Art, de tous les tourments. Il a véritablement subi la passion, tant il a été accomodé à des sauces diverses par des générations de souffleurs. On l'a calcinée, séparée, mise en étoile [le régule d'antimoine], distillée, vaporisée, crucifiée à l'eau forte, à l'esprit de sel, à l'esprit de nitre. Bref, comme on aurait dit Nicolas Flamel, on en a fait mille brouilleries...Isaac Newton lui a même donné la caution de son autorité. Newton pensait que le signe du Bélier cachait l'hiéroglyphe de la stibine, parce que le soleil trouve son exaltation dans ce signe et que l'or est exalté [purifié] par l'antimoine. Nos Philosophes modernes se sont aussi bien amusés à induire en confusion les pauvres étudiants. E. Canseliet a soumis la stibine à la torture cabalistique, ce qui a donné des résultats fort curieux. Le moindre n'est pas celui que nous allons rapporter : dans ses Deux Logis alchimiques, au chapitre parlant du château du Plessis-Bourré, voici ce qu'il nous dit :

FIGURE I
(château du Plessis-Bourré)

"C'est maintenant qu'il faudrait qu'on revît, dans notre Livre muet de l'Alchimie, l'alinéa qui concerne l'étoile, et dans lequel, afin de rectifier une erreur d'impression, on séparera ANTOINE de cette façon : ANT-OINE, et non de celle-ci : AN-TOINE..." [[b]Deux Logis alchimiques[/b]]
Que le lecteur relise ici ce que nous avons dit de l'étymologie du mot antimoine, dans notre commentaire du Char Triomphal de Basile ; il verra que le mot anqoV désigne spécialement les fleurs, au sens d'efflorescences, ou de nitre. Certes, il ne s'agit pas du salpêtre vulgaire qui ne saurait constituer le feu secret, mais il s'agit d'une indication. Pour la chèvre Amalthée, voyez l'Atalanta XXV, XXXII, XXXVIII, XLIII, XLIV et  la section Fontenay.
2. La genèse des formations minérales, des concrétions métalliques doit ici préoccuper l'étudiant. Comment expliquer la présence de chaux carbonatée cristallisée dans les terrains gypseux ou salifères ? Pourquoi des lames de chaux sulfatée, plongées pendant plusieurs mois, dans une solution de potasse, se transforment-elles en chaux ayant une structure cristalline ? Ne doit-on pas admettre que, d'une certaine façon - oh ! certes que réprouverait la logique cartésienne - la chaux s'est nourrie d'un principe contenu dans le sel de potasse, c'est-à-dire dans le sel de cendres ? Ne peut-on pas y deviner une action de l'Esprit universel [que le lecteur se rassure, il n'y a là aucun rapport avec un ésotérisme de mauvaix aloi, que nous réprouvons ; au contraire, c'est la lumière que nous appellons de nos voeux. Mais la pratique de notre Art réclame un langage particulier, au charme certainement désuet mais efficace et poétique...]
3. Ce passage est une allusion au Lait de vierge, qui permet l'accroîssement progressif de la Pierre. Ce Lait a fait l'objet de nombreuses allégories et chaque Philosophes y est allé de sa plume pour le décrire. Cette expression est employée pour désigner le Mercure utilisé par la voie humide, mais d'autres s'en servent pour désigner le Mercure de la voie sèche. Voici ce que nous en dit Pierre Dujols [Magophon] :
"Le mercure des philosophes, animé et sublimé selon les règles, doit circuler longtemps dans le vase avant de produire les heureux effets qu’on attend de lui. Mais il y a plusieurs mercures dans l’œuvre, et Philalèthe en signale un second, tout particulièrement, sous le nom de lait de vierge. Celui-ci diffère du premier en quelque chose, bien qu’ils soient tous les deux de même essence. Philalèthe, Ripley et d’autres vont jusqu’à dire qu’il s’agit du mercure commun. Basile Valentin, au contraire, le bannit avec malédiction. Certains ont cru que le lait de vierge pouvait être obtenu par une combinaison des deux. Nous connaissons un artiste qui a réalisé ce tour de force pour le plaisir de vaincre la difficulté, sans prétendre en tirer d’autre conséquence." [[b]Hypotypose[/b]]
Voyez les sections suivantes : Nouvelle Lumière chymique - humide radical - Livre secret d'Artéphius - En somme, le Lait de Vierge semble préparé à partir d'une humidité de la Pierre, comme le dit Pernety :
"C’est aussi le mercure qui est une eau sèche, qui ne mouille point les mains, et qui ne s’attache qu’à ce qui est de sa nature. Ceux qui prétendent qu’il y a deux voies, la sèche et l’humide pour faire le magistère, appellent humidité de la pierre l’eau permanente des Sages sous forme d’eau laiteuse, nommée lait de vierge, humidité visqueuse. Ceux qui n’admettent que la voie sèche, l’appellent eau sèche simplement. Mais c’est un leurre que ces deux voies; les uns et les autres suivent la même sous deux noms différens; ils n’ont égard, dans ces dénominations, qu’aux différentes formes sous lesquelles se montre leur mercure dans le cours des opérations." [[b]Dictionnaire[/b]]
C'est en substance ce que nous dit Fulcanelli lorsqu'il précise que les Adeptes ont nommé leur matière tantôt Soufre, tantôt Mercure, selon l'état dans laquelle elle était disposée. Il faut certainement y voir une allusion semblable quand il ajoute que l'on voit l'étoile ou la fleur, selon que l'une masque l'autre. L'étoile est de nature mercurielle et la fleur de la nature du soufre.

FIGURE II
(extrait de Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : la fleur et l'étoile)

4. On pourrait dire bien des choses sur les productions concrétionnées de la nature et leur reproduction en laboratoire. Si l'on fait fondre, par exemple, du sel harmoniac [il ne s'agit nullement de l'ammoniaque] et de la Magnésie, nous obtenons des cristaux qui n'ont pas été formés par voie de fusion ignée mais par voie humide. Nous ferons ici un rapprochement, que certains trouveront insolites, entre les météorites et l'Art d'Hermès. Pourtant, si l'on a lu nos Principes, on se rappellera de la pierre noire, tombée à Pessinonte et devenue depuis l'emblème de Cybèle [renvois récents : Fontenay - humide radical - prima materia - Principes - Mercure naturel - ]. Cette pierre noire n'était autre qu'une météorite. S'il était permis de chercher quelque analogie avec le sujet qui nous occupe, nous dirions que les cristaux obtenus par la fusion des météorites rappellent les longues aiguilles de glace que l'eau liquide forme en se congelant, tandis que la structure à grains fins des météorites naturelles du type commun ressemble plutôt à celle du givre ou de la neige, formée, comme chacun sait, par le passage immédiat de la vapeur d'eau atmosphérique à l'état solide [cf. Etudes synthétiques de Géologie expérimentale, G. Daubrée]. C'est d'après ces considérations qu'il nous faut chercher à produire, dans l'athanor philosophique, une sorte de givre [pacun] dont la substance fut, non pas de l'eau vulgaire, mais un Mixte où participe le sel d'Ammon et la Magnésie. En quelque sorte, il convient de coaguler l'eau mercurielle en la figeant en une sorte de gelée blanche, de frimas. Car l'enfant des Sages doit être rebondi, raison pour laquelle on l'a comparé à Bacchus. On peut ainsi arriver à reproduire un tel Mixte en présence de la vapeur d'eau et à la pression ordinaire, point fondamental dans tout ce qui a question à la voie humide.
5. Si l'on poursuit l'expérience précédente, on voit qu'en se plaçant au point de vue du rôle de la concrétion dans la formation des roches, on peut remarquer que les régions les plus externes du soleil présentent un mélange de vapeurs où se rencontrent tous les éléments nécessaires à la préparation de ce sel d'Ammon combiné à notre Magnésie. C'est effectivement à un excès de chaleur qui règne dans ces régions, que réside la seule cause qui provoque la dissociation de ces éléments qui demeurent séparés. Au XIXe siècle encore, certains savants, membres de l'Institut, tels que Stanislas Meunier, pensaient que les composés que nous avons en vue pouvaient entrer pour une forte proportion dans la constitution de la poussière solide à laquelle la photosphère doit son éclat. Le rapport avec le Mercure des Sages est immédiat, si l'on considère que la photosphère n'est visible que lors d'une éclipse totale de lune [cf. Atalanta, XLV]. Raymond Lulle l'avait deviné depuis fort longtemps.
6. Maier veut parler du minéral et du métal qui sont indispensables à la préparation de la Pierre. L'Orient pose moins de problème que l'Occident. L'Orient, c'est l'aurore, Vénus-Aphrodite et l'étoile Sirius. L'Orient renvoie à la partie minérale. L'Occident, le soir, c'est un croissant de lune, lune montante, qui peut être en conjonction avec Vénus, sur le point de se coucher. C'est le suc de la Lunaire qui voile ainsi l'un des sujets de l'oeuvre ; il s'agit de la Lune hermétique dont on a donné le nom vulgaire ailleurs [cf. mercure de nature]. On connait aussi des vents qui soufflent de l'est et de l'ouest. Ces vents chassent les Harpies qui ne cessent de tourmenter Phinée. On les voit représentés exactement à l'emblème XVII de la Philosopha reformata de Mylius. Il faut parler un peu de la rose des vents car c'est elle qui, dans l'oeuvre, détermine la bonne orientation du pilote de l'onde vive. Ce pilote, Mathurin Eyquem, sieur du Martineau, en a fait un traité, Le Pilote de l’onde vive ou Le secret du flux et reflux de la mer et du point fixe [Jean d'Houry, Paris, 1678]. Eyquem place l'orient au Bélier, c'est-à-dire au début traditionnel de l'oeuvre, et dans un signe qui appartient au triangle de Feu. Il écrit :
"Ce point a douze principaux rayons, qui répondent aux douze Corps dont j’ai ci-devant parlé. Il les inspire, et leur donne le mouvement et l’action, comme il a inspiré les Cieux, les composez qui sont au dessous, et leur a donné aussi le mouvement et l’action : Et Dieu, comme la première Cause, a établi l’ordre du Mouvement, a ordonné à quelques-uns de ces Corps de se tourner à droit, et à d’autres à gauche : comme au premier mobile d’aller d’Orient en Occident, et aux Cieux inférieurs, d’Occident en Orient."
Eyquem attribue une vertu chaude au Bélier et une vertu humide à la Balance [signe d'Eau]. Les Poissons [[b]Atalanta, XL[/b]] sont placés dans la partie orientale et leur orientation est Est-Sud-est ; le Scorpion [[b]Atalanta, XLIX[/b]] a une orientation Ouest-Sud-ouest. De là à penser que l'on peut y voir Calaïs et Zéthès, il n'y a qu'un pas... Quoi qu'il en soit, on admet que l'Orient se rapporte à l'Âme et l'Occident au Corps. Cela est conforme avec la cabale hermétique : nous venons de voir que la Lune hermétique, celle qui apparaît au couchant, quand elle est nouvelle, est l'hiéroglyphe du suc de la Lunaire qui n'est autre que le Corps de la Pierre. L'Orient se rapporte indirectement à l'Âme. Expliquons-nous : la sublimation philosophique, sans laquelle rien n'est possible, exige que les soufres soit dissous dan un milieu particulier : ce milieu n'est autre que le Mercure commun. De là, cette singulière mixtion donne naissance au Mercure philosophique. L'Orient est donc doublement le symbole de la lumière : exotérique d'abord, parce que le soleil se lève à l'Est [c'est faux bien sûr, mais nous ne parlons ici que pour les amoureux de Science] et ésotérique, parce que le Corps doit être animé d'un rayon de lumière ; c'est ce qui arrive lorsque le Sagittaire [[b]Atalanta, XLIX[/b]], signe de Feu, lance sa flèche vers l'étoile. L'Occident correspond à la Nuée, c'est-à-dire au chaos primordial, état chthnonien de la prima materia avant que le feu de l'Artiste ne l'équarisse : l'Occident donne ainsi l'aspect d'une matière indifférenciée. Les principes chinois du Ying et du Yang n'expriment pas autre chose. Cela va en droite ligne avec les voyages sûfi qui commencent à l'exil occidental, retour vers la materia prima [préparation de la Lune hermétique]. Mais nous ne suivrons pas plus loin les traités de symbolisme qui dérivent maladroitement à partir de là, en versant dans un ésotérisme qui, pour nous, est de bas aloi. Si nous considérons la signifiance des deux signes zodiacaux du Bélier [Orient de l'oeuvre, cf. Atalanta, L] et de la Balance [Occident de l'Oeuvre, cf. Atalanta, XLI], tout en a déjà été dit ailleurs. Au risque de nous répéter, nous affirmerons pourtant que :
- Arès, dans le Bélier, doit être distingué d'Ariès. Ariès, si l'on veut bien nous pardonner ce néologisme, est un « christophore », c'est-à-dire « ce qui porte l'or ». Ce n'est rien d'autre que la résine de l'or, ou Toyson d'or de Salomon Trismosin [cf. la légende de saint Christophe, Offerus, in Tarot Alchimique à l'arcane de l'ermite]. Arès n'est que la clef qui ouvre les métaux et en fait couler, sourdre, l'humide radical métallique.
- la Balance renvoie à la Justice et à Vénus qui, en astrologie, lui est liée par tradition.
Ce que nous venons d'écrire vaut aussi bien pour l'allégorie bien connue des hermétistes des deux chiens dont l'un vient d'Orient et l'autre, de l'Occident. Il s'agit plus précisément de la chienne d'Arménie [bol arménien, bleu arménien] et du chien du Khorassan. Ces deux chiens symbolisent les matières que l'Artiste devra apprêter afin qu'elles concourent à la naissance du basileuV. C'est ce Roi que l'on voit représenter sur un bas-relief du portail saint Firmin de la cathédrale d'Amiens :

FIGURE III
(les deux chiens et le Roi ; cathédrale d'Amiens - cliché Alain Mauranne)

7. C'est par voie humide que l'on peut préciser de quelle manière l'élément terrestre nourrit le Ciel des philosophes, c'est-à-dire l'endroit où les éléments sublimés viennent se déposer et accroître la Pierre. Prenez par exemple de la Magnésie, disposée au milieu d'un tube de porcelaine disposé sur un fourneau ; connectez l'une des extrémités de ce tube avec une cornue où bout de l'eau ; placez à l'autre extrémité un tube abdcteur d'un petit ballon renfermant le sel d'Ammon, lequel ballon est chauffé au bain-marie. A peine le tube est-il au rouge qu'une poudre blanche apparaît. Examinez au microscope cette poudre : vous y verrez des cristaux disposés sous forme de rayonnements autour d'un point, absolument comme les agglomérations d'aiguilles de silicate de magnésie répandues dans les météorites les plus ordinaires. Cette simple expérience de spagyrie naturelle offre déjà des éléments où se retrouve le symbolisme hermétique le plus pur. Mais il est possible d'aller plus loin encore, si l'on use de cabale : ce sera évoquer à nouveau le Christophore, c'est-à-dire Offerus ou saint Christophe, faisant passer le gué à l'enfant Jésus [le BasileuV de l'oeuvre] en prenant conseil auprès de l'ermite. Ce porte-or n'est autre que la toison de l'or, celle de Colchide que Phrixos donna en cadeau à Aetès. Toute la première partie de la légende de la Toison d'or peut se comprendre comme une allégorie sur la germination de l'or alchimique et des moyens idoines d'y parvenir. Voici le début de l'histoire, avec un extrait d'Apollodore :
 
Citation:
Pour ce qui concerne les fils d'Éole, Athamas régna sur la Béotie, et, de Néphélé, il eut un fils Phrixos, et une fille Hellê. Puis il épousa Ino, de laquelle il eut Léarchos et Mélicerte. Mais Ino voulait se débarrasser des enfants de Néphélé. Alors, elle persuada toutes les femmes d'assécher les graines destinées aux semailles : les femmes prirent les graines en cachette de leurs maris et les firent sécher. Quand ensuite les graines furent semées, la terre, naturellement, ne donna pas la récolte habituelle. Alors Athamas envoya ses ambassadeurs à Delphes pour demander au dieu ce qu'il convenait de faire pour éloigner la disette. Et Ino persuada les messagers de lui rapporter une fausse réponse : la terre redeviendrait fertile si Phrixos était sacrifié à Zeus. Athamas écouta la réponse et, contraint par les habitants de la région, il mena Phrixos sur l'autel du dieu. Mais Néphélé l'enleva, et sa fille avec, et elle leur donna un bélier à la toison d'or - don d'Hermès : les deux enfants montèrent dessus, et le bélier les emmena à travers le ciel, survolant les terres et les mers. [[b]Livre I, 9, 1[/b]]


Examinons d'abord la cabale. Phrixos a rapport, par jrix, avec une surface hérissée ou frémissante : c'est l'annonce d'une solution sursaturée où la cristallisation intervient. Phrixos tient donc de la nature du Soufre. Athamas [AqamaV] a rapport par l'intrépidité avec l'Acier des Sages. Et l'Acier renvoie au sel blanc connu sous le nom de terre de Samos ou de terre de Chio. C'est le sel incombustible qui forme le corps de la Pierre future. Quant à Néphélé [Nejelh], elle se rapporte à ce qui couvre, au nuage ou à la nuée : il s'agit de l'Hypérion signalé par Fulcanelli ou du Lion Vert de Ripley ; sa forme future sera celle d'un filet pour la chasse aux poissons, allégorie que l'on doit au Président d'Espagnet. Il s'agit donc de l'Aimant [sur l'Acier et l'Aimant, cf. Matière.]. Voyons Hellè [Ellh] : tombée du bélier merveilleux doué de parole, elle donne son nom à l'Hellespont [Pont-Euxin, mer Noire], c'est-à-dire au Mercure dans son premier état, avant la sortie de la phase de dissolution, symbolisée par les roches cynaées ou Symplegades qui se situent, précisément, à l'entrée de l'Hellespont. Les règles de la cabale hermétique jouant uniquement sur les phonèmes, il est permis de poser l'équivalence Ellh - hle, qui renvoie à hleoV [fou, insensé] ce qui nous offre un indice supplémentaire en faveur de l'origine mercurielle de Hellè ; ainsi peut-on affirmer que le Soufre réincrudé des alchimistes - leur soleil brillant - procède d'une combinaison entre le Mercure et la Terre, ce qu'aucun Adepte ne peut révoquer en doute. Nous avons déjà examiné Ino [emblème XXXII] : E. Canseliet assure que le nom de son fils, Léarque, est formé des racines Lea [pierre] et arxh [principe]. Malheureusement, E. Canseliet se trompe là-dessus. En effet, Léarque - Léarkhos - est formé de lewV et de arcw. Et il ait des fois où l'on ne peut pas abuser de la cabale sans péril. Et in fine, il ne faut pas lire Lea [qui n'existe pas] mais laaV, qui signifie effectivement « pierre, pierre précieuse ». Quant à arcw, ce mot prend le sens de « qui guide, qui montre le bon chemin ». Le véritable sens cabalistique de Léarkhos est donc : « qui montre comment faire la pierre précieuse ». Ino renvoie directement à Leucothoé, ou plutôt à Leukothéa, [Leukoqea] lorsqu'elle fut devenue divinité marine. Elle évoque évidemment la phase de la blancheur, au sortir du Pont-Euxin, lorsque les irisations ont également disparu. L'Artiste « voit blanc » littéralement [leuko qeaomai], c'est-à-dire qu'il est sur le bon sentier, qu'il suit la route que lui a tracée Léarkhos. Quant à Mélicerte [MelikerthV], celui-ci fut métamorphosé en dieu marin sous le nom de Palaimwn dans le même temps où sa mère se précipitait dans les flots, poursuivie par le courroux d'Athamas, où elle fut reçue par Neptune. Nous noterons d'abord l'assez proche assonance entre le nom grécisé de Mélicerte et le mot melikhra, qui désigne du frai du cquillage qui produit le pourpre, ce qui nous signale le rapport entre le fils d'Ino et le Soufre rouge ou teinture de la Pierre. Palaimon désigne donc Mélikertès après sa métamorphose en dieu marin, nom qui a aussile sens de « lutteur » et qui est, en outre, l'un des surnoms d'Héraklès. On se souviendra enfin, pour plus tard, que l'un des Argonautes s'appelait PalaimonioV. Si l'on résume, Léarkhos fournit le moyen de faire la Pierre et Mélicerte, celui de combattre avec courage. C'est dire que l'un désigne la Prudence ou la Persévérance alors que l'autre désigne la Force. Voilà cités trois des Vertus cardinales des plus utiles dans l'oeuvre [cf. les médaillons de Notre-Dame de Paris au grand portail]. La première de ces Vertus donne le nom du moyen ou artifice de l'oeuvre ; la seconde nomme le vase du composé et la troisième définit l'opération à effectuer, au vrai un tour de force [cf. Gardes du Corps]. Du reste, cette opération se déroule à une époque qui coïncide avec la perpétration de la menace, ourdie par Ino contre les enfants de Néphélé : l'assation des graines destinées aux semailles. Et de là, nous parvenons à la fin du premier acte : Phryxos et Hellè sont sauvés par l'intervention du Bélier doué de parole et porteur de la toison d'or. Cette scène, heureusement, est immortalisée par l'un des quatre-feuilles gravés au portail saint Firmin de la cathédrale d'Amiens :

FIGURE IV
(le Bélier Chrysomelle - cathédrale d'Amiens)

Qui, en effet, irait croire que les enfants de Néphélé sont ainsi sculptés dans la masse du calcaire ? Qui irait s'imaginer que le buisson touffu de gauche représente Phryxos ? Et ceci, en conformité totale avec ce que nous avons écrit supra ? Nous distinguons bien, en effet, cet aspect hérissé - jrix - qui distingue le Soufre frémissant. Hellè est représentée par le buisson de droite, dont l'aspect diffère tout à fait de celui de gauche. Ne serait-ce qu'avec peu d'imagination, nous pouvons y voir un filet par le biais de cet aspect entre-croisé, en X ou mieux en c, auquel nous sommes désormais bien habitués ; ce filet a la même valeur que l'agregon dont nous avons parlé dans la section des blasons alchimiques. Il se signale par son caractère cosmique, ce que fait bien voir ce ciel astral - d'ailleurs signalé par Fulcanelli dans le Myst., l'astre jouant le rôle de point fixe ou de pôle qui permet d'orienter le filet et de fixer, en conséquence, le nombre d'Aigles prescrit par Philalèthe dans son Introïtus -. De ce filet, nous retiendrons qu'il constitue l'instrument qui permet de piéger les poissons gras dont parle le Président d'Espagnet dans son Oeuvre Secret d'Hermès, c'est-à-dire de réaliser la coagulation lente et progressive, linéaire en un mot, de l'eau permanente. Ce qu'on peut résumer en : coaguler le Soufre. Ce buisson, dont nous parlons, est ardent ce qui en fait l'instrument du divin, c'est-à-dire de l'Esprit : c'est nommer le Mercure en son second état, c'est-à-dire le Mercure philosophique. Que le Bélier fut don d'Hermès achève de conforter l'hermétiste dans l'espérance légitime qu'il nourrit sur le résultat de ses supputations oratoires, en prolégomène à sa pratique.
8. Cette nourrice procède du serpent Ouroboros de la Chrysopée [Cléopâtre]. On peut donner quelque idée d'une méthode de corporification du Soufre, de sa réincrudation en somme, à l'aide d'une circulation continue, par la voie humide. Il faut disposer un appareil fort simple dans lequel une circulation continue s'entretient par une légère différence de température entre un ballon surmonté d'une allonge, l'un et l'autre remplis de la substance à dissoudre, et un vase placé à distance, mais communiquant à l'aide de deux tubes, à sa partie inférieure avec le ballon et à sa partie supérieure avec le haut de l'allonge. On comprend que tout l'appareil, c'est-à-dire les trois vases et les deux tubes qui les mettent en communication, étant remplis du dissolvant, la différence de température entre les deux premiers vases [ballon surmonté de l'allonge], chauffés au bain-marie, et le vase à distance, suffira pour établir une circulation du liquide tant que la source de chaleur sera entretenue. La circulation fera dissoudre continuellement la substance contenue dans le ballon et l'allonge chauffés ; la solution, en passant dans le vase latéral moins échauffé, y déposera des cristaux, viendra se recharger pour aller ensuite déposer de nouvelles particules cristallines. La cristallisation, continuant d'une manière lente et régulière, donnera des cristaux de plus en plus volumineux ; il faudra seulement prolonger l'opération, lorsqu'on agira sur des substances peu solubles. [adapté de C.R. Acad. Sci., M. Payen].
 
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 21:57 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant

Vade ad mulierem lavantem pannos, tu fac similiter.
(Va trouver la femme qui lave du linge ; toi, fais comme elle.)
 

 
Epigramma III.
Toi qui aimes scruter les vérités cachées
Sache de cet exemple extraire tout l’utile :
Vois cette femme, comme elle purge son linge
Des taches, en jetant dessus de chaudes eaux.
Imite-la : ton art ne te trahira point.
L’onde lave en effet l’ordure du corps noir.1



FUGA III



DISCOURS III.
Lorsque les étoffes de lin2 reçoivent des souillures qui les tachent et les noircissent, comme il s’agit d’ordures faites de terre, on les enlève à l’aide de l’élément le plus proche, à savoir, l’eau,3 et on expose les étoffes à l’air afin que, grâce à la chaleur du soleil agissant en tant que feu, quatrième élément, l’humidité en soit extraite en même temps que les souillures.4 Si cette opération est répétée fréquemment, les étoffes qui étaient auparavant sordides et fétides deviennent pures et purgées de taches. Ceci est l’art des femmes, qu’elles ont appris de la nature elle-même. Nous voyons en effet les os des animaux exposés à l’air : ils sont d’abord noirs et sales, mais si la pluie les humecte souvent et s’ils sont séchés à de nombreuses reprises par la chaleur du soleil survenant à son tour, ils sont ramenés à une extrême blancheur, comme le note Isaac.5 Il en est de même du sujet philosophique. Toutes les crudités et les souillures qui ont pu se rencontrer en lui sont purifiées et détruites, lorsqu’on l’arrose de ses propres eaux. Ainsi le corps est ramené à une grande clarté et à une grande perfection. Car toutes les opérations chymiques, comme calcination, sublimation, solution, distillation, descension, coagulation, fixation et toutes les autres, se réduisent à une ablution.6
En effet, qui lave à l’aide de l’eau une chose impure lui procure le même effet que celui obtenu par tant de modes d’opérer. Car c’est par le feu, comme le dit le Jardinier des Philosophes, que les linges du roi Duenech7, tachés par la sueur, doivent être lavés, et ils doivent être brûlés par les eaux. On voit par là que l’eau et le feu se sont communiqués mutuellement leurs qualités, que l’espèce du feu philosophique n’est pas la même que celle du feu commun, et qu’il faut penser la même chose de l’eau.8 Nous avons observé, au sujet de la chaux vive et du feu grégeois, qu’ils s’embrasent dans l’eau et ne s’éteignent nullement, contre la nature des autres corps inflammables.9 Ainsi l’on affirme que le camphre, enflammé préalablement, brûle dans l’eau. Et la pierre gagate (comme l’atteste Anselme de Bood) s’éteint plus facilement, lorsqu’elle est enflammée, avec de l’huile qu’avec de l’eau.10 Car l’eau ne peut se mélanger avec ce qui est gras, elle cède au corps igné, à moins qu’elle ne le recouvre et ne le submerge entièrement. Mais ceci ne peut se faire aisément puisque c’est une pierre et que, comme toute huile, elle gagne la partie supérieure de l’eau. Ainsi le naphte, le pétrole et les substances qui leur ressemblent ne craignent guère les eaux. Certains écrivent, au sujet des charbons souterrains de Liège, que, lorsqu’ils sont en feu sous la terre, on ne les éteint pas avec de l’eau mais en entassant par-dessus des poussières de terre, comme le cœur. Tacite raconte d’une semblable espèce de feu qu’elle ne put être étouffée avec de l’eau, mais seulement avec des bâtons et des vêtements ôtés du corps. Il existe donc une grande diversité de feux, en ce qui concerne la manière de l’allumer et de l’éteindre.11 La diversité n’est pas moindre dans le domaine des liquides, car le lait, le vinaigre, l’eau-forte, l’eau régale et l’eau commune diffèrent grandement entre elles, dans leur comportement à l’égard du feu. Il y a plus : la matière elle-même supporte le feu, comme ces fameuses étoffes de fin lin tenues dans l’antiquité pour précieuses et utilisées par les riches, qu’on lavait avec le feu et non avec l’eau ; en d’autres termes, on les ramenait à leur pureté antérieure, ayant brûlé les souillures.12 Il ne faut pas ajouter foi aux contes fantaisistes sur les poils du reptile nommé Salamandre,13 contes suivant lesquels on en ferait des lampes. Certains donnent pour vrai qu’une trame de tissu avait été réalisée à l’aide de talc, d’alun de plume et d’autres matières de ce genre, et qu’on la nettoyait avec le feu.14 Mais celle qui possédait cette recette (une femme d’Anvers) l’aurait fait disparaître avec elle, par envie, et la juste proportion n’en aurait jamais été retrouvée. Nous ne parlons pas ici des matières combustibles. Le sujet philosophique devra être considéré selon toutes ces différences, si l’on vient à le préparer. Car le feu, l’eau et la matière elle-même ne seraient pas alors les éléments communs. Pour les philosophes, en effet, le feu est eau et l’eau est feu. Et les étoffes à laver ont la nature du fin lin ou du talc préparé, dont la juste proportion et le procédé de préparation ne sont pas non plus évidents pour tous.15 Pour les laver, ils font une lessive non avec des cendres de chênes ou leur sel, mais avec le sel métallique, qui est plus durable que tous les autres, non avec l’eau commune, mais avec celle qui, sous le signe du Verseau, a été congelée en glace et en neiges, et qui est faite assurément de parties plus ténues que les eaux stagnantes16 ou fangeuses des mares, de manière à pouvoir pénétrer davantage à l’intérieur du corps philosophique, noir et immonde, pour le laver et le purger.



Notes
1. Premier point d'achoppement de l'alchimie dans sa forme opératique : les « laveures » de Flamel. Il y a deux époques de l'oeuvre où l'on peut pratiquer des lavages ou des « purifications ». D'abord, dans la préparation des éléments du Mercure. Mais il s'agit alors de lavages vulgaires, qui n'ont rien de philosophique. Nous en avons parlé dans différentes sections : voir salpêtre - carbonates - compendium où tous les points de détail sont exposés. Contentons-nous ici de dire que l'on arrive à purifier correctement le nitre qu'à la troisième réitération d'une même technique. Ensuite, les alchimistes ont coutume de dire qu'ils lavent avec du feu aqueux ou une eau ignée. Mais cette phase se rapporte à la Grande coction opérée par la voie sèche. Il s'agit du régime de Saturne où les éléments entrent en totale dissolution.
2. Le lin doit subir plusieurs opérations avant qu'il puisse recevoir la teinture. Il en est de même pour la Pierre. La première opération s'apparente au rouissage. On dispose l'écorce de la plante à être séparée pour servir ensuite à la filature ; comprenez qu'il faut d'abord désosser le Corps avant de lui infuser le principe tingeant. A cela près, l'analogie est totale. Tout comme pour le lin, il paraît que dans le rouissage, un suc glutineux tient en dissolution la partie colorante verte de la plante. Ce suc doit subir une putréfaction plus ou moins avancée selon la méthode que l'on emploie.

FIGURE I
(planche XX du Splendor Solis - laveures ignées)

3. L'expérience montre que l'eau, employée seule, est insuffisante pour séparer complètement le suc de la partie corticale du lin. Tout comme pour la Pierre, on propose de mêler une petite quantité d'alkali caustique dans l'eau de lavage, afin d'augmenter la force dissolvante. Un phénomène comparable à la phase de putréfaction s'opère puisque l'on observe que les parties colorantes vertes passent au jaune, au fauve, et même au brun ; on remarque que, dans le même temps, une grande partie de la dissolution est soluble dans les alkalis. De façon plus générale, on doit prescrire dans cette opération une dissolution de deux parties d'alkali [végétal ou minéral] contre une partie de chaux, de tenir le tout en digestion puis d'exercer les laveures ignées.
4. Maier veut ici parler de corps astringents, c'est-à-dire de substances qui changent en noir une dissolution de fer. Les alchimistes, Fulcanelli en particulier, citent la noix de galle comme exemple princeps. La noix de galle est une excroissance qu'on trouve sur les jeunes branches du chêne, principalement de l'espèce qu'on appelle rouvre [arbre dédié à Jupiter]. Ceci nous ramène au problème des couleurs. Sont-elles perçues par le sens, sont-elles perçues par l'entendement ? Fulcanelli, Tollius et Nicolas Flamel penchent pour la deuxième hypothèse. Quoi qu'il en soit, seule l'expérience au matras par la voie humide pourrait montrer des couleurs. Il semble que Newton, lorsqu'il menait à bien ses expériences, ait mis en évidence des irisations. B.J. Dobbs [Les fondements de l'alchimie de Newton, Guy Trédaniel, 1981] pense qu'il pouvait s'agir de composés semi-métalliques.
5. Jean Isaac et Isaac dits les Hollandais. Les ouvrages qui portent le nom d'Isaac le Hollandais, très estimés de Boyle et Kunckel, renferment la description d'un très grand nombre de procédés de chimie, qui, bien que dirigés d'après des vues alchimiques, sont restés dans la science comme la suite des travaux de Geber. Il paraît que Isaac le Hollandais a été un habile fabricant d'émaux et de pierres gemmes artificielles et il a décrit sans arrière pensée ses procédés pour la préparation de ces produits artificiels.
Isaac le Hollandais a écrit L'Oeuvre de Saturne, Des choses Naturelles et Supernaturelles, Londres, 1670. L'histoire ne fournit aucun renseignement sur Isaac le Hollandais père et J. Isaac fils, deux célèbres alchimistes du XVe siècle [Hoefer assure que T. Bergmann se trompe en plaçant ces auteurs au début du XVIIe siècle, car les écrits d'Isaac le Hollandais étaient déjà alors très répandus]. Ces alchimistes hollandais connaissaient l'eau régale préparée au moyen du salpêtre et du sel marin, l'esprit d'urine [ammoniaque] et les pierres précieuses artificielles. Ils attribuent à la pierre philosophale la propriété de multiplier les métaux et de rajeunir les corps. Le nombre de leurs écrits est assez grand. Hoefer [Histoire de la Chimie, 2ème époque] cite le Tractatus de urina [Theat. chem., VI]. La principale opération décrite par l'auteur consiste à distiller l'urine, à calciner le résidu pendant trois heures, à le reprendre par l'eau, à l'évaporer en partie, et à le laisser refroidir.
"On obtient ainsi un sel cristallisé qu'il faut purifier par des cristallisations répétées. C'est avec ce sel d'urine (sel de phosphore) que l'on peut souder les métaux."
Il prépare une espèce d'éther en soumettant à la distillation un mélange fait avec 4 parties de vinaigre distillé, 3 parties d'eau-de-vie, et 0.5 partie de chaux vive.
"Vous aurez ainsi une substance admirable qui réduit les chaux des métaux en leur matière première."
Il est de fait que l'alcool, les différents éthers réduisent ainsi les sels d'or [voir section voie humide]. Hoefer cite un autre traité, le De Lapide philosophorum [Theat. chem., II] où Isaac reproche aux anciens chimistes de ne pas avoir connu les eaux-fortes pour attaquer les métaux. D'après la théorie de cet alchimistes, chacun des métaux renferme dans son intérieur le principe de la teinture d'or ou de la teinture d'argent ; et lorsqu'on y projette la pierre ou l'élixir philosophal, ce principe se porte à la surface du métal, et le teint en jaune ou en blanc. Les autres ouvrages attribués à J. le Hollandais sont : Opera vegetabilia [Arnheim, 1617] - Opera minralia [Middelb., 1600] - Ratiores chemiae operationes [Leipz., 1714] - Opus Saturni [Nuremb., 1670] - De triplici ordine elixiris et lapidis theoria [imprimé avec le Traité de Bernh. Penot - Denarium medicum - ; Bern., 1608] - Tractatus de salibus et oleis metallorum [imprimé avec la Chimie de Stahl ; Nuremb., 1723] et beaucoup d'autres traités indiqués par Borel. La plupart de ces ouvrages, d'après Hoefer, présentent des traits de ressemblance avec ceux de Basile Valentin et il y a quelque raison de croire qu'ils seraient donc de la même plume.
6. voir les Douze Portes de Ripley, où chaque processus est analysé, en particulier, celui, si proche des vues de Jung, sur la Projection.

FIGURE II
(Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : le laiton hermétique)





7. l'un des noms donnés au laiton. Pernety a rédigé toute une liste des noms sous lesquels est connu le laiton ou Rebis dans son premier état :
"Nom que quelques Chymistes Hermétiques ont donné à leur matière au noir, qu’ils appellent encore le Laiton qu’il faut blanchir. On le nomme aussi Duenech vert ou Antimoine." [Dictionnaire]
On peut en rapprocher le mot Zandarith dont Pernety nous dit qu'il s'agit d'une moyenne substance qui participe du corps et de l'esprit, c'est-à-dire, du volatil et du fixe. Artéphius l'explique du magistère au blanc, et dit que c'est la même chose que Corsufle et Cambar. On a essayé d'en donner une explication au Livre secret d'Artéphius.
8. Les alchimistes ont toujours affirmé que leur dissolvant, appelé aussi feu secret, était une eau ignée ou un feu aqueux et qu'il renfermait sa ponticité dans son état plus que dans sa forme et que, selon la température, on lui donnait tantôt l'épithète de Mercure, tantôt l'épithète de Soufre. Ils ont dit aussi que ce dissolvant tenait de l'alkali fixe, de la nature de la chaux et de celle de l'eau forte, sans que pour autant il s'agisse d'un agent, mais plutôt d'un moyen ou plus exactement d'un milieu. Voyez la section Mercure.
9. Marcelin Berthelot a démontré [[color=#000099]les compositions incendiaires dans l'antiquité et au Moyen Âge, Revue des Deux Mondes, t. 106, 1891, p. 787[/color]] que le secret de la préparation du feu grec ou grégeois consistait dans l'addition du nitre aux mélanges incendiaires connus. Lippmann, dans une étude concernant l'histoire de la poudre, pense que les principaux constituants du feu grégeois étaient des espèces de pétrole, ou de solutions de goudron, de résine, de poix, etc. dans le pétrole mélangées avec de la chaux vive. Lippmann pense que le nitre était inconnu des Byzantins, mais on trouve dans Pline le passage suivant :
"Une espèce de nitron se trouve comme une efflorescence sur les murs humides ; elle a plusieurs applications à la médecine et c'est un engrais efficace et fertilisant."
En dehors du feu grégeois, il faut rapporter la chaux dont le comportement à l'eau est bien connu et les pyrophores de Homberg et de Gay-Lussac qui sont des mélanges de matière charbonneuse et de sulfure de potassium qui ont la propriété de s'enflammer à l'air humide [cf. section Fontenay]

FIGURE III
(Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : le feu secret)





10. La pierre gagate, gagataes, est une pierre noire qui correspond au jais. En grec, gagathV, c'est la pierre de Gagas, fleuve de Lycie, pierre dure et noire. Un poète de la Pléïade, Remy Belleau s'en est inspiré dans sesAmours et nouveaux eschanges des pierres précieuses [vertus et proprietez d'icelles ; Discours de la vanité, pris de l'Ecclesiaste ; Eclogues sacrees, prises du Cantique des Cantiques, Patisson, 1576]. Nous avons respecté l'orthographe originale :
La Gagate
C'est trop vanté les honeurs de l'Agathe,
Ie veux chanter maintenant la Gagate,
De fon odeur qui chaffe le ferpent,
Deffus le ventre & gliffant & rampant
Pli deffus pli de fon alleure torte
A dos courbé, voguant de mefme forte
Qu'vne galere, ou comme on voit en mer
Flot deffus flot les ondes s'animer,
Frifant, crefpant d'vne ondoyante fuite
Deffus les bords leur efcume defpite.
Donc cefie pierre a fi mauuaife odeur,
Que les poulmons iures de fa vapeur,
Par les nafeaux ayant prife & humee
Cefte fafcheufe & puante fumee,
Perdent le vent, & bouchent les efprits
De cefte odeur eftouffez & furpris.
Doncques premier que vanter cefte pierre,
Et la fenteur qu'en fes flancs elle enferre,
Ma chere Mufe, arrofe de ton eau
L'ancre facré, & les vers de Belleau
Arrofe-luy les tempes & la face
Du doux parfum qui coule de ta grace.
Or la Gagate eft de noire couleur,
Tendre, fragile, & prefque de l'odeur
Du foufre vif, & de forte teinture,
De poids legere, & d'eftrange nature.
Car dedans l'eau auffi foudain prend feu,
Et dedans huile elle meurt peu à peu.
Recuite en vin elle eft fort fouueraine
Au mal des dents : de fa puante haleine
Elle prouoque & fait couler les fleurs,
Sans fe purger qui font mille douleurs.
Mife en onguent aucc cire nouuelle,
Elle guarit & purge l'efcroüelle.
S'il doit efcheoir ce qu'on defire auoir,
On dit pour vray qu'elle ne peut ardoir.
Bonne eft l'odeur pour le mal de la mere,
Bonne à fçauoir fi la vierge eft entiere,
Bonne à iuger l'homme melancolic
Et defcouurir le cerueau lunatic.
Elle se trouue au Lycien riuage
Et dans les eaux du grand fleuue de Gage,
Dont elle emprunte & la gloire & le nom.
Et les vertus d'vn immortel renom.

Evidemment, nous dira-t-on, que vient faire cette tirade sur la gagate, ou si l'on préfère, sur la lignite ? Ceci. Une note des C.R. de l'Académie des sciences met en exergue le point suivant :
 
Citation:
Dans un moellon de grès bigarré, tendre, appartenant à un bloc brisé de la partie supérieure d'une carrière, j'ai trouvé du lignite ayant appartenu à un arbre dicotylédon ; cette branche offre des marques certaines dl'écorce, de branches, de noeuds, etc. ; le bois était à demi pourri avant de se pétrifier; jusque-là rien que de très-commun : mais ce moellon était traversé de part en part par un filon de sulfate de baryte d'une épaisseur moyenne de 4 millimètres, lequel coupait transversalement la branche en question , et cela sans solution de continuité; de plus dans l'épaisseur d'une autre branche voisine, il s'est formé des rognons de la même substance (sulfate de baryte cristallisé). Or voici les inductions que j'en ai tirées
1° lorsque les grès bigarrés se sont formés, les arbres dicotylédons existaient ;
2° ces grès sont formés d'un sable fin qui s'est solidifié après avoir été déposé ;
3° il y avait dans ces sables du sulfate de baryte ;
4° ce sulfate s'est aggloméré par une action galvanique; car de deux choses l'une: ou le filon existait lors de l'emprisonnement de la branche, alors il devait être pâteux, sans cela il eût été impénétrable à cette branche : mais dans ce cas il devait y avoir solution de continuité dans le corps de la branche ; ou bien il n'existait point encore, alors il faut admettre que les roches sédimenteuses n'ont cessé de se transformer depuis que les éléments dont elles sont composées ont été fixés. [...]
Note de M. Denis 


Revoyez notre section du Mercure de nature. Vous verrez que cette observation, au demeurant purement fortuite, met en évidence une induction nette et évidente entre les éléments suivants : sable, sulfate de baryte [analogue au sulfate de potasse, c'est-à-dire au tartre vitriolé] ; élément réducteur [lignite = pierre de Gagate] ; action éléectrique de « nature ». voilà des éléments bien intéressants à mettre en balance avec ce que nous apprennent les textes. Les alchimistes auraient-ils pratiqué la galvanoplastie sans le savoir ? La question, à laquelle nous pensons depuis longtemps, mérite d'être posée. Pour M. Berthelot, il y aurait deux pierres gagates, l'une correspondant au jais [Pline, XXXVI, 34 ; Diosc, Mat. Me. V, 145] et l'autre, dénommée pierre de Memphis [Diosc, Mat. Med. , V, 157]
11. Fulcanelli nous parle de lampes perpétuelles dans sa Salamandre de Lisieux :
"La Médecine universelle est devenue la Lumière inextinguible, le produit éclairant de ces lampes perpétuelles, que certains auteurs ont signalées comme ayant été trouvées dans quelques sépultures antiques." [DM, I]
D'après Fulcanelli, ces lampes sont l'une des réalisations les plus surprenantes de la science hermétique et elles seraient faites d'Elixir liquide [DM, II, le grimoire du château de Dampierre]. On trouve dans les Lettres juives ou Correspondance philosophique, historique et critique entre un juif voyageur et ses correspondans en divers endroits, le Marquis d'Argens, un passage sur les lampes perpétuelles où l'auteur montre que Descartes avait étudié le sujet. M. Berthelot [La légende des savants alexandrins, in Notices relatives à l'histoire des Sciences, T. XLIX] :
 
Citation:
Ces légendes répondent à des phénomènes réels, attribuables à la phosphorescence. Le procédé susceptible de les manifester est décrit amplement dans les écrits des alchimistes grecs, et il y est donné comme tiré des livres d'Ostanès et autres magiciens persans et égyptiens. Il était fondé sur l'emploi des biles des animaux marins, dont on frottait les objets que l'on voulait rendre lumineux dans l'obscurité. J'ai publié et commenté ces textes. Des effets de phosphorescence analogues, mais transitoires, sont également susceptibles de se produire, au moment où l'air et la lumière pénètrent dans un tombeau longtemps fermé. Ces effets ont dû concourir aux récits de lampes perpétuelles trouvées dans les sépulcres. Je rappellerai que l'un des premiers phénomènes qui aient été observés parfois lors de l'ouverture des tombes antiques, a été décrit comme l'affaissement des restes du cadavre et la disparition presque subite de ses vêtements et ornements. J'ai assisté, moi-même, lors de l'Exposition universelle de 1867, à Paris, à une vision de ce genre, au moment du déroulement, par Mariette, d'une momie qu'il avait apportée d'Égypte. A un certain moment, apparut sur la poitrine de la momie une plaque d'argent, couverte de caractères noirs : c'étaient les formules rituelles du Livre des Morts. Mariette les lut rapidement sous nos yeux; et elles s'évanouirent presque aussitôt, brûlées par l'action de l'air et de la lumière. La scène se passant en plein jour, on n'aperçut aucune lueur; mais les phénomènes de combustion spontanée de cet ordre sont très souvent accompagnés de phosphorescence. Ils ont dû être observés plus d'une fois par les violateurs des tombes égyptiennes et les frapper d'une terreur superstitieuse. Il est aussi question chez les auteurs anciens de certains mélanges susceptibles d'étre conservés dans l'obscurité et qui s'enflammaient au Soleil. Déjà, dans les Trachiniennes de Sophocle, Déjanire parle d'un philtre (sang de Nessus), destiné à enflammer la tunique d'Hercule, philtre qui ne doit pas être exposé aux rayons du Soleil. On serait porté à regarder ces indications comme purement fabuleuses, si on ne les retrouvait dans des recettes d'apparence purement scientifique, telles que celles de Julius Africanus et de Marcus Graecus ; la pyrite (fer sulfuré) et la chaux vive y figurent. Cependant ces recettes sont trop vagues pour que nous puissions, avec les seules matières connues des anciens, même aidés de nos connaissances modernes, en reproduire exactement les effèts; à moins de recourir à des affusions d'eau, comme je le dirai tout à l'heure. On y réussit plus aisément s'ils'agit de mélanges phosphorescents, ou susceptibles de le devenir sous l'influence de la lumière solaire, mélanges, au contraire, faciles à composer. Les lueurs phosphorescentes, surtout dans les récits magiques, étaient confondues autrefois avec celles d'une combustion active : le mot incendiurn offre réellement ce double sens dans Marcus Graecus.
Les prêtres de l'antiquité connaissaient plusieurs procédés pour allumer un feu véritable, sans recourir à l'emploi de matières en combustion préalable. Tel est le mélange de la chaux vive avec le soufre soumis à l'action de l'eau, mélange signalé d'une façon expresse par Tite-Live, dans un passage relatif à l'interdiction des Bacchanales, mélange qui resta connu pendant le Moyen Âge. Telles étaient encore les cendres de couleur spéciale (mélange de chaux vive et d'encens) employées dans un temple de Lydie, d'après Pausanias. Le mage invoquait le dieu par des prières en langage barbare, et le bois placé sur l'autel s'allumait de lui-même. Il est probable que l'inflammation était, comme dans le cas des Bacchantes, provoquée par des affusions d'eau.


Comme on le voit, rien n'est inexplicable si l'on a tant soit peu l'esprit critique. Et l'on ne voit pas ce qui pourrait donner quelque crédit aux assertions de Fulcanelli.
12. Voici ce que rapporte M. Berthellot dans sa Chimie des Anciens :
Citation:
Procédé pour rendre une étoffe incombustible
Voici un procédé donné dans le Traité d'orfèvrerie [Collection des Alchimistes Grecs, VI, I, 40] : « Prends de la chaux vive, mêle-la avec de l'huile et arrose bien une fois ou deux. Ajoute aussi de la lessive, en la versant tout autour et au-dessus, jusqu'à une épaisseur de deux doigts. Mets cette eau divine dans un flacon. Prends une étoffe de lin, mouille-la dans cette eau ; expose-la au feu et, si l'étoffe s'enflamme, sache qu'elle n'est pas bien préparée. Ajoute de nouveau le liniment calcaire avec d'autre chaux ; opère comme précédemment jusqu'à réussite, c'est-à-dire jusqu'à ce que l'étoffe ne s'enflamme pas dans le feu. » On trouve dans Aulu-Gelle un passage d'après lequel une tour de bois destinée à la défense du Pirée, ne put être incendiée par Sylla, parce qu'elle était enduite d'alun : « omnem materiam obliverat alumine, quod Sylla atque milites admirabantur. » Noctes atticae, XV, 1. [...]


Il est évident que la référence à l'alun est, pour nous, des plus précieuses.
13. Sur la salamandre, voyez la section Fontenay. Sel central restant infusible à la plus haute température de nos fourneaux, la salamandre est, d'une certaine manière, liée à la légende de Méduse et de Persée. En effet, lorsque Persée décapite Méduse, deux sujets apparaissent : Pégase et Chrysaor. L'une des substances est fixe, l'autre volatile. Chrysaor [Crusawr], uni à Callirhoé, fut père de Géryon. Voyez le Xème travail d'Hercule à ce sujet.
14. Le talc et l'alun de plume sont des substances qui nous sont bien familières. Dans la note précédente, nous avons dit que Méduse, décapitée, libère deux sujets. Voyez ce qui se passe quand on calcine de l'alun de plume, c'est-à-dire de l'alun déphlegmé : le sel se boursoufle et si on le chauffe à la chaleur rouge, il se sépare en deux : d'un côté, la terre Cimolienne et de l'autre, l'alkali végétal. Quant au talc, ce nom a été donné à des minéraux d'un vert ordinairement clair, quelquefois aussi très foncé, doux au toucher, peu durs, infusibles et composées de silicate de magnésie. Schiste et talc font bon ménage : la paragonite est un schiste qui a été analysé par Vauquelin : il contient les staurotides de Bretagne. Ces staurotides sont déjà un pas important dans la recherche du Mercure de nature [cf. section]. C'est dans le schiste du Saint-Gothard que l'on trouve des cristaux à staurotide et on y trouve aussi des cristaux d'amphibole verte très allongés. Nous avons dit ailleurs que le talc est appelé étoile de la terre, à cause qu'il éclate comme les étoiles et qu'il possède un éclat argentin. quelques-uns ont cru qu'il s'agissait de l'argyrodamas des Anciens, parce qu'il résiste aux injures et aux traits du feu [arghV : éclatant de blancheur, en parlant des terrains calcaires et crayeux]. Il y a deux préparations que l'on fait à partir du talc : l'une, blanche, dont on se sert comme fard, et l'autre, rouge, que l'on prépare à partir de talc rouge et d'esprit de vin tartarisé.
15. Voyez le texte d'Huginus à Barma, où nous indiquons comment obtenir du talc préparé. Pour résumer, l'Artiste aura besoin, outre de talc de Venise, de sel de tartre, de salpêtre et d'esprit de vin.
16. renvoie par cabale à l'étain [stannum] ou à la stibine [stibium]. Ces substances n'ont d'utilité que dans la voie humide [préparation du pourpre de Cassius et des strass colorés]. Cette explication peut être complétée : en grec, stagnant [stasiV] est proche de stasiwron, qui signifie étable. De là qu'il s'agisse d'une indication sur la salpêtre...
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 21:58 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant

Conjunge fratrem cum sorore & propina illis poculum amoris:
(Unis le frère à sa sœur et fais-leur boire le breuvage d’amour.1)

 
Epigramma IV.
La race des humains n’emplirait pas le monde
Si la première sœur n’eût épousé son frère.
Va, unis donc ces premiers-nés des deux parents
Afin que sur la couche on ait mâle et femelle.
De la philothésie2 offre-leur le nectar.
L’amour en eux engendrera l’espoir du fruit.
DISCOURS IV.
La loi divine et civile défend à ceux que la nature unit à un degré de consanguinité assez rapproché de contracter mariage ; tels, ceux qui sont directement ascendants et descendants dans l’arbre généalogique et ceux qui se rencontrent en ligne collatérale. Les raisons de cette règle sont très certaines. Mais quand les philosophes parlent d’unir par le mariage la mère à son fils, le père à sa fille, ou le frère à sa sœur, ils ne disent ni ne font rien de contraire à la loi énoncée.3 Car les sujets entraînent la distinction des attributs et les causes celles des effets. En effet les personnages des Philosophes sont en dehors de ces débats, à l’égal des filles et des filles d’Adam qui s’épousaient mutuellement sans donner lieu à l’imputation d’un crime quelconque. La raison principale paraît en être de faire que le genre humain se lie et s’associe plus solidement par l’alliance et l’amitié, et d’éviter qu’il ne se divise en factions familiales, ennemies et héréditaires. Puisque cette cause n’atteignit pas, à l’origine, les frères et les sœurs adamiques, rien ne s’opposa à ce qu’ils fussent unis par le mariage. Car ils constituèrent alors, à eux seuls, le genre humain, et personne d’autre ne vécut, en dehors d’eux et de leurs parents. Aussi, de même qu’ils furent liés par le sang, ils durent nécessairement s’allier par le mariage. Mais lorsque la multitude des hommes vint à croître et fut distribuée en d’innombrables familles, cette cause se révéla véridique et juste, entraînant que les frères ne dussent pas épouser leurs sœurs.
Il existe, chez les philosophes, une autre raison pour que les sœurs se marient à leurs frères : c’est la similitude de substance, afin qu’elle soit unie à son semblable. Ce genre contient seulement deux êtres semblables l’un à l’autre quant à l’espèce et différents quant au sexe, dont l’un est salué du nom de frère et l’autre de celui de sœur. C’est pourquoi ils doivent être légitimement unis en un seul mariage suivant la même liberté, la même condition, et aussi la même nécessité inévitable qui s’imposa aux premiers hommes consanguins.4 Le frère est ardent et sec et, pour cette raison, fortement cholérique. La sœur est froide et humide, possédant en elle beaucoup de matière phlegmatique. Ces natures, si différentes par le degré de chaleur, s’accordent d’ordinaire d’une façon parfaite en amour, en fécondité et pour la propagation des enfants. Car on ne fait pas jaillir facilement un feu susceptible d’être propagé, de l’acier et de l’acier, corps très dur, ni du silex et du silex, corps fragile, mais d’un corps dur et d’un corps fragile, c’est-à-dire l’acier et le silex. De la même manière, un enfant vigoureux s’obtient, non d’un mâle ardent et d’une femelle enflammée, ni de deux conjoints froids (car la frigidité du mâle est infécondité) mais d’un mâle chaud et d’une femelle plutôt froide. Car la femme la plus chaude, dans les limites du tempérament humain, se révèle plus froide que l’homme le plus froid de son sexe (mais toutefois en bonne santé) comme Lemnius le prouve dans son livre Les Merveilles cachées de la nature. Le frère et la sœur sont donc unis à bon droit par les Philosophes. Si quelqu’un désire faire naître un petit d’une poule, d’une chienne, d’une chèvre, d’une brebis ou d’autres bêtes brutes, il leur unit un coq, un chien, un bouc, et tout animal de leur espèce ; ainsi il n’est pas frustré de ce qu’il espère. Et il ne considère pas, en vérité, la consanguinité des bêtes mais seulement la générosité de chacune et la convenance de leur nature. Il faut en dire autant du tronc d’arbre et du greffon qu’on doit y insérer. La nature métallique elle-même qui, cependant, possède plus que tout la similitude et l’homogénéité de la substance, l’exige ainsi, lorsqu’elle demande qu’on lui unisse quelque chose.
Mais le frère et la sœur, une fois unis, ne deviennent pas féconds et ne persistent pas longtemps dans l’amour si l’on ne leur donne à boire la Philothésie, ou breuvage d’amour,5 à la manière d’un philtre. Grâce à ce breuvage, en effet, leurs cœurs sont si bien apaisés et accordés que, dans une sorte d’ivresse (à la manière de Loth), ils rejettent la pudeur, s’épousent et engendrent une descendance (non souillée dans son origine mais) légitime. Qui en effet ignore que le genre humain a une très grande dette à l’égard de la médecine ? Grâce à ses bienfaits et à son œuvre, des myriades d’hommes existent maintenant dans le monde, qui n’auraient pas été si leurs parents ou leurs grand-parents n’avaient pas été délivrés du vice de stérilité par l’éloignement et l’enlèvement de la cause ou d’un empêchement proche et éloigné, ou si leurs mères n’avaient pas été préservées de l’avortement. Aussi ce breuvage d’amour est donné à ces nouveaux époux pour les mêmes raisons qui, comme chacun peut le reconnaître d’après ce qui a déjà été dit, sont au nombre de trois : assurer la constance de l’amour, ôter la stérilité et empêcher l’avortement.6



Notes
1. Il faut bien voir ici que cette union va consister à réunir sous une forme différente deux substances qui étaient auparavant déjà unies, mais sous une forme inconsistante. Le breuvage d'amour n'est autre que le Mercure.
2. le mot n'existe pas en français. Il vient directement du grec jilothsioV [qui concerne l'amour ou les plaisirs de l'amour]. Voici ce que nous dit Pernety de cette union :
"Union. Volatilisation du corps et coagulation de l'esprit; ce qui se fait par la même opération. Les Philosophes l'ont appelée Union de la terre et de l'eau. Cette opération se fait par la putréfaction. Alors les éléments sont confondus, l'eau contient l'air, et la terre contient le feu, les deux ne font qu'un tout appelé Hylé ou Chaos. Cette union de la terre et de l'eau se fait aussi dans la fixation du volatil."[Dictionnaire]
3. Aristée, dans le code de vérité, dit au Roi :« Donnez-nous le frère et la sœur, ou Gabricius ou Beja; pour ce qu’il ne se peut faire de génération véritable sans eux, ni ne se peut aucun arbre multiplier.. . le frère mène sa sœur, non pas le mari, sa femme; et quand ils seront devenus un, ils engendreront un fils plus parfait qu’eux-mêmes. » Gabricius est aussi appelé Gabertin. Beja se nomme eau mercurielle. Il ne s'agit donc pas du soufre blanc mais peut-être du Mercure commun. C'est une indication sur des substances issues de la séparation d'une seule matière. En procédant par élimination, on trouve sans problème 3 ou 4 minéraux seulement, dont la décomposition donne naissance à deux sulfo sels.
4. Parmi les sels semblant entrer dans la composition de la matière du Mercure, nous trouvons l'alun [sulfate double de potasse et sulfate d'alumine], le gypse [sulfate de chaux] et enfin le spath pesant [sulfate de baryte]. Or, si l'on nous entend bien, ces trois sels sont congénères. Ils contiennent des terres métalliques.

FIGURE I
(Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : le Mercure des Sages)

a)- L'alun est employé depuis très longtemps en teinture. Jusqu'au XVe siècle, il était exclusivement préparé à Constantinople, et c'est vers le milieu de ce siècle que la fabrication de ce produit prit de l'extension en Europe. Rappelons que ce sel a été employé dans les Indes de toute antiquité et dès les premiers siècles de l'ère chrétienne. Jusqu'au XVe siècle, c'était - outre Constantinople, d'Alep et de Rocca [Roche, aujourd'hui Edesse], près de Smyrne, qu'il était importé. Un marchand Génois, nommé Perdrix, qui avait beaucoup voyagé en Orient, et qui s'était arrêté quelque temps à Rocca, établit sur l'île d'Ischia la première fabrique d'alun, vers le milieu du XVe siècle. A la même époque, un autre Génois, Jean de Castro, frappé des analogies qu'il remarquait entre les terrains de Rocca et ceux de la Tolfa, rechercha et ne tarda pas à découvrir l'alunite, ou pierre d'alun. Déjà, du temps de Bernard Palissy, on s'expliquait le mode d'agir de l'alun dans le fixage des couleurs :
"L'alun qui est un sel, attire à soi les couleurs du Brésil, de la galle et autres matières, pour les donner aux draps, aux cuirs ou soies, tellement que les teinturiers, quelquefois voulant teindre un drap blanc en rouge, le trempent dans de l'eau d'alun ; le sel d'alun étant dissous dans l'eau sera cause que le drap recevra la teinture que l'on lui aura préparée, et un autre drap qui ne sera pas trempé dans l'eau d'alun ne le pourra faire ; le sel donc est une chambrière qui ôte la couleur à l'alun pour la bailler à l'autre."
On pourrait presque dire qu'en spagyrie, c'est exactement ainsi que l'alun est considéré par l'alchimiste : un médiateur, un transmetteur. L'alun a, par nature, vocation à exercer le métier de Mercure, de « christophore » si l'on nous permet ce néologisme. Le chimiste Pierre Macquer est allé encore plus loin en disant que :
"L'alun est l'âme de l'art de la teinture ; sans lui, toutes les teintures ne seraient qu'un mauvaix barbouillage, que le simple lavage à l'eau serait capable d'emporter."
Or, transposé dans l'art d'alchimie, cette remarque apparaît vraie et profonde. Nous ajouterons seulement que l'alun, sel double, contient une partie du Mercure commun [cf. section Fontenay] ; c'est ce Mercure commun qui sera animé par l'infusion du Soufre rouge, que l'on trouve souvent dans l'alun impur, défaut pour le fabricant du sel, qualité majeure pour l'alchimiste. Quant au lavage à l'eau, il est parfaitement exact de dire que, sans les éléments contenus dans l'alun, le Soufre ne pourrait jamais imprégner le Corps par accrétion [le Corps est le squelette de la Pierre, déjà présent en substance dans le Mercure commun]. C'est le chimiste Baron qui émit à l'Académie des sciences l'opinion que la terre de l'alun devait être métallique, ce que les grands alchimistes devaient connaître depuis déjà bien longtemps...Quoi qu'il en soit, ce sel a porté successivement les noms de vitriol, d'argile, vitriol d'alumine, alumine vitriolée, remplacés aujourd'hui par la dénomination vulgaire qu'on lui connaît. En dehors de l'alunite ou pierre d'alun, on prépare ce sel en exposant à l'air des schistes qui représentent l'un des dragons écailleux dont parlent les textes [l'autre acception recouvre le Mercure dans son premier état]. Ces schistes peuvent avoir l'apparence d'une terre ou d'une cendre noire, ce qui accuse davantage, s'il était besoin, leur intérêt hermétique. L'alun, si utile à la teinture, est non moins indispensable à l'alchimiste qui y voit l'une des trois Terres, révélées par Fulcanelli sous le triptyque de Cérès, Déméter et Cybèle. Nous dirions qu'il tient à la fois de Cybèle et de Déméter, parce qu'il a en lui un principe de dissolution et un principe de germination. C'est en précipitant le Soufre rouge du double Mercure, en présence de la terre de l'alun, que l'on se procure la laque minérale, premier état de la Pierre. On a aussi reconnu que l'alun est un principe de jonction entre l'Eau et le Feu : en 1830, M. le Chevalier Origo, colonel des pompiers de la ville de Rome, s'est aperçu que l'eau saturée d'alun et tenant en suspension de l'argile, éteignait beaucoup plus vite les incendies que l'eau ordinaire.

FIGURE II
(Beaune, Collégiale - teintures ignées - cliché Alain Mauranne)

b)- le sulfate de chaux ou gypse [minime gypsum, guyoV] résulte de l'union de l'acide vitriolique à de la chaux. On l'a appelé sélénite parce que les Anciens croyaient que cette substance avait la propriété de croître et de décroître avec la lune [ce qui n'est pas faux si l'on connaît la cabale hermétique]. On l'a aussi appelé pierre spéculaire, ce qui veut dire miroir, à cause de la transparence de ses cristaux. Ou encore, spath séléniteux, albâtre gypseux, parce que certaine variété ressemble à l'albâtre proprement dit ; enfin, il a été nommé chaux vitriolée, vitriol de chaux. On voit donc combien il est proche de l'alun et nous n'hésiterons pas à dire que ces sels sont congénères et se rapportent donc en tout point à ce qu'écrit Michel Maier dans ce chapitre : nous avons affaire à des isotopes sprituels. Lorsque le gypse, par la chaleur, est devenu anhydre, il prend le nom de plâtre, mot indiquant le pouvoir de former, d'imiter [et c'est bien ainsi que l'entendent les Artistes, si l'on nous entend avec un grain de sel]. Si l'on réunit de l'alkali et du gypse, il se forme du tartre vitriolé [le tartre vitriolé est présent intrinsèquement dans l'alun ; ce n'est pas le cas du gypse]. Par ailleurs, nous avons montré l'importance de ces deux sels dans la genèse des concrétions cristallisées [cf. Mercure de nature]. Il ne faut pas confondre, enfin, cet albâtre, que les minéralogistes appellent albâtre gypseux, avec l'albâtre des Anciens, qui est le carbonate de chaux d'un jaune de miel veiné et dont le nom vient du mot alabastrum, insaisissable, parce qu'on en faisait des vases sans anses et difficiles à prendre [épithète de notre Mercure ; voir aussi le jeu de mots entre albastrum et alabastrum].
c)- le sulfate de baryte fut appelé spath pesant, puis pierre ou phosphore de Bologne. Ces deux dernières dénominations ont été données au sulfate de baryte à cause du sulfure de baryum phosphorescent auquel il donne naissance en se décomposant sous la double influence de la chaleur et du charbon : cette expérience fut faite pour la première fois par un cordonnier nommé Vincenzo Casciarolo, qui s'occupait d'alchimie. Il crut que cette substance contenait de l'argent, parce que la baryte a des reflets d'argent prononcés ; il la chauffa avec du charbon, et reconnut que le résidu de la calcination n'était pas ce métal, mais que, placé dans l'obscurité, il émettait de la lumière. De célèbres chimistes se sont penchés sur cette substance : Homberg, Margraff, Scheele et Bergmann [cf. Chevreul]. Dans son cours de Chimie, Doré dit ceci :
"Le sulfate de baryte est la substance la plus précieuse pour les falsificateurs, pour ces hommes ennemis de l'humanité, qui souvent, par l'appât d'un vil bénéfice,ne tiennent aucun compte de la santé publique. Eh bien ! cette matière est elle-même falsifiée."
A une haute température, le sulfate de baryte entre en fusion ; aussi l'emploie-t-on comme fondant dans certaines fonderies de cuivre. On le fait entrer dans la composition de quelques verres, et c'est toujours avec le sulfate de baryte que l'on se procure les autres sels de cet oxyde. Cette haute température de fusion est un élément essentiel qui permet de comprendre son intérêt pour notre sujet. Songez que le sulfate de baryte forme avec les carbonates de soude et de potasse, les sulfates de soude et de potasse, le spath fluor, des combinaisons très fusibles lorsque ces éléments s'y trouvent dans des proportions convenables ; que ces combinaisons conservent toute leur liquidité à la chaleur blanche, et que celles qui contiennent du carbonate de baryte ne se décomposent pas comme celles qui renferment du carbonate de chaux. Ainsi, pour que le composé de spath fluor [fluorine, fluorite, myrrhe] et de sulfate de baryte soit bien fusible, il faut qu'il s'y trouve plus de 1 partie de la première substance pour 3 parties de la seconde [Berthier]. Autre fait notable : le sulfate de baryte est une substance de filon, qui se trouve très abondamment dans les mines de plomb, d'argent, de cuivre et d'antimoine. Il constitue aussi à lui seul des filons et des veines dans les terrains anciens et dans diverses parties des terrains secondaires, surtout le grès rouge [cf. section Fontenay]. Ce spath pesant a été analysé par M. Sage dans l'un des Mémoires de l'Académie royale : il a été trouvé dans les mines de Johanngeorgenstadt en Saxe et y est connu sous le nom de mica vert. Son tissu est feuilleté et brillant. Il se trouve en lames feuilletées, vertes, superficielles, éparses dans une mine de fer terreuse brunâtre.
Il faut retenir que le protosulfure d'antimoine a ordinairement pour gangues le quartz, le sulfate de baryte ou la pyrite de fer. Cela ne laisse pas d'éclairer d'un jour nouveau les allusions répétées des alchimistes, aussi bien d'ailleurs des anciens que les modernes, sur l'antimoine et les résidus qui l'accompagnent.

FIGURE III
(Beaune - Melchior, Balthazar et Gaspard sont-ils les sels essentiels de l'oeuvre ? - cliché Alain Mauranne)

5. Il s'agit du Mercure. Nous verrons plus tard les rapports existant entre le Mercure, l'ambroisie et Triptolème.
6. Cette trinité de la fertilité s'exprime dans la mythologie par Déméter, Perséphone et Triptolème. Le jeune Triptolème est l'incarnation divine du grain de blé [en alchimie, c'est la fève hermétique, le BasileuV de l'oeuvre]. La constance dans l'amour recouvre l'importance à assurer la permanence de l'eau mercurielle, qui doit conserver sa fluidité à la chaleur blanche. Empécher l'avortement, c'est assurer un régime de température qui permette de maintenir le Mercure à l'état d'Eau puis, l'époque venue, de diminuer très lentement la température.
 
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Adama
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 21:59 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant

Appone mulieri super mammas bufonem, ut ablactet eum, & moriatur mulier, sitque bufo grossus de lacte.
(Place un crapaud sur le sein de la femme, pour qu’elle l’allaite et meure et que le crapaud soit gros de ce lait.)

 
Epigramma V.
Sur le sein de la femme place un crapaud1 glacé
Pour que, tel un enfant, il s’abreuve de lait.
Tarissant la mamelle, qu’il s’enfle, énorme bosse,
Et la femme épuisée abandonne la vie.
Ainsi tu te feras un illustre remède
Qui chasse le poison du cœur, ôtant son mal.2


FUGA V

DISCOURS V.
L‘assemblée entière des philosophes s’accorde pour déclarer que leur œuvre n’est rien d’autre que mâle et femelle : au mâle, il appartient d’engendrer et de dominer sur la femme ; à celle-ci, de concevoir, de devenir grosse, d’enfanter, d’allaiter et d’élever la progéniture, ainsi que d’être soumise à l’autorité du mâle. Comme elle réchauffe et nourrit, sous son sang, l’enfant conçu avant qu’il soit produit à la lumière, elle fait de même, au moyen de son lait, lorsqu’il est né. Ainsi la nature a préparé pour le tendre petit, dans les mamelles de la femme, un aliment digestible et proportionné qui attend sa venue comme premier approvisionnement, premier viatique dans cette carrière du monde. C’est pourquoi, grâce au lait, il est nourri, il croît et augmente jusqu’au point où il possède les instruments nécessaires pour broyer le pain, c’est-à-dire les dents. Il est alors sevré à bon droit, puisque la nature a pourvu à lui fournir une autre nourriture plus solide.3
Mais ici les philosophes disent qu’il faut placer sur le sein de la femme un crapaud, pour qu’elle le nourrisse de son lait, à la manière d’un enfant. C’est là chose déplorable et affreuse à contempler, disons même impie, que le lait destiné à un petit enfant soit présenté au crapaud, bête venimeuse et ennemie de la nature humaine. Nous avons entendu et lu des récits sur les serpents et les dragons qui tarissent les pis des vaches. Peut-être les crapauds auraient-ils la même convoitise si l’occasion s’en offrait à eux chez ces animaux. On connaît l’histoire d’un crapaud qui, pendant le sommeil d’un villageois, lui occupa la bouche et l’intérieur des lèvres, de telle manière qu’il n’eût pu être délogé par aucun stratagème, sinon grâce à une violence qui aurait été accompagnée d’un péril mortel et qui dut en conséquence être écarté : le crachement du venin (qui lui sert, dit-on, d’armes offensives et défensives). On découvrit donc, pour le pauvre homme, un remède tiré d’une antipathie, celle d’une énorme araignée et du crapaud qui se poursuivent mutuellement d’une haine mortelle. On le porta donc, avec le crapaud, tout droit au lieu où l’araignée toute boursouflée avait exposé ses ouvrages tissés. Dès que celle-ci eut aperçu le crapaud, elle descendit à la hâte sur son dos et le piqua de son dard. Comme, à la vérité, il n’en éprouvait aucun dommage, elle descendit une seconde fois et le perça de nouveau plus fortement. Alors, on vit le crapaud enfler et tomber mort de la bouche de l’homme, sans aucun préjudice pour celui-ci. Mais ici c’est le contraire qui se produit : car le crapaud occupe non la bouche mais le sein de la femme, dont le lait le fait croître jusqu’à ce qu’il devienne d’une grandeur et d’une force considérables et que, de son côté, la femme, épuisée, dépérisse et meure. Car le venin, par les veines de la poitrine, se communique facilement au cœur qu’il empoisonne et éteint, comme le montre la mort de Cléopâtre : elle plaça des vipères sur son sein quand elle eut décidé d’être devancée par la mort, pour ne pas être tramée dans les mains et les triomphes de ses vainqueurs. Mais, afin que nul n’estime les philosophes assez cruels pour ordonner d’appliquer à la femme un serpent venimeux, on doit savoir que ce crapaud est le petit, le fils de cette même femme, issu d’un enfantement monstrueux. Il doit, en conséquence, selon le droit naturel, jouir et se nourrir du lait de sa mère. Il n’entre pas dans la volonté du fils que la mère meure. Car il n’a pu empoisonner sa mère, celui qui avait été formé dans ses entrailles et s’était augmenté, grâce à son sang.4
Est-ce, en vérité, un prodige, que de voir un crapaud naître d’une femme ? Nous savons que cela s’est produit à une autre occasion. Guillaume de Newbridge, écrivain anglais, écrit dans ses Commentaires (avec quelle fidélité, que d’autres en décident !) que, tandis que l’on partageait une certaine grande pierre, dans une carrière située sur le territoire de l’évêque de Wilton, on trouva à l’intérieur un crapaud vivant muni d’une chaîne d’or. Sur l’ordre de l’évêque, il fut enfoui à la même place et plongé dans de perpétuelles ténèbres, de peur qu’il ne portât avec lui quelque mauvais sort. Tel est aussi ce crapaud, car il est rehaussé d’or. Ce n’est pas sans doute un or apparent et consistant en l’ouvrage artificiel ,d’une chaîne, mais un or intérieur, naturel, celui de la pierre que d’autres nomment borax, chelonitis, batrachite, crapaudine ou garatron.5
Cette pierre, en effet, l’emporte de loin en puissance sur l’or en face de n’importe quel venin d’animal, et on l’insère d’ordinaire dans l’or, comme dans une boîte ou une enveloppe, de peur qu’il ne se gâte ou ne se perde. Mais il faut que cette pierre soit légitime quand on la demande à l’animal ; si, par contre, on l’extrait des fosses souterraines, comme c’est l’usage, qu’on la travaille pour lui donner la forme de la précédente et qu’on lui fasse tenir sa place, elle doit être choisie à partir des meilleurs minéraux, ceux qui soulagent le cœur. C’est en eux, en effet, que l’on trouve véritablement le crapaud philosophique, non dans une carrière (comme le prétend cet inventeur de fables) et il possède l’or en lui, non au-dehors pour en faire étalage. Dans quel but, en effet, s’ornerait un crapaud caché et enfermé dans les ténèbres ? Serait-ce par hasard pour recevoir le salut magnifique du scarabée si, au crépuscule, il se portait à sa rencontre ? Quel orfèvre souterrain lui aurait fabriqué une chaîne d’or ? Serait-ce par hasard le père des enfants verdoyants qui sortirent de la terre de saint Martin6disons, de la terre elle-même, comme aussi, selon le même auteur, deux chiens sortirent d’une carrière ?



Notes
1. le crapaud est l'un des symboles du Soufre. Les Chinois le considèrent comme une divinité de la lune, ce qui exprime d'une certaine façon une vérité hermétique, puisque le Soufre est porté dans le ventre du Mercure. Il n'apparaît qu'à l'Aurore de l'oeuvre, raison pour laquelle on l'appelle animal crépusculaire. A ce sujet, voila la légende chinoise :
"la femme de Yi-le-Bon-Archer, qui s'était enfuie après lui avoir dérobé la drogue de l'immortalité qu'il avait reçue de la Reine Mère de l'Occident, parvint dans la lune et y fut transformée en crapaud."
Il faut rapprocher ce texte de celui de De Cyrano Bergerac :
"Ils consultèrent s'ils se saisiraient du mulet, et délibérément que oui; mais ayant décousu le paquet, et au premier volume qu'ils ouvrirent s'étant rencontré la Physique de M. Descartes, quand ils aperçurent tous les cercles par lesquels ce philosophe a distingué le mouvement de chaque planète, tous d'une voix hurlèrent que c'était les cernes que je traçais pour appeler Belzébuth. Celui qui le tenait le laissa choir d'appréhension, et par malheur en tombant il s'ouvrit dans une page où sont expliquées les vertus de l'aimant; je dis par malheur, pour ce qu'à l'endroit dont je parle il y a une figure de cette pierre métallique, où les petits corps qui se déprennent de sa masse pour accrocher le fer sont représentés comme des bras. A peine un de ces marauds l'aperçut, que je l'entendis s'égosiller que c'était là le crapaud qu'on avait trouvé dans l'auge de l'écurie de son cousin Fiacre, quand ses chevaux moururent." [Histoire comique des etats et empires du soleil, De Cyrano Bergerac]
Il y a là plus que de simples coïncidences. Dans la légende chinoise, on devine qu'une substance doit être sublimée dans un certain solvant ; chez Bergerac, cette substance est trouvée dans une étable et il est tout à fait remarquable qu'un rapport s'établisse entre l'aimant [par cabale le Mercure] et le crapaud [Soufre]. Ce sont là des associations qu'on dresse davantage avec le sentiment qu'avec la raison. Si vous n'êtes pas sensible au pouvoir d'ésotérisme de bon aloi que recèlent ces textes, vous ne pourrez rien comprendre des secrets de l'Art.
2. Le crapaud présente tous les caractères du Soufre, de celui qui seul, peut transformer le Mercure commun en Mercure philosophique et qui peut assurer son animation. Lié à l'eau, à la terre, à l'humidité, on le dit invulnérable à la morsure du serpent [du Mercure] ; il exprime le concept de mort et de renouvellement : c'est une vérité hermétique. La phase de dissolution ou putréfaction n'est autre que la disparition [la mort] provisoire du Soufre qui renaît, tel le phénix, lors de la réincrudation. Selon une autre tradition, l'huile de crapaud pénètre la pierre : c'est dire que le Soufre peut pénétrer le Mercure, grâce à la fluidité de sa nature, qui est d'essence spirituelle. Il est remarquable d'observer que le crapaud, en plein accord avec la doctrine des alchimistes, aurait été en Occident un symbole royal et solaire, antérieurement à la fleur de lis ; c'est à ce titre qu'il figure sur l'étendard de Clovis. Le crapaud exprime bien l'image du Rebis allant au pays des morts : dans l'ancienne Egypte, le crapaud était associé aux morts et l'on en a découvert de momifiés dans les tombeaux. Le crapaud est, avec le serpent, l'attribut naturel du squelette au Moyen Âge [cf. Douze Clefs de Basile Valentin et la Philosophia reformata de Mylius, sur le squelette]. En Grèce, le crapaud [Jrinh] était le nom d'une courtisane qui était semblable à Aphrodite sortant des eaux [Ajrodith anaduomenh], ou début de la coagulation de l'eau mercurielle.

FIGURE I
(château de la Court d'Aron - parc floral - détail du crapaud ou Soufre lunaire - cliché Alain Mauranne)

3. C'est la substance connue sous le nom de Lait de Vierge [voir cette expression en recherche]. Cette matière, au dire des alchimistes, est d'origine divine [jeu de mot sur qeion et qeioV] et c'est, au vrai, la parole de Dieu qui s'exprime par son intermède : elle est comparée [Denys le Pseudo-Aréopagite] à la rosée, à l'eau permanente, au vin, au miel parce que cette matière [le Mercure] a le pouvoir, dans le petit monde de l'alchimiste, de faire naître la vie, de faire croître la Pierre, de ranimer les Corps [réincrudation] et enfin, comme le miel, de guérir et de conserver. Mais c'est par erreur qu'on assimile la Pierre philosophale au Lait de Vierge, puisque c'est précisément la matière voilée sous cette expression qui permet à la Pierre d'apparaître et d'augmenter. Faut-il ajouter que le lait est un symbole lunaire ? Ajoutons que le Soufre représente l'agent ; que la femme représente le patient. Il n'est pas aisé de représenter un processus dynamique par une image statique et c'est bien là que réside l'une des plus grosses difficilutés que l'étudiant trouvera sur sa route. Le crapaud, faut-il le dire, représente aussi une inclusion d'une matière étrangère dans une pierre gemme.
4. On pourrait ajouter quelques détails de cabale qui permettraient avec certitude de pouvoir lier le crapaud [jrunh] avec l'esprit [jronew] de façon à en faire une âme [jrhn] sensible. S'il en était besoin, nous ajouterions que le crapaud était anciennement dédié à Saturne et l'inverse de la grenouille dont il serait la face lunaire, infernale et ténébreuse, exprimant bien l'idée de la dissolution de la matière lors de la phase de putréfaction. C'est peut-être en Autriche qu'on a révélé la véritable nature de ce batracien : il ne faut pas faire de peine aux crapauds qui sautillent tranquillement car ce sont des âmes malheureuses ; on veut bien le croire...On a vu plus haut que le crapaud pouvait jeter un maléfice au bétail [cf. Cyrano de Bergerac, citant Agrippa dans ses Lettres pour les sorciers. Sur Agrippa, cf. l'Escalier des Sages - I].

FIGURE II
(Vierge Noire : détail d'une porte du château de la Court d'Aron, anthracite - cliché Alain Mauranne)

5. la crapaudine est une pierre précieuse dont on pensait qu'elle provenait de la putréfaction des dents fossiles d'un poisson ; elle doit son nom au fait qu'on croyait qu'elle pouvait provenir de la tête du crapaud : le batracien la rejetait par la bouche lorsqu'on lui présentait un drap rouge [ce qui n'a rien d'étonnant pour l'étudiant au fait des arcanes de l'Art]. Le borax, nous en avons parlé dans d'autres sections, est un sel qui sert de fondant et qui a été utilisé dans de nombreuses expériences de haute spagyrie par certains savants au XIXe siècle [cf. Mercure - Verbum dimissum], mais ce n'est pas le borax dont on parle ici. La chélonite est l'autre nom de la batrachite [batrakiV] : c'est une pierre d'un vert claire qui présente une inclusion et l'on a l'impression de distinguer un oeil en son milieu ; en latin, batrachites est l'autre nom de la crapaudine. Le mot garatron est une abréviation de garatroine ou pierre de crapaud [Anselme Boece De Boodt, Histoire des pierreries, Lyon, J.A. Huguetan, 1644]. C'est une pierre qui est convexe comme un oeil ; quelques-uns l'appellent brontia ou ombrir. En fait, la batrachite est un minéral très proche de la monticellite, silicate de calcium et de magnésie, que l'on trouve en masses empâtant des spinelles noirs dans un calcaire grenu au mont Mizoni dans le Tyrol. On se tromperait donc lourdement en confondant le borax des soudeurs avec le borax de Maier, qui n'est autre qu'un minéral ressemblant au péridot. L'indication est d'importance [cf. Mercure de nature] et on aurait pu affirmer, si cela avait été possible, que Michel Maier avait devant lui le traité d'Anselme De Boodt, en écrivant ce chapitre. Mais l'Atalanta fut rédigée avant 1617 alors que le traité d'Anselme date de 1644...Mais Michel Maier s'est souvenu du crapaud à la chaîne d'or lorsqu'il a fait paraître le Symbola aureae Mensae, en 1617 [cf. Atalanta, XLIV].

FIGURE III
(Symbola Aureae mensae, Michel Maier, 1617 - l'aigle et le crapaud)

6. Il ne peut s'agir que de l'archevêque de Braga que l'on fête le 20 mars, jour où le soleil entre dans le signe du Bélier. La terre de saint-Martin est donc une terre vitriolique. L'allusion au scarabée s'explique ainsi. Le scarabée représente l'image du soleil qui renaît de lui-même, donc du Soufre, d'abord sublimé et apparemment détruit, puis réincrudé. Du reste, la même interprétation est connue en Chine :
"Le scarabée roule sa boule, dans la boule naît la vie, fruit de son effort indivis de concentration." [Traité de la fleur d'Or]
En un raccourci saisissant, on peut comprendre que le scarabée, qui apparaît comme la boue de la terre - ce qu'il est pour l'alchimiste - est appelé malgré tout à devenir divinité : c'est la concentration de l'esprit [du Mercure] qui fait naître, dans le coeur céleste, l'embryon hermétique. L'expression soulager le coeur signifie faire vomir : c'est une allusion à l'émétique, c'est-à-dire au tartre stibié [cf. Char Triomphal]. Le scarabée représente la terre damnée de l'alchimiste, c'est-à-dire sa Vénus montante lorsqu'elle est en conjonction avec une certaine étoile de Canis major. C'est, au vrai, l'époque de la canicule, celle du 4ème degré de feu par la voie sèche.
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Adama
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 22:01 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant

Seminate aurum vestrum in terram albam foliatam.1
(Semez votre or dans la terre blanche feuillée.)
 

Epigramma VI.
Les paysans à la grasse terre2 livrent leur grain
Lorsqu’avec leurs râteaux ils l’ont bien feuilletée.
Les sages ont transmis l’art de répandre l’or
En la neige des champs tels que des feuilles minces.
Pour faire ainsi, regarde bien : vivant miroir
Le froment saura t’enseigner comme l’or germe.



FUGA VI



DISCOURS VI.
Platon dit que la cité se compose, non du médecin et du médecin, mais du médecin et de l’agriculteur, c’est-à-dire d’hommes aux fonctions diverses. Il fait surtout mention du médecin et de l’agriculteur, car leurs œuvres sont particulièrement remarquables sous le rapport de l’imitation, de l’amélioration et du perfectionnement de la nature. L’un et l’autre en effet prennent le sujet naturel, auquel ils ajoutent, selon leur art, certaines choses nécessaires qui faisaient défaut, ou encore en ôtent le superflu. Leur art à tous deux peut en conséquence être défini (de même que la médecine par Hippocrate) comme l’adjonction de ce qui manque et la soustraction du superflu. L’agriculteur fait-il rien de plus, en effet, que d’ajouter au champ laissé par la nature le labourage, la lyration, le hersage, l’engrais ou fumure, l’ensemencement et le reste ? Ne confie-t-il pas l’accroissement et le développement à la nature qui fournit la chaleur du soleil et la pluie, multiplie, par ce moyen, les semences et les amène bientôt à l’état de récoltes bonnes à être coupées ? Entre temps, comme l’herbe pousse en abondance, il enlève les tribules et tout ce qui fait obstacle, il moissonne les récoltes mûres, ôte à ce qu’il a moissonné le superflu, c’est-à-dire la baie, la paille et autres choses du même genre. De même le médecin lui aussi (et assurément, le chimiste, à un point de vue différent) s’est donné pour tâche de conserver au corps humain la santé présente, et de la ramener si elle est absente, au moyen de divers remèdes ; il enlève la cause qui a provoqué le mal, soigne la maladie, calme les symptômes ; si le sang est trop abondant, il en diminue la quantité par la saignée ; s’il fait défaut, il le restaure en ordonnant un bon régime de vie, il chasse par la purgation les humeurs nuisibles et ainsi, de mille manières, il imite, supplée et corrige la nature par les œuvres de l’esprit et de l’art.
Ces choses sont bien connues. Aussi notre examen doit porter plutôt sur les réalités chymiques. Car la Chymie témoigne des opérations de l’agriculture par ses fins et ses modes d’opérer secrets. Les agriculteurs ont une terre où ils sèment leurs graines. De même les chimistes. Ils ont un fumier à l’aide duquel ils fertilisent leurs champs ; les chimistes aussi en ont un : sans lui rien ne se ferait et il ne faudrait espérer aucun fruit. Ceux-là ont des semences dont ils désirent la multiplication. Si les chimistes n’en possédaient pas, ils imiteraient (comme le dit Lulle) un peintre qui s’efforcerait de reproduire le visage d’un homme qu’il n’aurait jamais vu lui-même et dont il n’aurait jamais vu l’image. Les agriculteurs attendent la pluie et la chaleur du soleil ; de même les chimistes, eux aussi, administrent véritablement la chaleur qui convient à leur œuvre et la pluie. Pourquoi m’étendre ? La Chymie est entièrement parallèle à l’agriculture, elle est son substitut ; elle remplit en tous points son rôle, et cela, suivant l’allégorie la plus parfaite. C’est pourquoi les Anciens présentèrent Cérès, Triptolème, Osiris, Dionysos, dieux d’or,3 c’est-à-dire ayant trait à la Chymie, comme apprenant aux mortels à jeter la semence de leurs fruits dans la terre, enseignant l’agriculture et la propagation de la vigne, ainsi que l’usage du vin, toutes choses que des ignorants détournèrent à des usages rustiques, mais à tort. Ce sont là en effet des mystères très secrets de la nature qui, sous ces voiles de l’agriculture, sont cachés aux yeux du vulgaire et manifestés aux sages.4 C’est pourquoi les philosophes disent qu’il faut semer leur or dans la terre blanche feuillée, comme s’ils voulaient que l’ensemencement du blé soit tenu pour exemple et imité, ce que l’auteur du Traité du Blé et Jodocus Greverus ont fait d’excellente façon dans leurs descriptions. Tous deux ont en effet adapté, avec beaucoup de grâce, chacune des opérations de l’agriculture dans la production du blé à l’ensemencement de l’or ou génération de la teinture.
La terre blanche, étant sablonneuse, fournit peu de fruit aux paysans, à qui obéit mieux la terre noire et grasse.5 Mais la première en dispense, plus que tout, aux philosophes, si elle a été feuilletée, c’est-à-dire bien préparée.6 Ceux-ci en effet savent l’engraisser de leur fumier que les paysans ignorent totalement. L’ensemencement est la propagation du monde, grâce à laquelle ce qui ne peut durer dans l’individu reçoit la possibilité de durer dans l’espèce. Elle existe dans l’homme, les animaux et les plantes, chez celles-ci sous une forme hermaphrodite, chez ceux-là sous forme d’un double sexe distinct. Mais dans les métaux il en va bien autrement. Chez eux en effet, de l’écoulement du point naît la ligne, de celle-ci, la surface et de la surface, le corps. Et ce point, les astres l’ont produit avant la ligne, la surface et le corps, car il est leur principe à tous.7 La nature ajoute l’écoulement après un long intervalle de temps, ce qui veut dire que le Phoebus8 céleste a engendré sous la terre un petit enfant que Mercure a présenté à Vulcain pour qu’il fasse son éducation,9 et à Chiron,10 c’est-à-dire à l’artisan manuel, pour qu’il l’instruise. On écrit la même chose d’Achille,11 qui fut placé nu et endurci sous les flammes par sa mère Thétys12. De Chiron, entre autres choses, il apprit la Musique et l’art de jouer de la cythare. Mais Achille n’est autre que le sujet philosophique13 (dont le fils est Pyrrhus à la chevelure rouge ; sans l’un et l’autre Troie n’aurait pu être prise, comme nous l’avons longuement démontré dans nos Hiéroglyphes). Aussi ce n’est pas sans raison que nous utilisons la musique (bien qu’au passage seulement) dans le présent ouvrage où nous décrivons Achille, ses vertus et ses exploits héroïques. Si en effet la musique a été l’ornement d’un si grand héros, comment ne donnerait-elle pas à ce petit livre plus de variété et d’agrément ? Car les anges chantent (comme l’attestent les Saintes Lettres), les cieux chantent, comme Pythagore l’a établi, et ils racontent la gloire de Dieu, ainsi que le dit le psalmiste ; les Muses et Apollon chantent, comme les poètes ; les hommes, même tout petits, chantent ; les oiseaux chantent, les brebis et les oies chantent sur des instruments de musique. Si donc nous aussi nous chantons, nous ne le faisons pas hors de propos.14



Notes
1. La terre feuillée ! Encore un secret sur lesquels les alchimistes sont restés muets. Pour les anciens chimistes, il s'agissait de préparer ce qu'ils appelaient le terre feuillée, dissoluble du nitre fixé :
Citation:
Prenez une livre de nitre fixé que vous aurez réservé dans la bouteille, versez  dessus deux livres de bon vinaigre distillé, faites les digérer ensemble durant vingt-quatre heures aux cendres, puis distillez et retirez la liqueur jusqu'à sec, et votre vinaigre montera en eau insipide ; réitérez la même opération et de la même force avec de nouveau vinaigre distillé, jusqu'à ce que le vinaigre en sorte avec la même acidité que vous l'y aurez versé, alors dechessez-le comme il faut et le dissolvez dans de très bon esprit de vin alkoholisé et le filtrez, digérez-les ensemble durant quatre jours naturels, puis les distillez au bain-marie jusqu'à sec, afin d'en retirer l'esprit de vin, qui sera encore bon à toutes sortes d'usages. Mettez ensuite la ccurbite où est le sel au sable, et lui donnez le bon feu, et le sel se purifiera de tout ce qui lui peut être resté d'impureté, et restera au fond du vaisseau en une substance talqueuse, blanche, d'un goût très agréable, et dissoluble dans toutes sortes de liqueurs, et qui fond à la chaleur comme de la cire.
Cours de chymie, pour servir d'introduction à cette science .
Tome troisième par Nicolas Lefèvre 


Voyez aussi tout ce que nous avons dit sur la terre foliée de tartre dans la section du tartre vitriolé. Voici ce que Limojon pense de cette matière :
"Hermes l'appelle la terre feuillée, ou la terre des feuilles; non sans beaucoup de raison; car si vous l'observés bien, vous remarquerez qu'elle est toute feuilletée; en un mot elle est la fontaine tres-claire, dont le Comte Trevisan fait mention; enfin elle est le grand Alkaest, qui dissout radicalement les metaux; elle est la veritable eau permanente, qui aprés les avoir dissouts, s'unit inseparablement à eux, et en augmente le poids et la teinture." [Lettre aux vrais Disciples d'Hermès]
Pernety nous dit :
"TERRE DES FEUILLES . Hermès a donné ce nom à la matière de l'œuvre en putréfaction ; mais son nom propre, dit Flamel, est le Laton ou Laton qu'on doit blanchir." [Dictionnaire]
On voit la différence : dans un cas, Limojon parle du Mercure ; dans l'autre, Pernéty nous parle du Rebis. Dans les deux cas, c'est de métal liquide qu'il est question, d'eau métallique [petalon : feuille de métal]. La relation à la terre foliée de tartre ou la terre feuillée de nitre fixé est donc équivoque. Certes, si l'on raisonne par analogie, on trouvera que l'alkali fixe est dissous dans du vinaigre, ce qui peut s'appliquer au dissolvant. S'il s'agit vraiment de la terre des feuilles du nitre fixé, Maier parle alors de l'acétate de potasse. Connu autrefois sous le nom de terre foliée de tartre, à cause de son aspect, on ne peut l'obtenir cristallisé qu'en paillettes. Pour faire la terre foliée de tartre, on prend de la potasse du commerce bien blanche, on la dissout dans l'eau ; on filtre la dissolution et on verse peu à peu sur cette solution du vinaigre distillé. Il faut avoir soin, pendant l'opération, de ne pas saturer tout l'acide acétique. Car si l'acétate était avec excès d'alkali, il se colorerait d'une manière sensible, parce que, selon l'observation d'Edmond Frèmy, la potasse a la propriété de noircir la petite quantité de matière végétale que le vinaigre distillé contient toujours.
Le qualificatif de terre blanche feuillée se rapporte-t-il au Soufre blanc, à la toyson d'or, en quelque sorte ? Faut-il penser alors, que nous avons dépassé le régime de Saturne et que le « laiton » a été blanchi ? Mystère...Observez que la figure VI a quelque analogie avec la Clef VIII de Basile Valentin.
 
 



FIGURE I
(Beaune - Collégiale : les instruments aratoires pour la culture de la terre feuillée
- cliché Alain Mauranne)

C'est dans sa terre feuillée que l'Artiste - que nous voyons sur l'emblème - va semer les dents du dragon. C'est l'occasion de rappeler cet épisode du voyage des Argonautes que nous rapporte Appolodore.
Citation:
Ils amarrèrent le navire, puis Jason se rendit auprès du roi Éétès, pour lui rapporter ce dont Pélias l’avait chargé, et pour lui demander la Toison. Éétès promit de la lui donner, mais à une condition : Jason devrait atteler à une charrue deux taureaux aux sabots d’airain. Les deux animaux, propriété d’Éétès, étaient un don d’Héphaïstos : énormes, sauvages, aux sabots de bronze, crachant du feu par la bouche. Jason devait atteler ces taureaux, puis semer des dents de dragon. Athéna en avait donné une moitié à Éétès et l’autre moitié à Cadmos pour qu’il les sème à Thèbes.
Livre I, 9, 23-28

Il s'agit d'un épisode composite où deux légendes se trouvent liées : celle de Jason et celle de Cadmus ; leur symbolisme est très proche. Les dents du dragon représentent l'or alchimique, prêt à être « enté » ; comment décrypter la parabole ? Athéna représente, par cabale, le Soufre [Pallas - Athéna, cf. Atalanta, XXIII]. Aiétès est fils du Soleil et de Perséis [PershiV : à rapprocher de persea, arbre à fruit égyptien évoqué dans l'Atalanta XLIV dont le fruit était produit par la graine même, ce qui est exactement le cas pour l'or alchimique, enté] [cf. 1, 2, 3, 4, 5] ; quant à Cadmus, il est fils d'Agénor [agenoria : bravoure, courage, en parlant d'un lion] et de Téléphassa [Thlejaassa, par cabale : « la lumière au loin » par thle et jaoV ; ce n'est pas tout : jassa, c'est encore la colombe, le ramier]. De tout cela, nous pouvons déduire que Aiétès [Æètès] ressortit de principes assurant la génération alors que Cadmus - en dehors du fait qu'il soit connu pour être le symbole de l'Artiste - présente des traits le rapprochant du Soufre sublimé [allusion au lion et à la colombe]. Si à présent, nous reprenons la légende de Cadmus, plusieurs détails nous rappellent l'un des bas-reliefs du portail central de Notre-Dame de Paris.
Citation:
Cadmos reçut de son père l'ordre de partir à la recherche d'Europe, sa sœur, et de ne point revenir sans elle. Ne pouvant la trouver, il s'établit en Thrace et consulta l'oracle de Delphes, il reçut alors du dieu l'ordre de suivre une vache qui porterait sur ses flancs un disque semblable à celui de la lune. Cadmos trouva l'animal en Phocide et suivit la bête jusqu'en Béotie : épuisée, elle se coucha enfin à l'endroit même où devait s'élever la future ville de Thèbes. En remerciement, Cadmos voulut sacrifier la vache, mais il s'aperçut que la fontaine où il allait puiser l'eau du sacrifice était gardée par un dragon.
Il le tua et, sur les conseils d'Athéna, sema les dents du monstre, qui donnèrent naissance à une multitude de géants. Ceux-ci s'entretuèrent sauf
cinq, qui aidèrent le héros à bâtir sa ville.

FIGURE II
(Cadmus dévoilant la fontaine de l'eau permanente - cliché Alain Mauranne)


Ce bas-relief a été commenté par Fulcanelli dans le Myst. ; il a cette particularité de ne pas figurer au nombre des médaillons des Vices et des Vertus qui forment l'essentiel du « prétexte » de l'Adepte. Signalons en outre que ce bas-relief a été commenté, avec une série de trois autres dans un article que nous avons reproduit dans la section Gobineau de Montluisant. La fontaine décrite par la légende se laisse deviner aux ondes qui apparaissent au pied de l'arbre, au vrai, un chêne ; le même que celui décrit par Abraham Le Juif dans son livre doré et fort vieux. Au pied de Cadmus, la dépouille du dragon [le Mercurius senex]. Les dents du monstre constituent l'or alchimique que Cadmus doit porter en terre afin de le transformer en or enté, or mussif certes, c'est-à-dire immûr, qui constitue cet arbre à fruit égyptien [persea], dont l'espèce semble perdue et qui, comme nous l'avons dit, a comme propriété essentielle que le fruit en est issu directement de la graine. L'alchimiste comprend alors que sa fève est née, à la fois soleil minéral et or naissant. Aussi serons-nous d'accord avec E. Canseliet quand il écrit :
« Voilà pourquoi l'expression : Trouver la fève au gâteau, signifie aussi bien faire une découverte géniale et importante, qu'une excellente et riche affaire. » [[i]Alchimie, le symbolisme alchimique, p. 135[/i]]
Quelle est donc la fonction hermétique de Cadmus là-dedans ? Il semble que l'on puisse poser en conjecture qu'il joue le rôle de bouvier, c'est-à-dire de conducteur de boeufs, labourant sa terre feuillée en sorte de la préparer comme mère du soleil [dans l'Egypte ancienne, la vache Ahet en est l'origine de la manifestation]. La vache que suit Cadmus jusqu'au lieu de la fondation de Thèbes ne représente donc rien d'autre que le disque solaire porté entre ses cornes lunaires, lesquelles assurent la conservation de la chaleur après que le Soleil se soit couché [phase de putréfaction, dissolution]. La nuit qui s'ensuit, étoilée, calme et sereine, est alors dominée par le Taureau dont la vache féconde est la pleine lune, dont le troupeau est la voie lactée [comprenez : la voie lactée est le Mercure philoosphique dans cette phase où le Lait de Vierge asure la croissance du Rebis]. On a pu dire de la vache qu'elle était :
« le nuage gonflé de pluie fertilisante qui tombe sur la terre lorsque les esprits du vent - qui sont les âmes des morts - tuent l'animal céleste et le dévorent pour le ressusciter ensuite dans sa peau [...] »
Merveilleuse définition et même transfiguration pour désigner la rosée de mai lorsque la lune au sommet de sa course préside à la dissolution de la matière, c'est-à-dire à l'ouverture des métaux qui libèrent leurs âmes...Le bouvier [jiloitioV, bouvier d'Ulysse] - Cadmus - c'est aussi celui qui aime les fêtes de Bacchus ou de Cybèle : doit-on rappeler que le vin des Sages n'est autre que le dissolvant dont Cybèle constitue le symbole suprême ? Et que la pierre noire, tombée du ciel, représente l'emblème du Soufre réincrudé ? Quant à Aeétès [Aiétès, Æètès : AihthV], son sens hermétique se confond avec celui de aihtoV [aetoV], qui désigne l'aigle. Aussi bien annoncions-nous supra qu'Aiétès ressortissait du principe générateur [Arkh] de l'oeuvre.
2. Pour la terre grasse, voyez 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 -
3. les dieux d'or. Voici ce qu'en dit Pernety :
"Cérès. Fille de Saturne et d’Ops, et soeur de Jupiter et de Neptune, de Pluton et de Junon. Cérès fut regardée comme mere de Plutus et de Proserpine; Pluton enleva celle-ci et la constitua Reine des Enfers. Voyez cette fable et son explication Chymique dans les Fables Egyptiennes et Grecques dévoilées, liv. 4, ch. 2 et 3." [Dictionnaire]
Déméter est liée à Cérès ; aussi Pernety n'a-t-il pas écrit d'article spécifique la concernant. Voyez la section Fontenay sur le sujet.
 
"Triptolême. Fils d'Eleusis, naquit précisément dans le temps que son père reçut chez lui Cérès qui cherchait sa fille Proserpine enlevée par Pluton. Elle s'offrit pour être sa nourrice; Eleusis l'accepta, Cérès le nourrissait d'ambroisie pendant le jour, et le cachait sous le feu pendant la nuit, sans que le père en eut connaissance. Eleusis, voyant que son fils faisait des progrès surprenants, voulut en découvrir la cause; il épia Cérès, et la prit sur le fait. Cette Déesse irritée fit mourir le père; et après avoir instruit Triptolême de tout ce qui concerne l'art de l'Agriculture, elle le fit monter sur un char attelé de deux dragons, et l'envoya par toute la terre apprendre l'art de la cultiver à ses habitants. Voyez les Fables Egypt. et Grecq. dévoilées, liv. 4, ch; 2." [Dictionnaire]
 
On voit bien que Triptolème n'est autre que l'embryon hermétique ; et que le char attelé de deux dragons est le Mercure philosophique. Le Mercurius senex [selon la terminologie de Jung] est représenté par Eleusis. Mais Eleusis, c'est aussi cette ville qui est connue pour son culte à Déméter et pour les mystères consacrés à la triade Déméter - Coré - Triptolème. Ces mystères n'étaient célébrés que par des initiés.
"Osiris. Dieu des Égyptiens, fils de Saturne, épousa sa sœur Isis, et se rendit recommandable aux peuples sur lesquels il régnait, par des bienfaits sans nombre. Il fit un voyage dans les Indes, pour apprendre aux habitants de ces contrées l'art decultiver la terre. A son retour Typhon son frère le fit périr, et coupa son corps en morceaux. Isis ramassa les membres dispersés, les enferma séparément dans différens cercueils, et les donna en garde aux Prêtres du pays, instruits par Mercure, et leur défendit sous peine de la vie de divulguer le lieu de la sépulture d'Osiris.
Osiris était chez les Égyptiens le symbole du Soleil, le même que Bacchus chez les Grecs, et qu'Adonis chez les Phéniciens.
Les Philosophes Hermétiques disent qu'il faut entendre toutes les fables des Égyptiens dans un sens bien différent de celui qu'elles présentent d'abord à l'esprit. Ils n'avaient inventé tous ces noms et ces fables, que pour cacher au vulgaire le secret de la véritable manière de faire de l'or et la médecine universelle. Isis et Osiris sont donc la vraie matière de cet Art mystérieux ; cette matière est androgyne; ils l'appellent aussi la Lune et le Soleil, le soufre et le mercure, le frère et la sœur, etc. En comparant l'œuvre à la conception des animaux, qui ne peut se faire sans la jonction du mâle et de la femelle, il se trouve dans leur matière rebis, l'agent et le patient, d'où naît enfin un fils plus beau, plus puissant que ses parents; c'est-à-dire, l'élixir et l'or qui a la propriété de transmuer les autres métaux en or, ce que n'aurait pu faire la matière avant sa préparation. Mich. Majer. On lui avait donné ce nom d'Osiris, parce qu'il signifie feu caché, principe actif et vivifiant de la Nature. C'est pourquoi on le disait être le même que le Soleil, à cause du principe de chaleur et de vie que cet astre répand dans tous les êtres de l'Univers. La vie fabuleuse d'Osiris est une allégorie des opérations requises de la Philosophie Hermétique, et une exposition de tout ce qui se passe dans le cours de ces opérations. Voyez les Fables Egyptiennes et Grecques dévoilées, livre 1, chap. 2 et 3." [Dictionnaire]
 
Nous ne retiendrons pas ce que dit Pernety au sujet des fables égyptiennes ; que les alchimistes se soient servis de ces légendes et en aient fait des « pré textes » pour parler de leurs doctrines, soit ; il est évident que la matière de ces fables égyptiennes et grecques n'est pas fondamentalement, du ressort hermétique. Elles conservent bien sûr leur pouvoir fascinant et ont exercé l'esprit de bien des artistes et de bien de poètes. Voyez à cet égard certaines des Métamorphoses d'Ovide.
 
"Bacchus. Fils de Jupiter et de Sémélé, fille de Cadmus, La FabIe dit qu'iI naquit des cendres de sa mère, comme Esculape, Elle nous le représente ailé, ayant des cornes, une tête de taureau, mâle et femelle, jeune et vieil, barbu, et sans barbe. C’est le même que les Égyptiens nommaient Dyionisius. toutes les histoires que l’on fait de lui, ne sont, au sentiment des Philosophes Spagyriques, qu'une allégorie des opérations de leur Art, qu'ils appellent par excellence le grand oeuvre. Bacchus est le même, selon eux, qu’Adonis, Apollon, le Soleil, Osiris et tant d’autres, comme le témoigne Orphée dans son Hymne à Adonis, où il dit que tous ces noms différens n’indiquent que la même personne. On le feint quelquefois aile pour désigner le moment de sa volatilisation, ayant une tête de taureau ou de bouc, parce que ces animaux lui étaient consacrés comme à Osiris; mâle et femelle, à cause que la matière des Philosophes, ou leur Rebis, est androgyne; jeune et vieil, parce que cette matière semble rajeunir dans les opérations, comme on peut le voir dans l’article V vieillard. Voyez les Fables Egpt. et Grecques dévoilées, liv. 3, c. 14.2" [Dictionnaire]

 

 
Bacchus semble posséder des caractères qui le désignent comme le Rebis, à une phase avancée de la Grande coction, comme nous l'indique l'allusion aux cendres, desquelles il renaît. C'est pour tromper les étudiants que les Philosophes ont utilisé Bacchus, divinité romaine du vin et de la vigne ;

ils les ont abusés en leur faisant croire que Bacchus symbolisait quelque opération se déroulant au 2ème oeuvre, dans la préparation du

dissolvant. Alors que c'est le vin même qui désigne ce dissolvant et qui permet, d'ailleurs, d'interpréter correctement des textes comme le Chemin du Ciel chimique [Jacques Tol] ou encore la Clavicule [apocryphe attribué à Lulle].
 
 






FIGURE III
(Beaune - Collégiale - instruments pour cultiver le vin des Philosophes, observez les grappes de raisin qui ne laissent pas de doute sur l'interprétation hermétique - cliché Alain Mauranne)



4. Le vin cache la préparation du tartre qui se dépose sur les panneaux des vieux tonneaux de chêne. Il permet aussi d'obtenir de l'esprit de vin et du vinaigre [cf. voie humide]. Pernety nous dit ceci du vin :
 
 
 
 
"Vin. Raymond Lulle, Jean de Roquetaillade, connu sous le nom de De RupeScissa, ont beaucoup parlé du vin rouge et du vin blanc comme principe et matière de la quintessence Philosophique. Il ne faut cependant pas les prendre à la lettre; car quoiqu'on puisse tirer une très bonne quintessence du vin ou du tartre, inutilement les travaillerait-on pour en extraire le dissolvant des Philosophes, Ils n'en ont ainsi parlé que par similitude; et Paracelse dit que ceux qui ne peuvent trouver l'alkaest des Philosophes ou leur mercure, n'ont qu'à travailler à volatiliser le tartre, et qu'ils trouveront au moins quelque chose d'utile. Plusieurs expliquent ce que je viens de rapporter de Paracelse, de son grand ou petit circulé. Le vin des Sages est leur menstrue ou dissolvant universel, et la vigne de laquelle il se tire, est une vigne qui n'a qu'une racine, mais plusieurs rejetons qui en sortent; et de même qu'un sep a plusieurs branches qui produisent des raisins, mais dont les uns par accident n'acquièrent pas une maturité aussi parfaite que les autres, le sep, qui produit les raisins Philosophiques est sujet à des accidents qui empêchent la maturité de quelques-uns et les laissent en verjus. Ils ont tous la même racine pour nourrice, mais la sève n'a pu se digérer également. Et de même qu'avec un mélange de bon vin fermenté et du verjus on ferait une espèce de vinaigre dissolvant de beaucoup de mixtes de la nature, de même avec le verjus et le bon vin des Philosophes on fait leur vinaigre dissolvant, ou vinaigre très aigre." [Dictionnaire]
 
 
Ce point, que discute Pernety, n'a pas été découvert par les Philosophes. Il est certain que le tartre permet, dans certaines conditions, la préparation de l'alkali fixe ou du tartre vitriolé, selon qu'on le mêle avec un sel d'Arès ou qu'on le calcine dans sa propre eau. Il est non moins certain que certains Adeptes ont voilé, sous l'épaisseur de l'allégorie, des secrets touchant à la préparation du vinaigre, envisagé comme leur dissolvant. Cette allégorie à double sens est aussi à double entrée ; parce que, dans un cas, le raisin constitue la matière première du tartre, tandis que dans l'autre cas, le raisin figure le fruit hermétique, à l'égal de la pomme d'or ou de la grenade.
 
 
5. la terre sablonneuse contient le Corps de la Pierre, du moins pour les nésosilicates ; la terre rouge et grasse, c'est la terre adamique, riche en soufre rouge et en l'autre principe corporel de la Pierre. Plus limoneux, boueux que dans le cas de la terre sablonneuse, la terre n'en fournit pas moins le fruit le plus précieux des concrétions les plus belles.
 
6. Maier désigne ici l'eau métallique canoniquement préparée. Voici l'opinion de Pernety à cet égard :
 
 
"Métaux. (Science Herm.) Lorsque les Sages parlent des métaux, ils n'entendent pas communément ceux qui sont en usage dans le commerce de la vie; il ne faut les expliquer dans ce sens que lorsqu'ils parlent de la transmutation des métaux imparfaits en or ou en argent. Leurs métaux ne sont autres que les différens états de leur mercure pendant les opérations du magistère. Ces états sont au nombre de sept, comme il y a sept Planètes et sept métaux communs; c'est pourquoi ils donnent le régime de leur œuvre aux sept Planètes, qu'ils disent dominer à chaque état, et chaque domination se manifeste par des couleurs différentes." [Dictionnaire]
 
 
Tout cela doit être compris par cabale. Retenons que l'eau métallique, l'eau étoilée, est le Mercure en son second état, c'est-à-dire animé par l'infusion du Soufre. Le mystère des régimes planétaires semble tourner autour du dosage de la température, mais il n'a jamais été abordé de manière explicite par les Adeptes.
 
 
7. Il faut admirer ici la manière dont Maier passe du point, sans dimension, aux trois dimensions de l'espace, et ce, par le truchement des astres. Quand l'auteur nous dit que le point représente le principe des astres, il veut parler de l'eau pontique, qui dissous tous les métaux en leur humide radical métallique.
 
 
"Point. Les Philosophes appellent point, punctum, leur magistère au blanc, parce que tout l'œuvre dépend de là. Ils ont dit en conséquence : blanchissez le laton, et déchirez vos livres. Car lorsqu'on y est parvenu, on est assuré de réussir en continuant seulement le régime du feu." [Dictionnaire]
Nous ne sommes pas d'accord avec la définition de Pernety. Le point, punctum, est le symbole du dissolvant tout autant qu'il est la définition du sel fixe, de celui que l'on retire des cendres. Toutefois, il faut reconnaître, comme on vient de le dire note 6, que les régimes planétaires, dont dépendent les couleurs différentes, sont bien difficiles à cerner. Ont-ils une existence réelle ? On peut imaginer que les couleurs fondamentales de l'oeuvre [noir, blanc, jaune citrin, rouge] masquent les quatre Eléments.

FIGURE IV
(Beaune - Collégiale - Vierge polychrome avec les couleurs de l'oeuvre - cliché Alain Mauranne)

8. Pernety, dans ses Fables Egyptiennes et Grecques, écrit que le vase de nature passe pour être la caverne du mont Hélicon, qui servait de demeure aux Muses et à Phoebus [cf l'Oeuvre secret de Jean d'Espagnet]. E. Kelly nous dit à propos de Phoebus :
"Je t'avertis cependant, afin qu'échouer tu évites, Sublime d'abord ton coeur avec eau puante; Puis en un endroit dont Phoebus dit seulement Qu'on le voit à midi, assure-toi que tu mélanges parfaitement; Car rien ne brille qui ne veuille sa lumière, Aucun pourpoint ne rayonne avant que lui ne soit éclatant." [Sir E. Kelly, Au Sujet de la Pierre philosophales]
Phoebus [Phébus] est l'autre nom d'Apollon. Apollon naquit à Délos, où sa mère Latone, séduite par Zeus, vint se réfugier pour échapper à la fureur jalouse d'Héra. Il forme le premier état de la Pierre. Dès qu'il apprit sa naissance, Zeus offrit à son fils une mitre d'or, une lyre et un char attelé de cygne. Il fut nourri de nectar par la déesse Thémis. Tous ces faits légendaires peuvent être réduits en leur principe hermétique. La mitre d'or, d'abord, renvoie par mitra au mot ceinture [cf. la ceinture d'Offerus, section Principes]. C'est l'équivalent du « christophore ». La lyre, instrument qui sert à enchanter des animaux sauvages, est le moyen qui permet d'empêcher le Mercure de se volatiliser précocément. Le char attelé de cygne représente le Mercure philosophique dans lequel l'Or a été infusé. Quant au nectar, il s'agit de ce même mercure qui tient en son sein les chaux métalliques [cf. Verbum Dimissum].
9. C'est-à-dire pour qu'il réalise l'accroissement de la Pierre : Vulcain-Héphaistos représente le feu vulgaire qu'on impose au Mercure afin de le laisser dans une forme fluide pendant un temps suffisant.
"Vulcain. Fils de Jupiter et de Junon, eut à peine vu le jour que son père le jeta du ciel en terre, parce qu'il le trouva trop laid et trop difforme. Il tomba dans la mer, où Thétis aux pieds d'argent, fille du vieillard Nérée, le reçut, et confia son éducation à ses sœurs (Homère). Vulcain devenu grand, fit son séjour dans l'île de Lemnos. Il épousa Vénus, ou une des Grâces. Cicéron compte plusieurs Vulcains. Le premier était, dit-il, fils du Ciel; le second du Nil; les Egyptiens qui le regardaient comme un de leurs grands Dieux, le premier d'entre eux, et leur Dieu tutélaire, le nommaient Opas; le troisième était fils de Jupiter et de Junon, ou de Junon seule, selon Hésiode; le quatrième était fils de Ménalius. Les Grecs regardaient Vulcain comme le Dieu des Forgerons, et Forgeron lui-même. C'est l'idée qu'en donne Diodore de Sicile, lorsqu'il dit que ce Dieu est le premier Auteur des ouvrages de fer, d'airain et d'or, en un mot, de toutes les matières fusibles. Tous les ouvrages de ce Dieu étaient des chefs- d'œuvre, tels que le palais du Soleil, la chaise d'or à ressort qu'il envoya à Junon pour se venger d'elle, et dans laquelle cette Déesse se trouva prise comme dans un trébuchet, la ceinture de Vénus, la chaîne imperceptible dans laquelle il arrêta cette Déesse dans le temps qu'elle était avec Mars, le collier d'Hermione, les armes d'Achille et celles d'Enée, la couronne d'Ariadne, le fameux chien d'airain que Jupiter donna à Europe; Pandore, cette femme qui a tant causé de maux à la terre; les cymbales d'airain dont il fit présent à Minerve, qui les donna à Hercule pour chasser les oiseaux du lac Stymphale; enfin sa propre maison d'airain.
Les Egyptiens sont ceux qui ont honoré ce Dieu avec plus de sentiments de grandeur et de magnificence. Ils lui élevèrent à Memphis un temple superbe, et une statue colossale haute de soixante-quinze pieds. Les Rois d'Egypte furent pris pendant longtemps du nombre des Prêtres qui desservaient ce temple. Le bœuf Apis y était nourri avec beaucoup de soins. Voyez APIS. Le lion lui était consacré.
Il n'est pas surprenant qu'on ait regardé Vulcain comme le Dieu de ceux qui travaillent aux métaux, puisqu'il est le feu même qui les forme dans les entrailles de la terre. Les chefs-d'œuvre qu'on lui attribue sont des ouvrages purement fabuleux qui indiquent les qualités de ce Dieu, et la façon même de le représenter avec un bonnet bleu est assez remarquable. Ne serait-ce pas pour la même raison qu'on donnait à Neptune une espèce de manteau bleu ? Vulcain est le feu des Philosophes Hermétiques; c'est pourquoi Hermès et les Egyptiens l'avaient en si grande vénération. Voyez l'explication des fables inventées à son sujet, dans les Fables Egyptiennes et Grecques dévoilées, liv. 1, sect. 3, ch. 1 et liv. 3, ch. 11." [Dictionnaire]

FIGURE V
(Crypte de la cathédrale de Bourges - la Prudence ou Minerve - cliché Alain Mauranne)

La figure IV ne fait pas oublier que la conduite du FEU ne doit pas se faire sans prudence, comme le soulignent tous les bons Adeptes.
10. Chiron est le bon centaure. Nous l'évoquons dans la section sur Fontenay. Ce n'est pas par hasard que Maier le fait intervenir ici ; c'est la figure du Sagittaire qui va décocher sa flèche, symbolisant le Soufre sur le point de se réincruder. On sait que ce malheureux Chiron fut blessé, incidemment, par Hercule, d'une flèche teinte du sang vénéneux de l'hydre de Lerne [allusion au Mercurius senex].
11. Achille, l'un des principaux héros de la guerre de Troie, dont il sera beaucoup parlé dans l'Atalanta fugiens [cf. surtout emblème XXXIV], a des traits mercuriels particulièrement accusés. Hector est mortel alors qu'Achille est fils d'une déesse, Thétis, divinité marine. C'est l'exemple même du Mercure en son premier état : indocile, imprévisible, fougueux. La légende rapporte qu'Achille préféra, malgré les avertissements de Thétis, une vie courte mais glorieuse, à une existence plus longue mais obscure. Achille ne peut donc pas symboliser le Mercure philosophique, mais bien plutôt le Mercure commun. C'est Thétis qui nous montre comment il faut traiter ce Mercure : onction d'ambroisie durant le jour, onction du feu durant la nuit. Rappelons que le père d'Achille, Pelée, avait reçu des dieux une armure invincible et deux chevaux immortels. Il n'est pas dénué d'intérêt de dire que le centaure Chiron, pour communiquer du courage et une force irrésistible à Achille, le nourrissait, dit-on, de cervelles de lion, c'est-à-dire de l'esprit du Lion. Les hermétistes apprécieront...Suivant Ovide, l'amour causa la mort d'Achille mais on a observé avec raison que la fable qui suppose Achille invulnérable n'était pas reçue du temps d'Homère. Achille, selon lui, fut blessé en combattant. Thétis, ayant appris la mort de son fils, sortit du sein des eaux pour venir pleurer sur son corps. Les Néréides environnèrent le lit funèbre, en poussant des cris lamentables [faut-il voir ici une analogie avec le massacre des Innocents de Flamel ? Nous n'oserions l'affirmer]. Quoi qu'il en soit, elles revêtirent le corps d'habits immortels. Le corps fut brûlé au bout de 18 jours et les cendres d'Achille furent enfermées dans une urne d'or, mêlées à celles de Patrocle. On raconte que les deux inséparables compagnons devaient se retrouver, après leur mort, dans l'île Blanche, demeure mythique des héros mais lieu bien connu des alchimistes qui y voient le premier degré de leur Pierre, dans sa maturation. Selon d'autres légendes, un tombeau fut érigé, magnifique, sur le rivage de l'Hellespont, au promontoire de Sigée [Sigeon, proche de sigaw : faire silence], manifestant à tous à la fois le sens du destin ultime du Mercure et l'obligation de se taire. Nous reviendrons plus tard sur le sort d'Achille.
12. Thétys a des traits qui la rapprochent fortement de Protée : comme lui, elle pouvait se métamorphoser en n'importe quel animal fabuleux. Cela n'empêcha pas Pelée de la séduire et d'en avoir un fils : Achille.
13. Tout dépend de ce que l'on entend par « sujet philosophique ». Mais comme on sait que l'oeuvre ne peut être réalisée que par le seul Mercure...Ce que dit Maier va, en tout cas, dans le droit fil de notre discours.
14. Maier est, à notre connaissance, le premier qui ait, à ce point, vanté les vertus de la musique dans le grand oeuvre. Il sera suivi par nos modernes, Fulcanelli et E. Canseliet. Ce dernier, dans ses Deux Logis alchimiques [Pauvert, 1979] y consacre un chapitre entier : l'Ane chantant sa messe. Dans la section sur Fontenay, nous avons esquissé une explication de cet intérêt des alchimistes pour la musique. Qui dit musique dit Muse. Voici l'article qu'en donne Pernety :
"Muses. Les Muses, au nombre de neuf, sont communément regardées comme filles de Jupiter et de Mnémosyne. Diodore de Sicile dit que les Muses ne différaient point des Chanteuses qui accompagnèrent Osiris dans ses conquêtes en Orient. On ne pouvait mieux représenter leur origine et leurs occupations que l'a fait Hésiode dans sa Théogonie . Apollon a toujours été regardé comme présidant à l'assemblée des Muses; et rien n'est si charmant que ce qu'on dit des concerts du Parnasse où ce Dieu présidait, et où elles chantaient d'une manière capable de charmer les hommes et les Dieux. Hercule a aussi passé pour leur conducteur; et c'est dé-là que lui est venu le nom de Musagete [il nous semble pourtant que cet épithète est celui d'Apollon : Stravinsky a écrit une pièce en style néo-classique se nommant Apollon Musagète] . Les Muses furent aussi regardées comme des Déesses guerrières; et on les a souvent confondues avec les Bacchantes, parce qu'en effet elles n'en différaient point. Plutarque nous apprend même qu'on leur faisait des sacrifices avant que de donner bataille.
Un jour de mauvais temps, dit la Fable, les Muses se mirent à l'abri chez Pyrenée : il les trouva de son goût, et voulut leur faire violence; elles demandèrent des ailes aux Dieux, pour s'échapper de ses mains. Elles les obtinrent; elles prirent la fuite, et il perdit la vie en les poursuivant.
Les Alchymistes regardent les Muses comme le symbole des parties volatiles de la matière de l'œuvre Hermétique. On peut en voir les raisons dans le livre 3, ch. 14, § 3 des Fables Egyptiennes et Grecques dévoilées." [Dictionnaire]
Les Muses sont omni-présentes dans les traités d'alchimie. La première comparaison qui vient à l'esprit est celle du catalyseur ou d'intermédiaire, à la manière d'une enzyme. L'allusion de Pernety à Pyrénée mérite une explication : Pyrene [Purhnh] était une des filles de Bébryx, aimée d'Hercule, qui donna son nom aux Pyrénées où la légende dit qu'elle fut ensevelie. Une autre légende dit que Pyreneus [PurhnhuV], roi de Daulis, tomba du haut d'une tour en voulant poursuivre les Muses. Enfin, pyren [purhn] est une sorte de pierre précieuse. De tout ceci, que retenir ? Les correspondances grecques vont venir à notre secours : purhn a comme autre acception, le noyau ou le pépin, le grain du fruit et en particulier celui de la grenade : il a donc valeur de Soufre fermenté, c'est-à-dire, et littéralement pour qui connaît un peu sa cabale, de soufre passé par le creuset. C'est du reste ce que

FIGURE VI
(Dijon - Notre Dame - croisée d'ogives : Soufre passé au creuset. Cliché Alain Mauranne)

confirme le mot purhnemoV qui signifie : qui souffle ou qui attise le feu [de la racine pura : feu, faisceau de torches]. Mais, nous dira-t-on, quelle valeur peut donc posséder cette allégorie ? C'est celle de la réincrudation, c'est-à-dire du « retour » de l'Âme au Corps, par la médiation de l'Esprit : le mot pur signifie en effet : feu de la passion, ardeur d'un sentiment, et exprime un mouvement spirituel dynamique, qu'en terme de cabale il n'est pas douteux d'expliquer par ce véritable « retour des cendres » qu'exprime, précisément, l'opération - capitale - de la réincrudation. Ainsi, nous comprenons sans peine que les cendres, les chaux métalliques, après avoir donné le sentiment d'avoir été réduites à néant, renaissent, telles le phénix, en un corps sublimé : c'est la naissance du basileuV de l'oeuvre.
Il existe une autre correspondance, qui est du ressort de la poésie, et que nous trouvons chez Nerval [Nerval, poète alchimique, Georges Le Breton, Curandera, 1982]. Pernety écrit :
"Cette terre, qui se trouve au fond du vase est celle qui échut en partage à Pluton, qui fut en conséquence appelé Dieu des richesses parce qu'elle est la minière de l'or des Philosophes, du feu de la Nature et du feu céleste, selon l'expression de D'Espagnet. C'est ce qui a fait dire que Pluton faisait son séjour sur les Monts Pyrénées [...], on dit [...] que ces montagnes et leurs collines  étaient presque toutes des montagnes d'or. Ajoutez à cela que le nom même de Pyrénées exprimait parfaitement l'idée du feu précieux de la terre philosophale, puisqu'il semble venir de ignis et laudo" [Fables Egyptiennes et Grecques, II, 90-91]
Le Breton tire ces réflexions de l'étude du poème El Desdichado ou le soleil des sages,[[color=#000099]Chimères, 1854[/color]].
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 22:02 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant

Fit pullus à nido volans, qui iterùm cadit in nidum.
(L’oisillon s’envole de son nid et y retombe.)

Epigramma VII.
L’oiseau de Jupiter1 en une roche creuse2
A fait son nid, s’y cache, y nourrit ses petits.
L’un d’eux veut s’envoler sur ses ailes légères,
Mais son frère, un oiseau sans plumes, le retient3.
Il revient donc au nid qu’il fuyait. A tous deux
Joins la tête et la queue : ce n’est pas œuvre vaine4.



FUGA VII



DISCOURS VII.
Le chef de file des médecins, Hippocrate, affirme qu’il n’y a pas dans l’homme une humeur unique mais que les humeurs sont diverses et multiples, car s’il en était autrement des maladies variées ne pourraient pas naître5. Nous pouvons remarquer que cela s’applique véritablement aux éléments du monde. S’il n’existait qu’un seul élément, il ne se changerait jamais en un autre, il n’y aurait ni corruption ni génération, mais toutes choses seraient une seule réalité immuable, et la nature ne produirait à partir de là ni corps célestes, ni minéraux, ni plantes, ni animaux6. C’est pourquoi le Créateur suprême a disposé avec art tout ce Système du monde à partir de natures diverses et contraires, à savoir légères et pesantes, chaudes et froides, humides et sèches, pour que, suivant leurs affinités, l’une se convertisse en une autre, et qu’ainsi se réalise la composition de corps différant grandement entre eux sous le rapport de l’essence, des qualités, des vertus et des effets7. Les mixtes imparfaits possèdent en effet des éléments légers comme le feu et l’air et aussi des éléments lourds comme la terre et l’eau, qui s’équilibrent entre eux d’une manière parfaitement égale de telle sorte qu’ils ne se fuient pas mais qu’ils supportent aisément d’être pris et retenus l’un par l’autre, le voisin par son voisin.
La terre et l’air s’opposent mutuellement et il en va de même du feu et de l’eau. Cependant le feu nourrit de l’amitié pour l’air en raison de la chaleur qui leur est commune et pour la terre à cause de leur sécheresse. Ainsi tous sont reliés entre eux par des liens d’affinité ou plutôt de consanguinité, et ils demeurent ensemble dans une composition unique qui, si elle est riche en parties légères, élève avec elle les parties lourdes et, si elle contient en abondance des éléments lourds, abaisse avec elle les parties légères8.
Telle est la signification des deux Aigles, l’un emplumé, l’autre privé de plumes, dont le premier, qui a tenté de voler, est retenu par le second. Le combat du faucon et du héron fournit de ceci une illustration évidente9. Le premier nommé, après être monté plus haut que l’autre dans l’air grâce à son vol rapide et à ses ailes légères, capture dans ses serres et déchire le héron dont le poids les fait tomber tous deux à terre. Le contraire pouvait se voir dans la colombe artificielle ou automate d’Archytas, dans laquelle les parties pesantes étaient soulevées par les éléments légers, c’est-à-dire que son corps de bois était emporté vers le haut par l’air renfermé à l’intérieur.
Dans le sujet philosophique, les éléments légers l’emportent tout d’abord sur les parties lourdes, sous le rapport de la quantité, néanmoins ils sont vaincus par la puissance de ces dernières. Mais après un certain temps les ailes d’aigle se déchirent et les deux oiseaux donnent naissance à un oiseau unique et de grande taille (l’autruche)10, qui est capable d’avaler le fer et court à terre, embarrassée par son poids, plus qu’il ne vole dans l’air, bien qu’il possède des plumes magnifiques. C’est de cet oiseau ou d’un de ses pareils qu’Hermès écrit, comme l’atteste l’auteur de l’Aurore11 au chap. V :
" J’ai contemplé un oiseau vénéré des Sages, qui vole, tandis qu’il est dans le Bélier, le Cancer, la Balance et le Capricorne ; et tu en feras l’acquisition pour toujours à partir des vraies minières et des montagnes pierreuses. "12
Senior parle du même oiseau dans la Table, où il en voit deux, l’un volant, l’autre sans plumes ; chacun d’eux tient dans son bec la queue de l’autre, de telle sorte qu’on ne peut les séparer facilement. Telle est en effet la disposition de la nature Universelle : elle soulève toujours ce qui est lourd au moyen de ce qui est léger, et, inversement, abaisse les parties légères grâce aux parties lourdes, comme le déclare l’auteur du Parfait Magistère. Celui-ci a dénombré sept esprits minéraux à la ressemblance des astres errants et autant de corps métalliques ou étoiles fixes et il enseigne qu’il faut marier les premiers avec les seconds. C’est pourquoi l’Aristote chymique dit :
" Lorsque l’esprit aura dissous le corps et l’âme de manière qu’ils existent dans sa propre forme, il ne demeurera pas de corps fixe si tu ne l’as pas capturé lui-même. La capture consiste à l’unir avec le corps dont tu as effectué la préparation au début, car dans ce corps l’esprit est capturé et empêché de fuir vers ce qui est au-dessus. "13
Dans le camphre, comme le rappelle Bonus, les éléments légers, qui sont l’eau et le feu, l’emportent sur les éléments pesants. C’est pourquoi on dit qu’il s’évapore tout entier et se dissipe dans l’air14. Dans l’argent-vif, les fleurs de soufre et d’antimoine, le sel de sang de cerf, l’armoniac et les autres substances analogues, la terre vole avec l’air dans l’alambic et n’en est pas séparée. Dans l’or, le verre, le diamant, la pierre émeri, les grenades15 et les corps semblables, les éléments demeurent toujours unis et intacts, en présence de l’attaque du feu, et la terre retient et garde le reste en elle. Dans les autres combustibles, il se produit une division et une séparation des composants : les cendres demeurent au fond, l’eau, l’air et le feu gagnent les parties supérieures. Il ne faut pas, en conséquence, considérer la composition inégale des derniers corps mentionnés, qui ne provient pas d’un mélange suffisamment vigoureux, ni la mixtion des premiers, bien qu’elle soit plus durable, car ils sont néanmoins volatils, mais il faut avoir égard à la solidité, la constance et la fixité de la catégorie intermédiaire. Ainsi l’oiseau sans plumes retiendra l’oiseau emplumé, et la substance fixe fixera le corps volatil ; et c’est là ce qu’il faut obtenir16.



Notes
1. L'oiseau de Jupiter peut être assimilé à l'aigle [humide radical métallique]. L'aigle sert aussi de médiateur avec le Soleil, car lui seul peut sans crainte fixer le Soleil. On ne saurait mieux définir le début de la coagulation de l'eau mercurielle car cette fixation de l'Aigle par le soleil, c'est l'accrétion du Soufre rouge et le début de la volatilisation du Mercure car autant qu'il fixe le soleil, l'aigle s'élève dans sa course et se rapproche peu à peu de cette ionosphère [[color=#000099]terre de la rouille[/color]] dont nous parle E. Canseliet [[b]Alchimie[/b]]. Cette fixation n'est point statique puisque l'aigle s'élève ; elle aquiert alors des qualités dynamiques qui peuvent la faire comparer au Phénix et de fait, les Psaumes font de l'aigle un symbole de régénération spirituelle, comme l'oiseau fabuleux que nous avons évoqué dans la section des blasons alchimiques et dans le poème du phénix. C'est exactement ce qui est indiqué par l'emblème qui ouvre le chapitre VII. Notez qu'il existe une image semblable dans le De Lapide Philosophorum de Lambsprinck
 
 



FIGURE I
(Lambsprinck, 7ème figure)

avec la légende :
« Mercure plus souvent sublimé, est enfin fixé afin de ne pouvoir davantage s'enfuir ni s'envoler par la force du feu ; en effet la sublimation doit autant que nécessaire être réitérée, jusqu'à ce qu'il soit fait fixe. »
La figure du limaçon a été analysée dans l'Introïtus. On peut également faire remarquer que ce nid des aigles est situé au sommet d'une montagne, ce qui est le lieu hermétique par excellence de la conjonction du Ciel et de la Terre, c'est-à-dire de l'union du fixe et du volatil. Mais le volatil dont il s'agit n'est pas un « air » qui circule librement. C'est l'Air des Sages qui est évoqué là. Et le fixe n'est pas, non plus, celui auquel on pourrait croire, c'est-à-dire d'une terre constituée et, surtout visible. Non. Cette terre est le principe fixe de la Pierre, et constitue, littéralement, son Sel infusible. Tel n'est pas le cas de l'oxyde tingeant, de la teinture.
2. Il s'agit du « vieil arbre creux » que décrit Flamel dans ses Fig. Hiér. C'est un chêne atteint d'une maladie spéciale à ce type d'arbre, due au kermès. Un haut secret - dont nous avons révélé la teneur - est caché sous cette allégorie.
3. Cette allégorie voile la sublimation du Soufre rouge - l'oisillon qui s'efforce de voler - et qu'un oiseau sans aile - le Soufre blanc, infusible - retient. Philalèthe donne une allégorie semblable sous la fable [[i]Introïtus, VI[/i]] d'Eros, considéré comme l'enfant de Vénus. En fait, Eros semble l'enfant d'Erèbe et de la Nuit. Par cabale, il s'agit donc de la première manifstation du Soufre renaissant, après la mise au tombeau. Le régime de Saturne est passé ; voici celui de Jupiter.

FIGURE II
(Dijon -Chambellan - les Soufres sous le joug - cliché Alain Mauranne)

4. Oeuvre vaine : qui penserait que là-dessous se place un trait de cabale ? revoyez pour ce passage la gravure XLII de l'Atalanta fugiens de M. Maier ; les choses vaines et imaginaires renvoient à des substances à caractère volatile ; les vices renvoient à une matière corrompue, c'est-à-dire oxydée. Nous avons traité ce point de science dans la section sur la réincrudation. Lorsque Maier nous exhorte à joindre la tête et la queue, c'est à une circulation qu'il fait allusion, et nous ajouterons même, probablement, à une convection. C'est celle qui se produit dans le creuset, pendant la grande coction, c'est-à-dire la cuisson des matières qui doit s'étaler sur au moins 6 jours, coction qu'il ne faut surtout pas laisser s'éteindre brusquement. La circulation renvoie au serpent Ouroboros de la Tradition, nous n'y reviendrons plus.
5. les maladies atteignent les organes, non les humeurs, ou du moins ne les atteignent-elles que de façon indirecte. Mais à l'époque d'Hippocrate, on n'imaginait point la circulation du sang. Les maladies des humeurs - si l'on veut rester dans le fil de ce qu'écrit Maier, - ce sont les septicémies, c'est-à-dire les maladies infectieuses où une bactérie est mise en évidence sur des hémocultures. Mais ces septicémies ont un point de départ organique. On peut en dire autant, outre le sang, de la bile [[color=#660000]ictères dont les étiologies sont très variées[/color]], des urines [[color=#660000]infections, lithiases[/color]], de la lymphe [[color=#660000]adénites, éléphantiasis, etc.[/color]], du liquide céphalo-rachidien, etc., etc. il faudrait encore parler de toutes les maladies sexuellement transmissibles [[color=#660000]MST[/color]], mais nous n'avons pas pour ambition, ici, de rédiger un traité de pathologie humaine...
6. Maier parle évidemment de la théorie des Quatre Eléments de Platon, théorie qui a pour résultat direct, la transmutation d'un élément en un autre élément. Cette théorie - pour autant qu'on l'ait étudié dans l'optique du système et pour l'époque de Platon et d'Aristote, - était parfaitement logique. La scolastique médiévale a inventé la pierre philosophale, invention spirituelle géniale s'il en fut, en mêlant les principes issus de l'hermétisme de ceux issus du christianisme, en employant la croix [[color=#000099]crux, creuset[/color]] en tant que fondement. [[color=#660000]pour tous ces points, voyez l'Atlas des connaissances humaines, de Chevreul[/color]]. Remarquez que la corruption et la génération sont toujours très proches l'une de l'autre. La corruption, en alchimie, est l'état dans lequel se trouve le Soufre rouge, avant sa sublimation. L'opération, par laquelle il va se lier au Soufre blanc - encore appelé Sel par Paracelse ou Arsenic par Geber - se nomme la régime de Saturne. La génération se situe à un stade plus avancé de la Grande coction, vers le régime de Vénus ou de Mars. A ce stade, en tout cas, l'albification a déjà eu lieu.
7. Ce passage aurait pu être emprunté à Platon, qui ne dit guère autre chose dans le Timée. Notez qu'avant Marsile Ficin, Platon n'était pratiquement connu que par ce Dialogue. Le chaud, le froid, l'humide et le sec sont des qualités qui ont été attribuées aux Eléments par Athénée. Voyez la planche I de l'Atlas de Chevreul. Ces qualités, ces substantifs propres, sont d'ailleurs redondants. Car le froid n'est jamais que l'absence de chaleur, et le sec, la privation d'eau. La proposition peut être renversée. Il semble que l'on puisse opposer - ou réunir - les deux groupes d'éléments suivants : Eau et Terre d'un côté ; Feu et Air de l'autre. Ces associations sont des synthèses mentales qui, on le voit, possèdent une certaine logique. Quant aux termes que cite Maier, voici ce qu'en dit Pernety :
- Essence. Matiere des Philosophes parvenue à la couleur blanche. Les Adeptes lui ont aussi donné le nom d’Essence blanche. Voyez QUINTESSENCE.
Il n'est pas certain que l'auteur de l'Atalante et Pernety aient vu le mot essence avec les mêmes lunettes. Rappelons que l'essence est la nature propre et nécessaire qui fait qu'une chose est ce qu'elle est. En alchimie, les Adeptes disent que leur Pierre est d'essence ignée, par exemple, et qu'elle est cuite par un sel de vertu céleste [[color=#660000]c'est ce qu'a rapporté Helvetius dans une relation où un Adepte lui donna un grain de poudre[/color]]. Le mot Qualités ne figure pas au nombre des articles du Dictionnaire de Pernéty. Nous retiendrons donc celles que Platon a définies.
- Vertu du Ciel. Feu implanté et inséparable de la matière de l'œuvre, qui mis en action par un autre feu, produit le soufre des Philosophes, appelé Minière de feu céleste.
Le terme vertu renvoie aux Vertus antiques [[color=#660000]cf. section des Gardes du corps de François II[/color]]. La vertu, telle que l'a conçoit Pernety est en rapport direct avec l'opération que veut décrire Maier dans ce chapitre VII. D'un côté, le feu implanté, mis en action par le feu vulgaire, voile le Mercure animé ou compost, qui contient en puissance le Soufre rouge. Comme ce Soufre a souvent été comparé à un rayon divin, à un rayon de soleil que l'on doit capturer, on ne s'étonnera pas que le Mercure animé - Vertu du Ciel - soit décrit comme la minière de feu céleste. Quant à la matière de l'oeuvre, il s'agit de la substance terreuse [[color=#660000]Sel, Corps, Arsenic, Soufre blanc en sont les épithètes habituels[/color]]. Enfin, les effets de la Pierre sont d'ordre organoleptique. Voyez le Résumé de Chevreul a cet égard.
8. Comme nous venons de le voir à la note 7, il est logique, selon Platon, que la Terre et l'Air soient opposés : la dureté d'un côté, le fluide essentiel de l'autre. De même, le Feu et l'Eau qui se combattent. Mais observons les contrastes. Dans le 1er cas, l'affrontement est pacifique ; dans l'autre, il est agressif et se pare d'effervescences qu'on nomme le bouillonnement ou de l'apparition d'un fluide brûlant que l'on nomme vapeur.

FIGURE III
((extrait de Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : les Quatre Eléments)

Cette planche de Bôhme donne à voir les quatre eléments idéalisés, à comprendre de la façon suivante : Mars renvoie au FEU ; Saturne à la TERRE ; Vénus, à l'EAU et Jupiter, à l'AIR. Si nous considérons notre système réformé du quaternaire des signes zodiacaux, il est évident que la figure de Bôhme n'est compatible que si l'on tient compte que certaines planètes ont des maîtrises multiples. Seuls Mars et Saturne ne posent pas de problème. Vénus doit être associé à la Balance [[color=#000099]cf. Atalanta,XLI[/color]] et Jupiter aux Poissons [[color=#000099]cf. Atalanta, XL[/color]].
observation : les substantifs propres qui s'opposent : d'un côté, le froid [[color=#000099]Air[/color]] et le sec [[color=#000099]Terre[/color]]. De l'autre, le chaud [[color=#000099]Feu[/color]] et l'humide [[color=#3333ff]Eau[/color]]. Ces observations peuvent paraître triviales. Elles possèdent pour l'hermétiste des caractères qui lui permettent d'élire des substances spécifiques. Nous appliquerons cette réflexion à trois exemples :
1)- la chaux : n'est-ce pas avec de l'Eau que l'on « éteint » la chaux, qui se présente pourtant comme une Terre ? Et la chaux, en s'éteignant, ne produit-elle pas le bruit du fer lorsqu'on l'applique dans l'Eau ? Comprend-on à présent  pourquoi nous avons fait de la chaux le glaive de la Justice, dans l'examen du Verbum dimissum du Bon Trévisan ?
2)- le pyrophore de Homberg : cette substance, qui se présente comme une poudre et qui est une Terre, paraît inerte dans l'Air sec. Que l'on souffle dessus : le pyrophore s'enflamme aussitôt. Que s'est-il passé ? Le souffle de l'homme contient de la vapeur d'Eau. L'Air humide détermine la combustion instantanée du sulfure de potassium et la température est telle que le pyrophore s'embrase.
3)- voir note 14 sur le camphre ;
conclusion : dans le premier cas, on éteint de la Terre avec de l'Eau ; dans le second cas, on met le feu à la Terre avec de l'Air mêlé de vapeur, c'est-à-dire d'Eau. N'est-ce pas là chose admirable ? Qui au Moyen Âge, aurait été pris, de manière irréfragable, comme un fait de magie, qui eut voué l'opérateur au bucher ? Oui, certainement. Par ignorance. Combien de procès en sorcellerie ont été ainsi menés contre des gens qui n'avaient eu que des intuitions avant leur temps ?
Maier fait justement remarquer que l'on peut trouver une transition, un juste milieu en somme aux Eléments : au lieu de considérer les substantifs propres, ce sont les agents de liaison qu'il considère : la chaleur est commune à l'Air et au Feu ; de même la sécheresse - qui n'est pas le Sec d'Athénée - tient de vecteur entre le Feu et la Terre. Où donc est la différence ? En ceci d'essentiel, c'est que la chaleur et la sécheresse désignent des actions au lieu que les termes chaud et sec désignent des états. La différence est d'importance et nous avons déjà signalé combien de textes alchimiques devaient être relus, en ayant à l'esprit qu'ils désignaient, d'une manière inconsciente, des actions, des réactions et non des états. En cela, comme en d'autres points, les alchimistes se sont posés comme des Modernes. Aucun critique, aucun historien de l'Art n'a relevé ce fait, pourtant facile à débusquer.
9. Faucon et héron font partie du Bestiaire hermétique. Sur le faucon et son symbolisme, lié essentiellement à Horus, voyez la sous-section I de la critique de Chevreul sur Hoefer. Nous ajouterons qu'Horus est assimlé par les cabalistes à l'hypoténuse d'un triangle rectangle. Ce qui nous renvoie directement aux Quatre Eléments [[color=#660000]cf. Atlas, planche I, Chevreul[/color]]. En Égypte, le faucon représente l'âme. Il évoque aussi  l'élévation spirituelle. Tout concourt donc à faire du faucon l'équivalent du Soufre rouge en puisance. Horus enfant est assimilé à Harpocrate [[b]1, 2, 3, 4,[/b]]. Il prend la forme, dans l'ancienne Egypte, du dieu du ciel et de la royauté qui assimila un ensemble de divinités à forme de faucon. Ce nom fut attribué au moins à trois dieux. Primitivement au dieu du Ciel dont un oeil était le soleil et l'autre la lune. [[b]nous retrouvons ici les deux divinités primordiales qui jouent un rôle fondamental dans le Grand oeuvre[/b]] Ensuite à un dieu dynastique qui donna son nom aux souverains égyptiens et symbolisé par un faucon. Enfin, on l'ajouta à l'Ennéade héliopolitaine comme fils d'Isis et d'Osiris. Il vengea son père par sa victoire sur Seth. On le représente souvent sous la forme d'un faucon ou d'un homme avec une tête de faucon, souvent dieu du ciel à double couronne, et également sous la forme d'un enfant nu assis sur un trône. Enfin, on n'aura garde d'oublier Hathor [maison d'Horus] : Hathor fut d’abord représentée comme une vache céleste soulevant le soleil entre ses cornes, en regard de son rôle de mère du soleil [[b]elle joue le rôle d'Artémis aux cornes lunaires[/b]]. Puis, au fil des siècles, elle prit les traits d’une femme dont la tête était surmontée de deux cornes de vache enserrant l’astre divin. Elle devint rapidement une déesse universelle se confondant avec une autre déesse essentielle, Isis. Pour les différencier l’une de l’autre dans les représentations sur les parois des temples ou des tombes il suffit de déchiffrer le nom inscrit au-dessus de leur tête : le hiéroglyphe d’Hathor, un faucon placé dans l’enceinte d’une maison permet d’identifier Hathor, tandis que le hiéroglyphe d’un trône signale la présence d’Isis. Cette identification est d'une certaine importance pour l'hermétiste : dans un cas, le faucon indique la maison d'Horus - c'est-à-dire l'athanor, le vase de nature où cuit le Soufre -. Dans l'autre cas, Isis est le prototype du Mercure tel qu'il a été envisagé par les plus anciens alchimistes. C'est en Isis que l'on trouve tout ce qui est utile pour apprécier les qualités de l'eau mercurielle.
Examinons à présent le symbolisme du héron. Il rejoint celui des échassiers. Dans les traditions européennes et africaines, le héron symbolise la vigilance, qui peut aisément se pervertir en curiosité abusive. Dans l’occultisme ancien, sans doute pour son bec fin et pénétrant, il passait pour un symbole de science divine. La vigilance est liée, en fait, à quatre animaux qu'on retrouve souvent dans le bestiaire : Coq, héron, griffon, lion. Nous laissons au lecteur le soin d'examiner en recherche tous les points de cabale qui se rattachent à ces animaux. Nous noterons au passage que le griffon est la marque du résultat du duel des deux natures minérale et métallique ; que le lion a un sens différent, selon qu'il est vert ou rouge ; que le coq, enfin, est l'oiseau consacré à Minerve et qu'il exprime, lorsqu'il est lié au renard, une allégorie dont parle Fulcanelli dans Myst. référez-vous à ce que nous disons de la noix de galle, du coq et de son rapport avec la rouille [ioV ou roia, par cabale, c'est-à-dire grenade] dans la section des blasons alchimiques.
10. c'est dans Huginus à Barma que nous trouvons l'exacte signification du mot autruche :
" Paracelse a donné à ce corps ainsi purifié le nom d'Autruche naissante dans la terre, & à son esprit, celui d'Estomac de l'autruche qui naît dans la terre. Pour avoir cet esprit, ramenez l'Autruche dans son chaos, dans ce chaos où elle était primitivement enfermée, & dans lequel les éléments tenaient caché & emprisonné comme dans un antre secret, ou dans une caverne, cet admirable esprit de vie, qui est un vrai Protée & le véritable Panurge ou Agent universel. Cet esprit est la Lunaire de Raymond Lulle, le Sang de dragon d'Albert le Grand, la Saturnie de Basile Valentin, l'Esprit de vin d'Arnaud de Villeneuve. Mais son propre nom est le Mercure des Philosophes, le Vinaigre très aigre, le Lait de la vierge, l'Eau pontique, l'Eau sèche qui ne mouille pas les mains. " [chap. XVI]
Cette eau pontique est le Mercure philosophique.
11. Maier veut probablement évoquer l'Aurora de Jacob Boehme [Die Morgenroete im Aufgang] achevée en 1612, précédant donc la parution de l'Atalanta fugiens. Le texte en fut traduit en français : l'Aurore, par le Philosophe inconnu (Louis Claude de St Martin) Paris, 1800. On peut trouver le texte de l'Aurora, en allemand, sur le site suivant : http://home.t-online.de/home/lapsitexillis/aurora.htm
12. Il faut prendre garde qu'ici, l'auteur de l'Aurore fait allusion au zodiaque hermétique - alchimique - et non au zodiaque des astrologues [cf. zodiaque alchimique]. Dans la section prima materia, nous avons été amenés à revoir les attributions traditionnelles entre les groupements quaternaires. Les signes du Bélier, du Cancer, de la Balance et du Capricorne définissent les Quatre Eléments utilisables par les alchimistes. Le Bélier renvoie à la fois à Arès et Ariès qui n'ont pas la même signification. C'est un signe de Feu. Le Cancer, que nous avons défini comme un signe d'Air - la tradition en fait un signe d'Eau - est le signe lunaire, c'est-à-dire de l'empreinte mercurielle. La Balance est, de même un signe d'Eau - la tradition en fait un signe d'air - et le Capricorne est un signe de Terre. Outre ces correspondances par qualités, les signes du zodiaque sont associés aux planètes : Mars pour le Bélier ; la Lune pour le Cancer ; Vénus pour la Balance et Saturne pour le Capricorne. Mars et Vénus sont ainsi opposés si l'on considère leur signe respectif. Il en est bien ainsi lorsque l'on veut préparer le Mercure : la minière de Mars est de nature vitriolique ; celle de Vénus serait plutôt d'une terre calcaire apparentée à la pierre de Jésus ; les deux autres extrêmes ont plus directement à voir avec le Mercure. Saturne-Cronos est le 1er régime de la Grande coction et la Lune, quand elle brille en son plein, indique le degré de chaleur qu'il faut imposer au vase de nature, si l'on veut cuire canoniquement les natures minérale et métallique.
13. C'est nous qui soulignons. Cette phrase est à peu près incompréhensible si l'on n'a pas étudié les expériences de synthèse minéralogique. Ce que le pseudo-Aristote veut dire, c'est que, au début de la Grande Coction, l'Esprit [le Mercure] dissout le Corps [Soufre blanc] et l'Âme [Soufre rouge ou teinture]. La relation aux étoiles fixes est sibylline. Platon, dans le Timée, écrit :
« S'agissant donc de l'espèce divine, c'est de feu qu'il réalisa la plus grande partie de sa structure, afin qu'elle fût le plus possible brillante et belle à voir ; et, pour qu'elle soit conforme à l'image du tout, il lui donna une forme bien arrondie. Puis cette espèce, il l'installa dans la régularité du mouvement le plus puissant, pour qu'elle soit entraînée par lui, après l'avoir répartie en cercle dans tout le ciel, diversifiée en une broderie...»
C'est évidemment de l'âme du Monde qu'il entend parler. Les astres fixes sont entraînés par la sphère du Même, tandis que les astres errants [les planètes] sont entraînés par la sphère de l'Autre. Le mouvement propre à la terre est dû à l'âme qui lui fut impartie, asurrant la rotation axiale, au centre, par rapport à la sphère des fixes, et agissant en sens inverse du mouvement communiqué par le Même [cf. Timée, trad. Luc Brisson, 39d-40b, GF, 2001]. Les esprits minéraux, représentés semble-t-il par les planètes, sont les chaux des métaux. Mais on ne comprend plus ce qu'il veut signifier lorsqu'il établit un rapport entre les corps métalliques et les étoiles fixes, sinon symboliquement en voulant désigner le métal comme une étoile.
14. le camphre [1, 2, 3,] est le type même de Terre qui se résoud en Air au contact de l'Eau. La structure du camphre était considérée au XIXe siècle comme étant un octaèdre. Or, ce polygone représente, selon Athénée, la forme de l'Air. Voici un extrait sur la camphre :
Citation:
Le camphre est blanc, solide, cassant, d'une saveur brûlante, d'une odeur caractéristique; il cristallise en octaèdres; on peut le pulvériser facilement lorsqu'on l'humecte avec de l'alcool. Sa densité est 0,996. Il fond à 175° et bout à 204°. Sa densité de vapeur est 3,317; la formule C20H16O2 représente 4 volumes de vapeur. Le camphre se vaporise assez rapidement à la température ordinaire; quand on jette sur l'eau des fragments de camphre, ceux-ci s'agitent vivement, et présentent un mouvement giratoire. Lorsqu'on place verticalement dans de l'eau un cylindre de camphre, assez élevé pour qu'une partie se trouve en dehors du liquide, le camphre imprime par son évaporation un mouvement de va-et-vient à l'eau, et le cylindre se trouve bientôt coupé à la surface du liquide.
Le camphre dévie à droite la lumière polarisée; il est combustible et brûle à la manière des huiles essentielles; il est a peine soluble dans l'eau : 1000 parties d'eau ne dissolvent que 1 partie de camphre. L'eau peut dissoudre une plus grande quantité de camphre sous l'influence d'une pression considérable.
Le camphre est très-soluble dans l'éther et dans l'alcool; on le précipite en poudre, lorsqu'on traite ces dissolutions par l'eau.
Le camphre, distillé avec quatre ou cinq fois son poids d'argile, se transforme en un corps huileux. Lorsqu'on fait passer de la vapeur de camphre sur de la chaux portée au rouge, il se forme de la naphtaline et, une substance liquide que l'on a nommée camphrone. (M. FREMY.)

Comme on le voit, le camphre se présente comme une Terre spéciale qui s'agite, c'est-à-dire qui prend une qualité ignée, et qui se transforme en Air au contact de l'Eau.
15. C'est-à-dire les pierres précieuses. Remarquez l'allusion à la pierre émeri : Maier indique qu'il s'agit des seules matières qui gardent en elles leurs propres éléments.
16. Autrement dit, il faut obtenir un moyen terme, soit une substance qui tienne le milieu entre Eau, Terre, Feu et Air. Cette substance existe dans deux circonstances. Dans la nature, c'est elle qui a agi et qui est responsable des magnifiques concrétions minérales qui sont notre sujet ; cette substance a agi par la voie humide, sous des conditions de pression et de température que les alchimistes ne pouvaient pas créer dans leurs cornues ou dans leurs matras...Mais ils pouvaient la créer de toutes pièces par la voie sèche et à une température de l'ordre de 1300°C. Cette substance est le Mercure philosophique qui permet tout à la fois de résoudre les métaux en leur première matière, puis d'assembler la partie minérale et la partie métallique, dûment choisies par l'Artiste, en sorte que la Pierre puisse murir et arriver à maturité. C'est ce qu'a réalisé J.J. Ebelmen.
 
 
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Adama
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 22:03 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant

Accipe ovum et igneo percute gladio.
(Prends l’œuf et frappe-le avec un glaive de feu1.)

Epigramma VIII.
   Le ciel compte un oiseau, de tous le plus hardi,
Dont tu chercheras l’œuf, n’ayant pas d’autre soin2.
Un mol blanc entoure le jaune. Avec prudence
Touche-le d’une épée de flamme (c’est l’usage).
Mars doit venir en aide à Vulcain ; il va naître
Un oiselet vainqueur et du fer et du feu3.



FUGA VIII



DISCOURS VIII.
Il est des espèces d’oiseaux multiples et variées dont les représentants sont en nombre indéterminé et dont les noms demeurent ignorés de nous. On rapporte qu’il existe un oiseau gigantesque appelé Ruc4 qui apparaît dans une petite île de l’océan à une époque déterminée de l’année et peut emporter avec lui dans l’air un éléphant. L’Inde et l’Amérique donnent des perroquets de diverses couleurs, des corbeaux et d’autres oiseaux du même genre. Mais rechercher les œufs de ces derniers ne relève pas de l’entreprise philosophique. Les Egyptiens se livrent chaque année à la destruction des œufs de crocodiles et les pourchassent comme en une guerre publiquement déclarée.
Les Philosophes frappent leur œuf avec le feu, non pour qu’il soit détruit et périsse, mais pour qu’il reçoive la vie et croisse. Puisqu’en effet il en sort un poussin animé et vivant, il ne faut pas parler à son sujet de corruption, mais de génération5. Il cesse, il est vrai, d’être un œuf par la disparition de la forme ovale et commence d’être un animal bipède et capable de voler par l’apparition d’une force plus noble6.
Dans l’œuf, les semences du mâle et de la femelle sont unies ensemble sous une seule enveloppe ou coquille. Le jaune produit le poussin, la racine de ses membres et de ses viscères, grâce à la semence du mâle, formatrice et opérante, qui se trouve à l’intérieur. Le blanc fournit la matière, c’est-à-dire la trame et le moyen d’accroissement, à l’ébauche ou chaîne du poussin7. La chaleur extérieure est le premier moteur qui, au moyen d’une certaine circulation des éléments et de leur transformation de l’un en l’autre, introduit une forme nouvelle, sous l’impulsion ou conduite de la nature. Car l’eau se change en air, l’air en feu, le feu en terre8. Pendant que tous ces éléments s’unissent, une forme spécifique est envoyée du haut des astres et donne naissance à un individu d’une certaine espèce d’oiseau déterminée, à savoir celle à laquelle appartiennent l’œuf et la semence qui s’y trouve infusée.
On dit qu’il est frappé à l’aide d’un glaive de feu, parce que Vulcain9, faisant office de sage-femme, fournit une issue au poussin (comme à Pallas, sortant du cerveau de Jupiter10). C’est ce qu’affirme Basile Valentin lorsqu’il dit que Mercure fut enfermé en prison par Vulcain sur l’ordre de Mars, et qu’il ne fut pas libéré avant d’avoir subi tout entier la corruption et la mort. Cette mort est pour lui en vérité le commencement d’une vie nouvelle, de même que la corruption ou mort confère à l’œuf la génération et la vie nouvelles d’un poussin11. Ainsi, lorsque le fœtus meurt à la vie humaine végétative (la seule dont il jouissait dans le sein maternel), une autre vie plus parfaite s’offre à lui par le passage à cette lumière du monde, autrement dit, par la naissance. Et pour nous aussi, une fois privés de cette vie présente que nous menons, une autre est toute prête, plus parfaite et éternelle.
Lulle appelle en de nombreux endroits ce glaive de feu, lance acérée, car le feu, de même que la lance ou le glaive acéré, transperce les corps, les rend poreux et susceptibles d’être traversés, de sorte que l’eau puisse les pénétrer pour les dissoudre et, de durs qu’ils étaient, les rendre mous et souples. Dans l’estomac du cormoran qui est de tousles oiseaux le plus vorace, on trouve des vers vivants, longs et fins, qui constituent pour lui, en quelque sorte, un instrument de chaleur : ils se précipitent soudain sur les anguilles et les poissons qu’il a capturés et les perforent à la manière d’aiguilles très acérées (comme il nous a été donné de l’observer nous-mêmes), et ainsi ils le dévorent en un instant, par une opération admirable de la nature12. De même donc que la chaleur pique, ce qui pique fait parfois office de chaleur. C’est pourquoi on pourra à juste titre nommer glaive de feu l’arme avec laquelle l’œuf des philosophes doit être atteint ou frappé. Les philosophes, à la vérité, veulent plutôt entendre ceci de la chaleur tempérée au moyen de laquelle l’œuf est couvé, comme le déclare Morfoleus dans la Turba, quand il dit :
" II faut, hommes sages, que l’humidité soit d’abord brûlée à feu lent, comme un exemple nous en est proposé dans la génération du poussin ; dès que l’on augmente la force du feu, il convient que le vase soit obturé de tous côtés pour éviter d’en faire sortir le corps d’air et son esprit fugitif. "13
Mais de quel oiseau est-ce l’œuf ? Moscus dit au même endroit :
" Quant à moi je déclare que l’on n’obtient aucun instrument si ce n’est à partir de notre poussière blanche, étoilée, splendide et tirée d’une pierre blanche ; c’est à l’aide de cette poussière que se font les instruments adaptés à l'œuf. Mais ils n’ont pas nommé l'œuf ou l’oiseau dont il provient. "14



Notes
1. il est bien difficile de résumer en aussi peu de mots cette phase de l'oeuvre où l'on cuit les matières. Il ne faudrait pas, en effet, s'imaginer que c'est là le début du grand oeuvre. Non, certes. Car on se situe exactement au début du 3ème oeuvre - autrement dit la Grande Coction -. Et encore, faut-il pondérer cette affirmation car l'oeuf est constitué, ce qui signifie que le vase de nature a déjà été créé. Tout cela peut sembler des paroles bien vaines ou mystérieuses, et bien sûr, cette emblème n° VIII, célèbre au demeurant, ne peut être compris sans une certaine culture hermétique préalable. Ou du moins, ne peut-on saisir toute la manifestation poétique de cette phrase, que si l'on sait ce que recouvrent l'oeuf, le feu et le glaive. Désireux d'éviter d'inutiles redites, nous ne pouvons qu'engager l'étudiant, s'il le veut bien, à débusquer ces arcanes sur le site.

FIGURE I
(extrait de Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : l'oeuf du Monde)

On voit sur la figure I l'oeuf philosophal figuré par la Terre, arborant les trois premiers signes du zodiaque.
2. C'est l'oeuf d'un aigle. Tout rapprochement avec la pierre d'aigle ou aétite serait fortuite. Ce chapitre poursuit, en même temps qu'il le complète, le chapitre précédent. L'artiste doit donc trouver un oeuf qui contienne les deux principes qui ont fait l'objet des deux allégories entre-croisées : d'une part l'aigle ; d'autre part la fable du faucon et du héron. Allégories derrière lesquelles se profilent d'anciens mythes égyptiens, ceux d'Horus et d'Isis en particulier.
3. L'oeuf, chacun le sait, est formé d'une coquille dans laquelle le blanc est centré par le jaune. Remplacez le mot coquille par celui de mérelle, celui de blanc par Sel et enfin, celui de jaune par Soufre. Vous aurez une image de l'oeuf philosophal qu'il faut cuire. Ce qui est assuré par le glaive de feu que brandit l'Artiste. Mais ce glaive, à en croire les textes, est constitué d'une Eau brûlante et non corrosive, reconnue comme étant le dissolvant de tous les métaux [[color=#000099]cf. Mercure[/color]]. Notez que ce glaive s'apparente à l'épée que brandit l'un des personnages des Fig. Hiér. Il s'agit de la 4ème figure où l'on voit Saint-Paul tenant une épée torsadée [[color=#000099]cf. note 126 - 129[/color]]. il est hors de doute que le glaive de feu que brandit l'Artiste est superposable à l'épée torsadée que Saint-Paul met en terre. Nous avons signalé en quoi la torsade [[b]1, 2, 3,[/b]] est le signe du Feu. Quant à savoir en quoi l'oiselet sera vainqueur du fer et du feu, c'est révéler l'un des plus hauts secrets de l'oeuvre. Toutefois, n'étant tenu par aucun serment de discrétion, nous donnerons les indications suivantes : il n'a pas échappé aux mythographes que, tant dans la tradition biblique que, par exemple, dans la Chine ancienne, le fer est opposé au cuivre, au bronze, comme le type même du métal vulgaire l'est au métal noble. Le fer est, dans d'autres traditions, le maître de l'ombre et de la nuit, tandis que le cuivre est symbole de lumière et de vie. Sur le plan hermétique, force est de constater quelque vérité dans ces assertions qui pourraient paraître de pures exercices de synthèse mentale. Le cuivre, les Latins l'ont nommé aes. Or, Hoefer nous a dit que, loin de constituer le régule du métal, l'aes signifiait tout autant, sinon plus, le bronze ou l'airain. La transition est trouvée pour l'Airain des sages, c'est-à-dire la forme primitive du Rebis, opposée au fer qui, en l'occurence, serait davantage en rapport avec les influences du ressort de Lucifer, qu'on rattache au Mercure, issu comme le fer, de l'ombre et de la Nuit. En somme, le fer est le symbole de la force dure, sombre, corrompue et, pour tout dire, diabolique. Voyez ici la section Matière où ces notions sont analysées. Ainsi, notre oiselet, ou pour mieux le nommer, notre roitelet ou BasileuV, devra non seulement triompher des ténèbres mais vaince la nature dissolvante du Mercure, de nature essentiellement ignée.
4. Nous n'avons pas été capable de trouver le mot Ruc ou même une allusion détournée. Je dois à la perspicacité de M. Yvan Michel [[color=#000099]qui m'avait déjà aidé dans la section Cambriel en montrant que Cambriel avait eu raison contre Fulcanelli et E. Canseliet[/color]] l'explication concernant cet oiseau Ruc : il s'agit de l'oiseau Rock. Oiseau fabuleux dont on trouve la trace dans Les Contes des Mille et Une Nuits : ils ont rendu célèbre en Occident l'extraordinaire oiseau Rock, plus grand que l'aigle et si fort qu'il est capable de soulever avec ses serres un éléphant...On en trouve trace encore dans les Voyages de Sindbad le marin : pour sortir d'une vallée encaissée au milieu de montagnes infranchissables, il s'attache au pied d'un oiseau Rock. Si cet oiseau avait existé, il aurait au moins 10 m. de haut et 20 m. de large avec ses ailes déployées. Notez que ce mot Ruc pour désigner l'oiseau est employé par Marco Polo dans sa découverte du monde, chapitre XL, D'un Grand Oiseau, appelé Ruc.
« Il y a encore quelques autres iles outre Madagascar sur la côte de idi, mais il est difficile d'y aller pour le cours de la mer qui en cet endroit est fort rude et impétueux. En icelles par certaines saisons de l'an se découvre une merveilleuse espèce d'oiseau qu'ils appellent Ruc, qui retire au portrait et semblance de l'aigle, mais il est trop plus grand sans comparaison. Ceux qui ont vu cet oiseau disent qu'ils ont en leurs ailes plusieurs plumes, qui contiennent de longueur six toises, ayant la grosseur et épaisseur selon la proprotion de telle longueur, et conséquemment le corps correspondant à cette proportion de plumage. Outre que l'oiseau est de telle force et puissant ce que seul sans aucune aide prend et arrête un éléphant, lequel il élève en l'air puis le laisse tomber en terre, afin que l'ayant froissé et dérompu de la sorte il se puisse en après repaître de sa chair. Quant à moi, Marco Polo du premier que j'entendis tels propos de cet oiseau, j'estimais que ce fut un griffon qu'on dit être le seul entre les bêtes à quatre pieds qui porte ailes et plumes, et qui de toutes parts est semblable au lion, fort qu'il a la tête semblable à l'aigle : mais ceux qui avaient vu cet oiseau m'affirment assurément qu'ils ne rapportait en rien aux autres bêtes, mais avait seulement deux pieds comme les autres oiseaux. De mon temps le grand Cha Cublai avait en sa court un courrier qui en ces îles avait été détenu par long temps, et jusqu'à ce qu'on eut payé sa rançon, lequel étant de retour, récita plusieurs choses merveilleuses, de l'état et condition de ces régions, et des diverses espèces d'animaux qu'on y trouve. »
Nous retiendrons de cette relation que le Ruc contracte des rapports avec le griffon et le lion, deux des plus grands emblèmes de l'Art.
5. Ce n'est pas là l'une des moindres ambiguités de l'alchimie : faire oeuvre à la fois de corruption et de germination...Voyez la Chrysopée de Cléopâtre. Dans tous les cas, la corruption précède la germination et la mise au tombeau précède nécessairement la résurrection. On ne peut qu'admirer la perspicacité des scolastiques médiévaux, d'avoir ainsi fondu en un unique modèle les idées hermétiques et celles issues du christianisme. Le Rosaire des philosophes en dit long là-dessus.

FIGURE II
(extrait de Jacob Bôhme, Theosophische Wercken, 1682 : corruption et germination)

En une pathétique image, où l'on reconnaît la stibine, le crâne - synonyme de la putréfaction - est surmonté d'une sorte de sceptre où d'un côté, on reconnaît la Lune, et de l'autre côté, le symbole royal en forme de fleur de lys.
6. Revoyez l'emblème II où l'on voit la Terre - un oeuf en quelque sorte, d'où sort l'embryon.
7. On voit bien que le blanc de l'oeuf représente le corps de la Pierre, ou Soufre blanc de Fulcanelli, ou encore Sel de Paracelse, ou enfin Arsenic de Geber. Nous avons coutume de le nommer le christophore, littéralement ce qui porte l'or, c'est-à-dire la Toyson d'or de Trismosin, la résine de l'or. L'or n'est pas le métal vulgaire, mais l'or philosophique. Que l'on n'aille pas croire pour autant qu'une once d'or participe de notre alchimie réformée. En effet, Chevreul a très bien fait voir que dans le système de l'alchimie orthodoxe, l'or était absolument indispensable en tant que ferment, et que ce ferment n'était autre chose que la pierre philosophale. Mais bien sûr, Chevreul ajoute aussitôt qu'il ne s'agissait là que d'une synthèse mentale...
8. C'est l'idée générale de la transmutation des éléments, telle que Platon en discute dans son Timée. Il y aurait lieu, peut-être, d'établir ici un parallèle entre la double roue que l'on voit sur l'un des tableaux de pierre de Notre-Dame de Paris, figurant d'après Fulcanelli le Ludus puerorum et la double roue qu'a inventée Platon, en parlant des ceintures

FIGURE III
(le feu de roue - Cathédrale de Bourges - vitrail - cliché Alain Mauranne)

du MÊME et de l'AUTRE, c'est-à-dire quand Platon décrit la confection, par le démiurge, de la sphère armillaire qui représente l'âme du monde, avec d'un côté l'AUTRE ou bande du zodiaque dans laquelle se meuvent les astres errants, que les alchimistes rapportent aux esprits minéraux, et de l'autre côté, le MÊME ou bande de l'horizon qui définit le mouvement diurne ou PRIMUM MOBILE de Placidus. Ce feu de roue ne définit-il pas le destin des astres errants, avec leurs rétrogradations, qui correspondent à un état corrompu, puis leur mouvement normal ? Il y aurait là matière à réfléchir. Le lecteur trouvera dans la section de l'humide radical métallique un début de réflexion sur le sujet.
9. Héphaïstos. Sujet traité dans les sections : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, -
10. L'origine de Pallas est étonnante : on sait qu'il s'agit du surnom d'Athéna mais ce que l'on sait moins, peut-être, c'est que Pallas était le nom d'un Géant, père d'Athéna : il voulut outrager sa fille : elle l'écorcha vif et se revêtit de sa peau. L'allusion hermétique est évidente. Pallas renvoie à l'acquisition du Mercure, qui n'est pas le moindre des hauts faits de l'Artiste. A partir d'un certain moment, ce Mercure change de forme - ici, la peau -, et de Mercure simple qu'il était - incontrôlé, « fou », épithète d'Ajax - il devient Mercure animé, assagi par les colombes de Diane qui viennent l'adoucir, ou si l'on préfère, le charmer, ce qui explique l'intrusion du mythe d'Orphée - inexplicable par ailleurs - dans le grand oeuvre. Pour Athéna, cf. Introïtus, VI. On rappellera qu'Athéna est le pendant féminin d'Arès : déesse de la guerre, elle porte la cuirasse, l'égide, la lance d'or, le bouclier dont l'omphalos est formé de la tête de Méduse : on comprendra sans peine l'importance de son symbolisme hermétique. Mais Athéna est plus que cela : elle contracte des rapports avec la Justice, l'une des Quatre Vertus cardinales ; elle préside aussi à la germination et se rapproche d'Isis, de Cérès ou de Démeter [[color=#000099]cf. section Fontenay[/color]]. Remarquez que si l'on veut poursuivre l'étude du symbolisme, on est obligé d'observer qu'Athéna est sortie, dit-on, tout armée du cerveau de Jupiter, c'est-à-dire de son Esprit. C'est sans doute la raison pour laquelle on ne peut réellement dissocier Athéna de Minerve [[color=#000099]20 occurrences : recherche[/color] -]. Il nous suffira d'ajouter à Minerve les noms de Junon et de Vénus, la pomme de discorde, pour voir apparaître aussitôt le sujet de la guerre de Troie, que Pernety prétendait résoudre en des principes hermétiques, et sur laquelle Michel Maier semble apporter quelques lumières que nous examinerons en leur temps [[color=#000099]cf. Atalanta, X, XXV, XXVIII, XXXII, XXXV, XXXVI, XLIII, XLIV et XLVII[/color]]. Il y a là des rapports complexes que nous nous sommes efforcés d'analyser sur ce site et qui forment peut-être l'ossature de toute la toile hermétique. Pour finir, il faut observer que le symbolisme d'Athéna - et de Minerve - se rapporte au Soufre rouge, comme semble l'indiquer ce passage du Dictionnaire mytho-hermétique de Pernéty :
" La pluie d'or qui tomba dans l'île de Rhodes au moment de la naissance de Minerve, était produite par ces nuées... "
qui se rapporte peut-être à l'acquisition du Soufre rouge, les nuées - non sans rapport avec l'égide -  représentant la Rosée de Mai. Là encore, comme en d'autres fois, nous voyons que ces évocations rendent compte de processus dynamiques, d'états instables, notions qui n'ont jamais, à notre connaissance, été prises en compte par la critique historique.
Note : à la relecture de cette note, il ne fait pas de doute que Pallas - Athéna représente l'hiéroglyphe du soufre sortant en vainqueur de sa phase de sublimation dans le Mercure [[color=#000099]cf. porte alchimique de Metz[/color]]

FIGURE IV
(caisson de la chapelle de l'Hôtel Lallemant à Bourges - irruption du Soufre rouge - cliché Alain Mauranne)

Le phylactère à double volute, le vase de nature rattaché par le lien du Mercure et renversé symbolisent la nature du composé que l'on aperçoit en grosses perles qui ressemblent à des larmes bataviques. C'est, au vrai, quelque espèce de « verd » cristallisé.
11. la question soulevée est d'importance : pourquoi Vulcain mit-il Mercure en prison sous l'ordre de Mars ? Nous savons qui est Mercure ; du moins savons-nous qu'il y a au moins deux Mercure dans l'oeuvre : celui qui correspond au Mercure philosophique et sans lequel il n'y a pas d'alchimie possible ; le Soufre blanc qui correspond pour certains au Mercure des Philosophes, et qui désigne le christophore [[color=#000099]par cabale saint Christophe ou Offerus, cf. Tarot alchimique[/color]]. Voilà pour Mercure. Quest-ce que Mars ? L'agitation, la puissance en acte. Mais est-ce le véritable Mars ? N'y aurait-il pas là « erreur de calendrier » ? C'est-à-dire confusion entre l'ArhV des Grecs et le Mars des Romains ? C'est que le Mars des Sabins et des Osques, loin d'être un dieu de destruction, protégeait au contraire la végétation et assurait son épanouissement. Il est curieux d'observer un parallèle évident entre les correspondances antiques d'Athéna et de Mars, tous deux porteurs de vie, alors qu'une tradition plus tardive, les fait porteurs de destruction. Ce n'est pas la première fois que nous observons de telles dérives. Il en est de même pour Saturne, comparé à Cronos. Saturne, d'ailleurs, emprunte bien de ses traits à Bacchus. Nous sommes en mesure, à présent, de répondre à la question posée, si l'on envisage Mars dans son acception la plus ancienne, qui correspond à son pouvoir fécondant et non à son pouvoir destructeur... On pourrait dire la même chose du Ploutos grec opposé à Pluton, proche d'Hadès.
12. Cette allégorie rend compte du pouvoir dissolvant du Mercure. Notez que la façon qu'a Maier de s'exprimer est typique des chimistes de l'époque de Stahl. Le Mercure est appelé d'ailleurs eau pontique [[color=#000099]de punctus, qui pique[/color]].
13. in Turba, Bibliotheca chemica curiosa, I, p. 490, sententia LV. Morfoleus emprunte son discours, là encore, à la ronde des éléments. Notez les relations au corps d'air et à l'esprit fugitif.
14. in Turba, Bibliotheca chemica curiosa, I, p. 492, sententia LXVII. La relation à la pierre blanche, étoilée [marmaroV, stilbeo] a été expliquée dans bien des pages du site. Recherchez ce que nous disons sur la pierre de Jésus ou pierre du Levant.
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 22:05 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant

Arborem cum sene conclude in rorida domo, & comedens de fructu ejus fiet juvenis.
(Enfermez l'arbre et le vieillard dans une maison pleine de rosée ;
ayant mangé du fruit de l’arbre, il se transformera en jeune homme1.)

Epigramma IX.
Dans le jardin des sages est un arbre aux fruits d’or.
Prends-le avec notre vieillard2; enferme-les
En une maison de verre humide de rosée3.
Puis laisse-les tous deux, unis, de nombreux jours4 :
Du fruit de l’arbre alors il se repaît (merveille !)
Pour être transformé, lui, vieillard, en jeune homme5.
DISCOURS IX.
Tous les êtres qui croissent en longueur, en largeur et en profondeur, c’est-à-dire qui naissent, sont nourris et augmentent, parviennent à leur point de perfection et se propagent ; ces mêmes êtres décroissent, c’est-à-dire diminuent de force, meurent et sont entièrement détruits, comme on peut le voir dans tous les végétaux et les animaux. C’est pourquoi l’homme aussi, lorsqu’il est parvenu au plus haut degré d’augmentation, connaît la décroissance, c’est-à-dire la vieillesse, par laquelle il diminue progressivement de vigueur jusqu’au point où survient la mort. La cause de la vieillesse est celle-là même qui fait qu’une lampe dont l’huile est presque épuisée s’affaiblit et luit d’une façon obscure. La lampe comprend trois éléments : la mèche, la substance grasse et la flamme6 ; de même dans l’homme la mèche est constituée par les organes vitaux, les viscères et les membres ; la substance grasse est l’humide radical ; la flamme est la chaleur native. La seule différence réside en ce que la flamme de la lampe est lumineuse, mais que la chaleur native ne l’est en aucune manière, car elle n’est pas feu mais seulement chaleur, et que la graisse est huileuse et l’humide radical visqueux, car il provient du principe séminal. De même aussi que la lampe s’éteint par manque d’huile, ainsi l’homme, par l’effet de la vieillesse et sans autre maladie, tombe dans le marasme, la déchéance sénile et, finalement, dans la mort7.
On rapporte que l’aigle, embarrassé par son bec recourbé, mourrait de faim si la nature ne lui ôtait ce bec et ne lui rendait, en quelque sorte, la jeunesse. Ainsi les cerfs paraissent rajeunir en déposant leurs cornes, les serpents en quittant leur peau ou dépouille, les crabes leur carapace. Mais telle n’est pas la réalité, car l’humide radical consumé ne leur est pas restitué et ce n’est qu’une apparence. Quant à l’homme, il n’est rien qui le fasse rajeunir, si ce n’est la mort elle-même et le commencement de la vie éternelle qui lui fait suite8. En ce qui concerne la forme extérieure et la restauration des forces d’une manière quelconque, la disparition des rides et des cheveux blancs, il en est pour affirmer qu’un remède est trouvé :
Lulle l’affirme à propos de la quintessence et Arnaud à propos de l’or préparé9.
Ici les philosophes déclarent que le vieillard doit, pour devenir un jeune homme, être enfermé avec un certain arbre dans une maison remplie de rosée, qu’il doit alors manger du fruit de l’arbre et qu’il recouvrera ainsi la jeunesse. Le vulgaire a peine à croire qu’il existe de nos jours de tels arbres dans la nature. Les médecins écrivent des choses merveilleuses sur les myrobalans10, fruits provenant d’un arbre, et leur attribuent des effets semblables, prétendant qu’ils font disparaître les cheveux blancs, purifient le sang, prolongent la vie. Mais ceci est mis en doute par beaucoup de gens, à moins qu’on ne dise qu’ils produisent ces effets par accident, comme d’autres substances qui purgent la masse du sang des souillures qui y sont mélangées et donnent à la chevelure blanche la teinte noire dont les myrobalans colorent, dit-on, les cheveux blancs et la pupille de l’œil. Marsile Ficin écrit, au Livre sur la conservation de la vie des hommes d’étude, qu’il est utile, pour atteindre un âge avancé, de sucer tous les jours le lait d’une certaine femme belle et jeune11 ; d’autres vantent, à la place, la chair de vipère prise comme aliment. Mais en vérité ces remèdes sont plus rudes que la vieillesse elle-même et doivent être à peine utilisés à la dose d’un millième, même s’ils n’étaient pas dénués d’un effet très assuré. Paracelse écrit, au Livre de la Longue Vie, qu’un malade peut, par la seule imagination, attirer à lui la santé d’un autre, un vieillard la jeunesse d’un autre, mais cet auteur paraît avoir utilisé là sa seule imagination et non l’expérience. Il n’y a pas de doute à propos des Psylles à la pupille double et des striges qui fascinent par leur seul regard, d’où ce vers de Virgile :
" Je ne sais quel œil fascine mes tendres agneaux. "
Mais ces choses se produisent sans le contact grâce auquel l’arbre rend la jeunesse au vieillard. Cet arbre en effet possède des fruits pleins de douceur, mûrs et rouges qui se transforment aisément dans le sang le plus parfait, car ils sont faciles à digérer, fournissent une excellente nourriture et ne laissent dans le corps rien de superflu ni aucun déchet12. Le vieillard abonde en phlegme blanc, il est de couleur blanche, ainsi que sa chevelure. Humeur, couleur et cheveux changent lorsqu’il mange de ces fruits et deviennent rouges, comme chez les jeunes gens. C’est pourquoi les philosophes disent que la Pierre est d’abord un vieillard c’est-à-dire de couleur blanche, puis un jeune homme, c’est-à-dire rouge, car cette dernière couleur est celle de la jeunesse et la première celle de la vieillesse13.
On ajoute que le vieillard doit être enfermé avec l’arbre, non à ciel ouvert, mais dans une maison qui n’est pas sèche, mais humide de rosée. On tient pour prodigieux que des arbres naissent ou se développent dans un lieu clos ; cependant, si ce lieu est humide, il ne fait pas de doute qu’ils dureront longtemps. L’arbre en effet a pour nourriture une humeur et une terre aériennes, c’est-à-dire grasses, capables de monter dans le tronc et dans les branches et d’y produire des feuilles, des fleurs et des fruits. Tous les éléments concourent à cette œuvre naturelle. Le feu donne en effet le premier mouvement, en tant qu’agent efficient, l’air, la subtilité et le pouvoir de pénétration, l’eau la consistance mobile et glissante, et la terre, la coagulation. Car l’air redevient eau et l’eau redevient terre si une quantité superflue de ces éléments était montée14. Par le feu j’entends la chaleur native qui, propagée avec la semence, fabrique et forme, à la façon d’un artisan, des fruits semblables à ceux dont provient la semence, par la puissance des astres. Non seulement l’évaporation de la rosée sert à humecter l’arbre pour qu’il puisse produire des fruits, mais elle sert également au vieillard, pour que, grâce à ces fruits, il puisse rajeunir15 ; en effet, la chaleur et l’humidité tempérées amollissent, remplissent et restaurent la peau rugueuse et sèche. Les médecins, en effet, ordonnent et prescrivent très utilement les bains tièdes dans le marasme et la déchéance séniles. Si l’on considère bien les choses, cet arbre est la fille du vieillard qui, comme Daphné16, a été changée en un végétal de cette sorte ; c’est pourquoi le vieillard peut à bon droit espérer d’obtenir la jeunesse de celle dont il a causé l’existence.



Notes
1. L'emblème IX est d'une grande importance dans cette série de l'Atalante fugitive. M. Maier - ou l'artiste qui a écrit le texte se rapportant à ces emblèmes - a fait merveille dans l'art du raccourci et de la synthèse. On ne saurait mieux, en effet, résumer en deux phrases tout - ou presque tout - du 3ème oeuvre. Car cet emblème se rapporte à la Grande Coction. Ce temple n'est rien d'autre que l'athanor. Ce roi, ce vieux roi, que l'on voit manger les fruits est le Mercurius senex de Jung. Et l'arbre qui porte les fruits n'est autre que l'arbre de vie, l'arbre solaire [[color=#000099]cf. Fontenay, Matière -[/color]]. La maison pleine de rosée est le véritable vase de nature ; celui avec lequel on officie par la voie sèche. L'acte de « manger un fruit » se rapporte à la dissolution des Soufres dans le Mercure, d'où naît la Pierre, assimilée au jeune homme. On trouve une semblable allégorie, moins efficace, dans le De Lapide philosophorum de Lambsprinck.

FIGURE I
(la maison de rosée - façade extérieure de l'Hôtel Lallemant, Bourges - cliché Alain Mauranne)

2. L'épigramme n'est que la paraphrase du chapeau introductif. Le jardin des sages est celui que garde un dragon dont le nom est Ladon ; celui-là même qui fut vaincu par Hercule [[color=#000099]plus de 25 occurrences ; recherche[/color]] : c'est le jardin des Hespérides [[b]1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8[/b]]. L'arbre aux fruits d'or, c'est l'arbre de vie. Voyez la section Fontenay, chapitre sur l'église Notre-Dame. Le vieillard est le Mercure sous son premier aspect : le Mercure commun - qu'il ne faut pas confondre avec le vif-argent vulgaire -. Le nom de ce Mercure est donné dans la section Fontenay.
3. Admirable phrase, qui unit la précision à la poésie. Les alchimistes ont toujours joué sur les mots, et certains d'ailleurs ont usé et abusé de cabale...Lorsqu'ils disent que la maison est de verre, ils veulent signifier par là que la maison a la consistance du verre sous une certaine forme, dans le creuset. C'est ce qu'indique, du reste, le triangle de feu qui se situe au-dessus du portique. Mais il faut distinguer le contenu du contenant, et c'est là où les artistes se sont montrés astucieux - comme l'a montré Fulcanelli - en jouant sur l'assonance entre « verre », « verd » et « vert ». ils ont pu ainsi introduire un élément fondamental du bestiaire hermétique : le Lion [[color=#000099]cf. Atalanta XLIV[/color]]. D'où est venue la subtile distinction entre le lion vert et le lion rouge, où la couleur permet aussi de distinguer le temps de l'oeuvre - le lion vert étant le Mercure commun ; le lion rouge étant le double Mercure [[color=#000099]cf. Atalanta, XLIX[/color]] . Voilà pour l'aspect du contenant. Quant au contenu, ils lui ont donné l'épithète de « rosée de mai », dont nous avons tant parlé ailleurs. Certains, sûrs de leur fait, ont pensé trouver la véritable rosée en recueillant celle des prés, ce que semblait suggérer la planche 4 du Mutus Liber.
4. En somme, nous retenons deux secrets dans l'oeuvre, qui ont fait l'objet de l'un des chapitres de la section Mercure. Ces secrets rejoignent le labyrinthe hermétique : le 1er est le moyen d'arriver jusqu'à la chambre centrale, l'omphalos en quelque sorte. Le 2ème est le moyen de sortir de ce labyrinthe, c'est-à-dire de pouvoir capter l'escarboucle des Sages. Le nombre de jours hermétiques que dure la Grande Coction est la route qui conduit à la chambre ; la gradation canonique de la température - par degrés descendants - est le moyen d'en sortir. Il n'y a, en toute virtualité, pas d'autre secret dans l'oeuvre d'Hermès [[color=#000099]allusion à l'Oeuvre secret d'Hermès de Jean d'Espagnet, texte dont s'est de toute évidence inspiré Philalèthe dans son Entrée Ouverte au Palais Fermé du Roi[/color]].
5. Cette transformation est délicate à transcrire en des termes simples. Partons du principe que le Mercure commun est le Lion vert. Lors de l'introduction des Soufres, après la phase de putréfaction - l'oeuvre au noir - vient le début de la réincrudation. La cristallisation ne tardera pas à apparaître -cf. Ebelmen - La matière a changé d'état et le vieillard [[color=#000099]49 occurrences - recherche[/color]] s'est transformé en jeune homme.

FIGURE II
(combat des lions - détail de porte du château de la Court d'Aron - cliché Alain Mauranne)

En ce suggestif panneau, nous pouvons voir les deux lions entourés, ou plutôt circonscrits par les hiéroglyphes losangiques qui consacrent l'eau ignée ou feu aqueux.
6. Voyez sur le sujet le feu de lampe dans le Filet d'Ariadne de Batsdorff. Il y a identité quasi-exacte entre les trois éléments de la bougie [[color=#000099]mêche, substance grasse, flamme[/color]] et les éléments du Compost.
7. La susbtance grasse est assimilée à l'humide radical : il s'agit de chaux métalliques dissoutes dans le Mercure. Ces chaux peuvent d'ailleurs être introduites sous la forme de sulfates [[color=#000099]pensez ici à l'assonance [/color]qeion - qeioV]. La flamme représente la chaleur élémentaire et la mêche est le Mercure.
8. cf. l'idée alchimique, V - Atlas, planche 2 - pour saisir la subtilité du raisonnement de Maier. Tout ici a trait à l'âme, c'est-à-dire en langage hermétique, au Soufre -
9. pour Lulle, voir recherche [[color=#000099]61 occurrences et Clavicule - Elucidation[/color]] ; pour Villeneuve [[color=#000099]42 occurrences : Semita semitae[/color]]
10. Fulcanelli dit ceci, dans les DM, II :
"La graine d'Halalidge et le Myrobolan sont identiques à la figue, au fruit du palmier dattier, à l'oeuf du phénix qui est notre oeuf philosophique."
Que le lecteur relise ce que nous disons du palmier et du phénix dans la section des Blasons alchimiques et dans le commentaire du Verbum dimissum [[color=#000099]note 67[/color]] : il comprendra aisément l'allusion. Nous ajouterons que le myrobolan [[color=#000099]myrobalanum[/color]] s'écrit, en grec, murobalanoV. En décomposant, on trouve muron [[color=#000099]parfum[/color]] et balanoV dont l'une des acceptions est le gland, fruit du chêne. Il n'est pas difficile alors, de saisir le trait de cabale qui se cache sous la fable du myrobolan, si l'on sait ce que représente le chêne dans la symbolique alchimique. Quant au fruit du myrobolan, il est légèrement purgatif et astringent. Ces arbres sont originaires de l'Inde et les Arabes les ont introduits dans la médecine; ils appartiennent à deux genres de plantes différents et sont inusités aujourd'hui.
11. allusion au Lait de vierge [[b]dernières occurrences : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10[/b]], symbole particulièrement complexe.
12. Il s'agit du Soufre rouge. L'allusion correspond à la naissance du BasileuV.
13. Au vieillard correspond la couleur blanche. Il y a là une subtilité : c'est que le vieillard, ou Mercurius senex, est supposé être le Mercure dans son état premier. Or, la couleur blanche apparaît dans l'oeuvre, à un stade plus tardif - elle correspond au régime de la Lune, qui succède ou qui chevauche, plutôt, le régime de Jupiter.
14. Nous retrouvons la ronde des éléments du Timée. sur ce sujet, quelques remarques :
 - remarque 1 : le feu est, des quatre éléments, le seul à être destructeur en puissance. On peut nager dans l'eau, marcher sur la terre. L'air nous entoure et est nécessaire à la vie. En revanche, on ne peut vivre dans le feu, dont le caractère est d'être d'ailleurs assez fugitif, ce qui le rend proche de l'un des caractères propres au Mercure, de même qu'à Atalante. Pour autant, le feu est indispensable à la vie, mais il faut en être séparé par un tiers-agent, tel que l'air ou l'eau ;
- remarque 2 : la terre, des quatre éléments, est le seul qui ne puisse se transformer en l'un des trois autres. Mais l'air, l'eau et le feu peuvent être unis, assemblés par des relations d'équivalence, eu égard au système des triangles scalènes ;
- remarque 3 : on n'a pas toujours tenu compte des rapports existant entre le van et la distribution des quatre éléments. Platon nous dit, pourtant, qu'ils sont vannés sous l'action de cribles par le démiurge. Or, le van est un objet tressé qui n'est pas sans rapport avec ce qu'évoque Fulcanelli dans sa trilogie. Ce van mystique sert à séparer les éléments lourds d'un côté des autres éléments plus légers, de l'autre côté. ainsi y a-t-il un rapport de cabale, important, entre le van, le crible et le Mercure.
- remarque 4 : le verre, qui joue un si grand rôle dans l'oeuvre est fait d'une matière solide [[color=#000099]terre[/color]], produite par l'artiste au moyen d'un feu liquide. Il est transparent, caractères propres à l'eau pure et à l'air. Le verre tient donc en lui des quatre éléments. La remarque 4 s'applique particulièrement bien à ce qu'écrit Maier, s'agissant d'un cristal.

FIGURE III
(les Quatre Eléments idéalisés - église de Porrentruy)

Comment ne pas deviner, en cette magnifique vison, les Quatre Eléments ? A gauche, le Soleil qui représente le FEU ; à droite, la Lune qui est le signe de l'EAU ; en haut, l'évêque sanctificateur, marque de l'Esprit, c'est-à-dire du ciel [[color=#000099]Air[/color]]. Et en bas, en cette Vierge, la Terre-mère.
15. par là s'affirme le caractère « promoteur » de la rosée de mai, qui joue le rôle d'un catalyseur, en déclenchant le processus d'accrétion des Soufres, c'est-à-dire la coagulation progressive de l'eau mercurielle.
16. Daphné : on sait que cette déesse parvint à échapper à l'ardeur d'Apollon en se changeant en laurier qui, depuis, est devenu l'arbre préféré des dieux. Symbole d'immortalité, le laurier symbolise le caractère permanent que doit avoir l'eau des sages.
 
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MessagePosté le: Jeu 24 Jan - 22:08 (2008)    Sujet du message: ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA Répondre en citant

Da ignem igni, Mercurium Mercurio, et sufficit tibi.
(Donne du feu au feu, du mercure à Mercure, et cela te suffit1.)

Epigramma X.
A cette chaîne qui l’assemble
La machine du monde est pendue tout entière :
Le semblable toujours réjouit son semblable2.
Ainsi le feu au feu et Mercure à Mercure
S’unissent : de ton art vois ici la limite.
Vulcain pousse Mercure ; mais cet Hermès ailé
Te dégage, ô Cynthie3, qui libère Apollon.
DISCOURS X.
Cette sentence, si on la prend au sens littéral prescrit seulement la quantité de feu et de Mercure et non l’introduction dans le sujet de quelque qualité nouvelle. En effet tout semblable ajouté à son semblable renforce sa similitude. C’est pourquoi les médecins affirment que les contraires portent remède à leurs contraires et que ceux-ci sont chassés par ceux-là ; ainsi nous voyons que le feu est éteint par l’eau et attisé par le feu qu’on lui ajoute. Le poète pense de même quand il dit :
" Et Vénus dans les vins et le feu dans le feu exercent leur fureur. "
Mais il faut répondre que feu et feu, Mercure et Mercure diffèrent grandement entre eux. Il existe en effet chez les philosophes de nombreuses sortes de feux comme de mercures4. De plus la même chaleur et le même froid, dès que leur lieu et leur siège diffèrent, se distinguent de qualités du même genre. Nous voyons par exemple que la chaleur du feu appliquée à un membre est attirée et ôtée par une chaleur semblable, et que les membres engourdis et presque réduits à l’état de mort par le froid de l’hiver sont restaurés si on les plonge dans l’eau froide, sans que l’on ajoute immédiatement une chaleur externe. De même qu’une lumière plus vive en obscurcit une autre moins intense, une chaleur ou un froid plus violents atténuent une chaleur, un froid plus modérés. Il importe toutefois que la chaleur et le froid externes soient moins grands que ceux dont les membres ou les articulations étaient affectés auparavant, sinon l’impression provoquée serait identique à celle qui existait auparavant et le semblable serait augmenté bien plutôt qu’extrait par son semblable. En effet l’attraction du froid par l’eau froide et de la chaleur ignée par la chaleur convient à la nature, étant donné que tout changement soudain d’une qualité en son contraire est dangereux pour elle et qu’elle l’accueille moins volontiers, tandis qu’elle tolère celui qui se fait peu à peu et comme par degrés. Nous affirmons qu’autre est le feu interne, principe essentiel qui existe fixé déjà au préalable dans le sujet philosophique, et autre le feu externe. Il faut en dire autant du Mercure5. Ce feu interne l’est d’une façon équivoque à cause de ses qualités ignées, de ses vertus et de ses opérations, et le feu externe l’est d’une manière univoque. Il faut donc donner le feu externe au feu interne et, de la même manière, Mercure à Mercure pour que le dessein de l’art se réalise.
Pour amollir ou mûrir par la cuisson tout ce qui est dur et cru, nous utilisons le feu et l'eau. L’eau dissout la dureté et pénètre dans les parties compactes, la chaleur lui ajoute la force et le mouvement. Cela se voit, par exemple, dans la cuisson des petits pois : par eux-mêmes ils sont durs et compacts, mais l’eau les fait gonfler, les brise et les réduit en purée, car la chaleur du feu raréfie l’eau par l’ébullition et la transforme en une substance plus ténue et presque aérienne. Ainsi la chaleur du feu résout en eau les parties crues des fruits ou des viandes et les fait s’évanouir dans l’air avec cette eau. De la même manière le feu et le mercure sont ici le feu et l’eau ; et eux-mêmes sont les parties mûres et les parties crues ; celles-là doivent être mûries par la cuisson, celles-ci doivent être purgées de leurs superfluités par le ministère du feu et de l’eau6.
Nous démontrerons brièvement ici que ces deux feux et ces deux mercures sont avant toutes choses et seuls nécessaires à l’art. Empédocle7 a posé deux principes de toutes choses : la discorde et l’amitié. La discorde provoque les corruptions, l’amitié les générations. On aperçoit clairement une discorde du même genre entre l’eau et le feu, puisque le feu fait s’évaporer l’eau et qu’inversement l’eau, si on l’ajoute au feu, l’éteint8. Cependant il est manifeste que les mêmes éléments engendrent grâce à une certaine amitié, car, sous l’effet de la chaleur, il se produit, à partir de l’eau, une génération nouvelle d’air et aussi un durcissement de l’eau en pierre. Ainsi ces deux éléments, en quelque sorte primitifs, donnent naissance aux deux autres et entraînent, par conséquent, la production de toutes choses. L’eau fut la matière du ciel et de tous les êtres corporels9. Le feu, en tant que forme, meut et informe cette matière. Ainsi l’eau ou mercure fournit ici la matière, et le feu ou soufre, la forme10. Pour que ces deux éléments parviennent à opérer et qu’ils se meuvent mutuellement en dissolvant, en coagulant, en altérant, en colorant et en rendant parfait, il a fallu avoir recours à des adjuvants externes, sans lesquels il n’y aurait pas d’effet produit11. Car de même que l’artisan ne fait rien sans marteau12 et sans feu13, le philosophe est, lui aussi, impuissant s’il n’a pas ses instruments, qui sont l’eau et le feu. Et cette eau est appelée par certains eau de nuées, comme ce feu est dit occasionné. L’eau de nuées est sans aucun doute ainsi appelée parce qu’elle tombe goutte à goutte, comme la rosée de mai, et qu’elle se compose de parties extrêmement ténues. Comme la rosée de ce mois enfermée dans une coquille d’œuf élève, dit-on, dans l’air, l’œuf ou ce qui le contient, cette eau de nuées ou rosée fait de même monter l’œuf des philosophes, c’est-à-dire qu’elle le sublime, l’exalte, le parfait14. Cette eau est également un vinaigre très aigre qui fait du corps un pur esprit15. Car de même que le vinaigre possède des qualités diverses, pénètre profondément et resserre, ainsi cette eau dissout et coagule, mais n’est pas coagulée, car elle n’appartient pas en propre au sujet16. Cette eau a été rapportée de la fontaine du Parnasse qui, contrairement à la nature des autres fontaines, naît au sommet d’une montagne, créée par le sabot de Pégase, cheval volant17. Il faut en outre la présence du feu actuel qui doit cependant être modéré par ses degrés, comme par des freins18. Il faut en effet imiter ici le Soleil qui, passant du Bélier au Lion, augmente peu à peu sa chaleur pendant que les êtres croissent, et se rapproche de plus en plus19. En effet, l’enfant des philosophes doit être nourri de feu comme de lait et toujours plus abondamment à mesure qu’il grandit20.



Notes
1. Voila un emblème sibyllin. L'image montre deux Mercure. Cette scène fait penser à la Clef II de Basile Valentin [[b]Douze Clefs[/b]] où l'on voit un Hermès entouré de deux soldats ou qui se prennent pour tels. La Clef II est consacrée au double Mercure (1,2,3,4,5,6,7,8,9,10,11,12,13,14,15,16,17,18,19,20,21,22,23,24,25,26,27,28,29,30,31,32). Le Mercure assis est-il signe qu'il lui faut attendre que le feu ait été bien agencé avant de pouvoir opérer ?
2. Tous les grands Philosophes chymiques n'ont eu que cette pensée : faire en sorte que nature se réjouisse de nature. En sorte que l'on peut croire qu'ils ont voulu imiter la nature. Quand on sait quelles sont les oeuvres de la nature, on comprend pourquoi Hermès naquit dans une caverne. Lorsqu'Apollon y pénétra, il découvrit maints trésors dans ses anfractuosités - notre Artiste ne pourra en découvrir que dans des géodes -. Quoi qu'il en soit, Apollon découvrit de l'or, de l'argent, etc. On chercherait en vain le lieu de cette caverne, car celles assignées au dieu étaient nombreuses [cf. le lieu où Appolionios découvrit la Tab. Smarag.]
3. il s'agit de Diane, autrement nommée Diane Ortygienne, Diane Laphyrée, Diane Ephesienne, Pergeane, Scythienne, Ecbatane, Alpheonienne, Mynthiade, Ilithie, Lucine, Latonienne, Cynthie, Artemis, Dictine...C'est à l'Artiste qu'il échoit de réveiller Diane [67 occurrences].
4. Il y a trois Mercure dans l'oeuvre. Le Mercure des Philosophes qui correspond au principe Sel de Paracelse ou à l'Arsenic de Geber. C'est le Corps de la Pierre ; puis il y a le Mercure commun ou 1er Mercure que l'on peut préparer avec le Sel à partir d'une substance que vous trouverez nommée dans la section Fontenay. Enfin, on trouve le Mercure philosophique ou second Mercure qui est celui de la Grande coction.
5. cette question du feu interne a été finement analysée par Batsdorff dans son Filet d'Ariadne et par D'Espagnet dans son Oeuvre Secret d'Hermès.

FIGURE I
(Saint-Michel en l'Herm - l'archange saint Michel et le dragon - parabole sur le feu secret -
cliché Alain Mauranne)

La figure I nous montre un superbe archange Gabriel. Un peu d'histoire : L'abbaye qui abrite ce saint fut fondée en 682 par des moines venus d'Hiero (Noirmoutier). Après une belle extension qui se manifeste par La création de nombreux prieurés, dont celui de Luçon, l'abbaye subit les ravages perpétrés par les Vikings qui, une fois Luçon Prise, forcèrent l'abbaye en 877. Le monastère devint alors leur repaire pendant de longues années. Pourtant, au Xe siècle, les moines reviennent à Sainl-Michel-en-l'Herm. L'évêque de Limoges, Elbes, frère du duc d'Aquitaine Guithen Ier, s'y retire, y meurt et y est
enterré en 990. Après un premier repeuplement mené par le vicomte de Thouard qui y fait construire une première église, l'abbaye passe à d'autres moines venus de Luçon et connait une restauration et un agrandissement de son abbatiale que le feu va malheureusement détruire en 1049. Une nouvelle fois reconstruite, Saint-Michel-en-l'Herm s'enrichit, participe à l'asséchement des marais et cesse d'être une île, tout en passant sous la domination des Mauléon, dont l'un des plus importants, Savary, y séjourne et s'y fait enterrer. Après le pillage subi en 1452 pendant la Guerre de Cent Ans, l'abbaye voit au siècle suivant se déchaîner les violences des Protestants qui seront sans pitié et massacreront près de quatre cents personnes.En 1589, de nouveau les moines se réinstallent, mais l'abbaye est dans un état lamentable. A la mort de Mazarin, le dernier abbé cornmendataire, commence une campagne de reconstruction : l'architecte Toscane élève le logis des moines, celui de l'abbé et le réfectoire. Une nouvelle église est construite de 1728 à 1740, qui sera jetée à bas en 1790 par la Révolution alors qu'il n'y avait plus que sept moines à Saint-Michel.
6. Nous ne reviendrons pas sur ce point précis pour l'avoir analysé déjà plusieurs fois. Retenons avant tout que le Mercure est un fondant alcalin qui permet de dissoudre ce que les chimistes, avant Lavoisier, appelaient les chaux métalliques.
7. Les jeux de l'Amour et de la Haine. Tel est le spectacle spirituel que donne à voir Empédocle. C'est lui qui se précipita dans le cratère de l'Etna qui n'aurait rejeté que ses sandales de bronze [est-ce un rapport à l'Airain hermétique ?]. C'est lui aussi qui a posé en principe la transmutation des Eléments [voir section Cristallogénie]. De sa philosophie, l'étudiant en alchimie retiendra qu'entre l'amour et la haine, il y a un tiers milieu qui a nom la concorde et où domine l'harmonie. Empédocle en vient à décrire des éléments en tant qu'états intermédiaires, métastables en quelque sorte, des « champignons » qui nous rappellent quelque sel que les Philosophes se sont soigneusement réservés ;
8. Nous avons toutefois rencontré des exceptions remarquables à la règle. D'autant plus remarquables qu'au moins deux d'entre elles s'inscrivent dans le cadre du Grand oeuvre [voir Atalanta, VII]. Ce qui définit la relation de l'EAU au FEU n'est rien qu'une différence. Dans le premier cas, nous devons retrancher l'AIR du FEU ; dans le second cas, retrancher la TERRE de l'EAU [cf.