Reconstitution en 3D de l'Acropole dans son état à l'époque de Périclès (Ve siècle av.J.-C.) LE TEMOIGNAGE DES AUTEURS GRECS L'humanité est de nature rebelle; c'est ce que l'on peut lire dans les prenuers chapitres de la Genèse, qui racontent comment nos premiers ancêtres désobéirent à Dieu et mangèrent le fruit défendu. Il y a plus de vérité profonde dans de tels mythes que dans plus d'un tome de vera historia.
De nos jours encore, nous sommes rebelles mais, contrairement à Adam et Eve, sans que cela débouche sur un résultat concret. Quand on les représente en train de désobéir, leur attitude a pour conséquence l'accession de l'esprit humain à la connaissance, élevant l'homme au-dessus de la condition animale et lui léguant la soif de connaissance et les moyens de l'acquérir, qui étaient jusquelà une prérogative divine. Mais, depuis, la rébellion de la race humaine n'a souvent servi qu'à détruire. En tournant le dos à notre héritage culturel nous jetons aux quatre vents notre connaissance du passé, les fruits de l'expérience, et nous sommes désorientés. Il ne suffit pas de savoir où l'on va, encore fautil savoir d'où l'on vient et les raisons du voyage qui nous a amenés où nous sommes. A l'heure actuelle, il n'est que trop fréquent de voir les descendants des nations les plus civilisées laisser se perdre la culture venant de leurs ancêtres. La Chine communiste est en train de perdre rapidement son rôle de dépositaire de la grande tradition confucéenne. En Inde, les jeunes gens doués abordent des domaines tels que l'ingénierie, si bien que les vieux maîtres s'appauvrissent par manque d'élèves et que la grande tradition sanskrite est en train de s'éteindre. Les jeunes Arabes formés à l'université moderne ne sont plus attirés par le Coran et les classiques arabes, de sorte qu'il est fréquent de rencontrer des intellectuels arabes non familiarisés avec la littérature qui a fait la grandeur arabe. En Turquie la révolution de Mustapha Kernal, dans les années 20, mit fin à la transcription traditionnelle de la langue nationale en caractères arabes; ceux-ci furent remplacés par l'alphabet romain, de sorte que la langue subsiste, mais seuls les vieillards sont maintenant capables de lire les livres turcs imprimés avant 1928.
Le fait s'est déjà produit de nombreuses fois. A l'apogée de leur gloire, les Perses laissèrent des inscriptions royales dans leur propre langue, en caractères cunéiformes. Mais la continuité ethnique et linguistique ne suffit pas à maintenir vivace la connaissance de cette écriture antique. De nos jours les savants occidentaux ont dû déchiffrer les inscriptions en vieux perse grâce à des indices tirés d'autres formes de la langue perse et à des données factuelles conservées dans les classiques grecs, il en fut de même en Egypte. Il n'y a pas de discontinuité ethnique, et l'Eglise copte d'Egypte a réussi à conserver la langue égyptienne antique, mais dans une transcription qui dérive de l'alphabet grec. Aussi s'est-on trouvé en Egypte en présence d'une situation analogue à celle de la Perse ; personne n'était plus capable de lire les inscriptions de l'Antiquité qui célébraient les gloires d'un passé brillant, II fallut des indices provenant du copte et des littératures grecque et latine pour que les savants occidentaux déchiffrent les hiéroglyphes égyptiens".
Au lieu de nous cantonner dans le mépris, méditons sur la légèreté de notre propre communauté où le diplômé moyen ne connaît guère les classiques qui sont à la base de sa propre culture. Je ne fais point ici allusion seulement au latin, au grec et à l'hébreu mais même au contenu de ces littératures qui sont accessibles en traduction.
Rien ne saurait mieux décrire l'immensité de notre ignorance que l'expression « amnésie collective » : l'humanité tout entière oublie l'expérience de la race. Il n'y aurait jamais eu à écrire le présent ouvrage si l'humanité dans son ensemble n'avait oublié les principaux chapitres de son histoire. Si les témoignages manquaient, la matière appartiendrait au domaine de la spéculation non à celui de la reconstitution historique. Mais les témoignages dont nous disposons pour restituer l'histoire de l'Amérique ancienne sont du même ordre que ceux ayant servi pour la Perse, l'Egypte et autres civilisations oubliées : les témoignages classiques (hébreux, grecs et latins), auxquels s'ajoutent monuments et littératures déchiffrées des Egyptiens, Sumériens, AssyroBabylonieiis, Hittites, Perses, Ougarites, Cretois, Mycéniens, etc. Si nous avons oublié ce que les classiques nous apprennent sur l'Amérique ancienne, la faute n'en est pas imputable aux témoignages anciens mais bien à notre propre aveuglement obstiné qui nous a plongés dans l'amnésie collective; mais, par bonheur, l'ignorance est une maladie curable.
Bien qu'ils ne soient pas les plus anciens dont nous disposions, les témoignages grecs se trouvent être les meilleurs. Je commencerai par les références historiques directes avant d'examiner des sources littéraires différentes, qui peuvent contenir certaines vérités historiques mais qui sont entourées de mythes et de légendes. Ce qui est décrit comme historique n'est pas toujours vrai; il est donc nécessaire de procéder à une critique des sources et témoignages pour tenter d'en dégager les faits. En examinant maintenant les divers témoignages, nous devons garder présent à l'esprit le fait que les auteurs grecs ne se contentaient pas de copier les uns sur les autres; au contraire, comme le montre toute une série de textes, on avait, dans l'Antiquité, conscience de l'existence de contacts transatlantiques, conscience née de divers incidents, événements et traditions correspondant à différentes périodes.
Au iv* siècle avant J.-C. un auteur grec du nom de Théopompe mentionne un énorme « continent » extérieur à l'Ancien Monde, dont les habitants avaient un mode de vie des plus étranges ". II est exclu qu'il désigne les Açores, les Canaries, Madère ou les îles du Cap-Vert, car il considère les continents de l'Ancien Monde comme de simples « îles ». (Pour les anciens peuples de la Méditerranée le mot " île " voulait dire toute masse de terre accessible par la mer, même de vastes continents, comme il est naturel pour des marins qui, abordant un rivage, se trouvent dans l'impossibilité de dire s'ils ont débarqué sur une île ou un continent. Même Christophe Colomb était certain en abordant à Cuba qu'il s'agissait d'un continent !) Le peuple très étrange qui habitait l'immense pays mentionné par Théopompe conviendrait certainement mieux à l'Amérique qu'aux îles Britanniques ou à ce que nous connais- sons des Cassitérides (les îles d'étain), qui, suivant la description d'un auteur latin, Tufus Festus Avienus, étaient peuplées d'un « peuple entreprenant qui s'occupait de commerce" ».
II existe, en grec ancien, un recueil intitulé Des récits merveilleux faisant état de rumeurs incroyables et attribué à Aristote (iv* siècle avant J.-C.). Mais de nos jours, de nombreux érudits sont enclins à l'attribuer à l'école d'Aristote plutôt qu'au maître lui-même. La section 84 du recueil mentionne une < île » aux cours d'eau navigables et découverte par les Carthaginois, dont certains s'y établirent. Pour empêcher un exode qui aurait risqué de mettre en danger la prospérité de Carthage au profit de cette « île », le suffète (chef des Carthaginois) décréta la peine de mort pour ceux qui auraient l'intention de s'y rendre et fit exécuter tous ceux qui s'y étaient déjà rendus pour que le secret fût bien gardé ".
La mention de cours d'eau navigables est significative car à l'ouest de l'Afrique il n'y a pas de cours d'eau navigables avant d'arriver en Haïti, à Cuba et sur le continent américain.
Un récit plus détaillé de contacts transatlantiques se trouve dans la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile (i'" siècle avant J.-C.) ". La Sicile possédait d'importantes cités phéniciennes et nous savons par Flavius Josephe que les Phéniciens conservaient des archives volumineuses. De toute façon, les renseignements fournis par Diodore sont détaillés. Après avoir décrit les îles de la Méditerranée, Diodore (5, 19, 1-5) parle d'une grande «île» de l'océan située à de nombreux jours de navigation" à l'ouest des côtes africaines, très montagneuse mais agrémentée de belles plaines. Diodore précise qu'elle possède des cours d'eau navigables (particularité qui n'a pu manquer de frapper des marins). Ainsi que je l'ai déjà souligné, la seule terre importante située à l'ouest de l'Afrique et ayant des cours d'eau navigables est l'Amérique (y compris certaines grandes îles des Caraïbes). Diodore indique que la population de l' «île» possédait des maisons bien construites et des jardins bien irrigués. Si ce renseignement est exact, ces habitants de l'Amérique (à l'époque phénicienne) devaient avoir une civilisation et possédaient une architecture et une agriculture évoluées.
Diodore explique (5, 20, 1-4) qu'en raison de la distance la séparant du monde connu, cette île ne fut pas découverte avant que les Phéniciens n'y abordent par hasard. Groupe de reconstitution anglais "the hoplite reconstitution", cette photographie évoque très bien ce qu'auraient pu être des Grecs de l'époque classique, abordant sur les rivages du Continent Américain. A la différence des explorateurs plus récents, les Grecs privilégiaient la culture et la connaissance qu'ils pouvaient acquérir dans leurs explorations que l'exploitation commerciale. Si contact il y a eu avec les populations locales, elles durent être respectueuses de part et d'autre, voir un échange réel entre deux mondes, comme le sous entend des mythes andins concernant le "dieu banc barbu". « Les Phéniciens, depuis les temps les plus reculés, sillonnaient continuellement les mers pour les besoins du commerce; ils installèrent de nombreuses colonies dans toute l'Afrique ainsi qu'en Europe occidentale". Et comme leurs expéditions étaient couronnées de succès, ils amassèrent de grandes richesses et essayèrent de naviguer au-delà des Colonnes d'Hercule et de s'avancer dans ce "qu'on appelle l'océan. " Diodore narre ensuite la fondation de Cadix par les Phéniciens. « Les Phéniciens, donc, alors qu'ils exploraient la côte au delà des Colonnes (le détroit de Gibraltar) pour les raisons que nous avons exposées et alors qu'ils longeaient les rivages de Libye (Afrique), furent entraînés au loin sur l'océan par des vents violents. Après avoir été drossés de longs jours par la tempête, ils furent entraînés jusqu'au rivage de l'île que nous avons mentionnée précédemment, et ayant observé son harmonie et sa beauté, ils la firent connaître à tous les hommes. A la suite de quoi, les Tyrrhéniens (Etrusques), à l'époque où ils avaient la maîtrise des mers, décidèrent d'envoyer des colons sur cette île; mais les Carthaginois les en empêchèrent, par peur que l'excellence de l'île n'y attire de nombreux Carthaginois et afin d'avoir là un refuge pour le cas d'un imprévisible revers de fortune si jamais un désastre s'abattait sur Carthage. Car, dans leur idée, possédant la maîtrise de la mer, il leur serait possible d'émigrer, en emportant tous leurs biens, sur une île inconnue de leurs vainqueurs. » Une fois l'Atlantique ouvert à la navigation, la découverte de l'Amérique, à la suite d'un hasard ou d'un coup d'audace, devenait inévitable. Les vents et les courants sont tous favorables à la traversée de l'océan des côtes occidentales de l'Afrique jusqu'à l'Amérique.
Ce récit soulève de nombreux problèmes, notamment la contradiction apparente entre le fait que les Phéniciens aient d'abord annoncé leur découverte et qu'ils se soient par la suite efforcés de la garder secrète. En fait, il n'est pas rare que des renseignements déjà rendus publics soient ensuite considérés comme secrets; c'est là le processus habituel qui consiste à " faire le silence ". A chaque période de l'histoire, il y a toujours de nombreux faits bien connus qui sont systématiquement passés sous silence afin qu'on cesse d'en parler.
Si nous prenons pour argent comptant le récit de Diodore concernant cette « île », il ne peut s'agir que de la découverte de l'Amérique. Il est intéressant de noter comment des auteurs modernes, que rien ne prépare à cette conclusion, réagissent devant de telles preuves. Dans l'édition de Diodore de Sicile publiée par la Loeb Classical Library (vol. III, p. 145, note l), à propos de la description de l'île (5, 19), l'éditeur remarque : "Etant donné les couleurs idylliques sous lesquelles cette île de l'Atlantique est dépeinte, l'historien n'a plus à se soucier de l'identifier, même si certains auteurs y voient la plus grande île de l'archipel de Madère qui, toutefois, ne possède aucun cours d'eau navigable. » Si nous analysons cette note, nous voyons qu'à l'en croire, nous n'avons pas à nous préoccuper de la moindre identification géographique, les îles de l'Atlantique au large de l'Afrique ne remplissant pas la condition nécessaire : les cours d'eau navigables, Mais, plus loin, commentant un autre passage (5, 20) [p. 150, note l], le même éditeur se voit dans l'obligation de reconnaître : <; II n'y a, ~mble-t-il,, aucune raison de mettre en doute l'assertion selon laquelle des marins phéniciens auraient bel et bien dérivé à un moment donné jusqu'à certaines îles de l'Atlantique telles que Madère ou les Canaries.
Cf. R. Hennig, Historische Zeitschrift, 139 (1928), 9. » En d'autres termes, parce que l'autorité la plus éminente dans le domaine des découvertes faites dans l'Antiquité (Hennig) dit que des marins phéniciens ont dû à un moment ou à un autre être poussés par des tempêtes loin des rivages de l'Atlantique, nous ne saurions mettre en doute l'assertion de Diodore dans ce sens. Seulement, après nous avoir informés que nous n'avions pas à nous préoccuper d'identifier cette île, l'éditeur nous informe ensuite qu'il pourrait s'agir de Madère ou des Canaries, bien qu'elles soient exclues, faute d'avoir des cours d'eau navigables — comme il l'a reconnu plus haut. Ainsi, au prix d'une confusion totale et d'un illogisme remarquable, il refuse obstinément d'admettre que cette île ne peut se trouver nulle part ailleurs que dans l'hémisphère occidental, tout simplement parce que le sentiment de la respectabilité universitaire, tout au moins dans les milieux humanistes, excluait cette éventualité en 1939, année de publication de sa traduction.
Au IIe siècle de notre ère, Elien, auteur romain qui écrivit en grec, connaissait bien le Nouveau Monde décrit par Théopompe comme le seul « continent », car il était infini », tandis que l'Europe, l'Asie et l'Afrique n'étaient que des îles qu'entourait l'« océan » ".
Parmi les auteurs de l'Antiquité celui qui saisit le mieux le problème dans son ensemble fut Strabon (i" siècle avant et après J.-C.) ". 2 000 ans après, ses principaux arguments concernant la navigation extensive, au cours de ce que nous appelons le IIe millénaire avant J.-C,, restent valables. Dans sa Géographie (1, 3, 2), Strabon annonce qu'il ne traite pas des hommes et des époques qui n'ont pas laissé d'archives, mais de ceux au sujet desquels nous possédons des documents. A la lumière de ces derniers, « on démontrera que les anciens ont fait de plus longs voyages, sur terre et sur mer, que n'en ont fait leurs descendants ». Si on considère, fait-il remarquer, les exploits de héros antiques tels que Jason, les records maritimes n'étaient pas rares; qui plus est, Homère, premier des auteurs classiques, montre non seulement Ulysse mais aussi Ménélas entreprenant de longs voyages par mer, Strabon (l, l, 10) se rend bien compte qu'Homère a introduit des faits mythiques dans son récit historique et didactique », ce qui revient à dire qu'il faut procéder avec discernement pour dégager la vérité historique d'un texte littéraire (et tout particulièrement s'il s'agit de poésie). Il laisse entendre avec raison que dans le monde homérique les marins naviguaient aussi bien sur l'Atlantique que sur la Méditerranée et la mer Noire. Les aventures maritimes d'Ulysse, pour regagner lthaque après la guerre de Troie, n'appartiennent pas à l'histoire mais sont le reflet d'une période où la navigation dépassait de beaucoup la Méditerranée. Aussi Henriette Mertz at-elle entrepris, en se fondant sur des détails caractéristiques de l'épopée homérique, de situer le lieu de ses exploits maritimes, n'hésitant pas à localiser certaines scènes en Amérique". Page de présentation de la Géographie de Strabon dans son édition de 1620. Sans cesse, depuis l'Antiquité, ce livre a été étudié par les géographes de toutes les époques. Il s'agit d'un grand classique précieux par ce qu'il contient sur les connaissances du monde des Anciens. Il n'y a pas si longtemps, les érudits croyaient que la guerre de Troie n'était qu'une création poétique dénuée de fondement historique. Schliemann, grâce à sa foi dans l'historicité de l'Iliade, entraîna la la découverte archéologique de la Troie antique. (La guerre de Troie a eu lieu, le fait est patent, même si le récit d'Homère est enjolivé à l'extrême.) Pour qui accepte de comprendre ce que parler veut dire, Strabon (3, 2, 13) a raison d'affirmer qu'Homère : dans le cas de l'Odyssée comme dans celui de l'Iliade, a adapté les faits historiques aux besoins de la poésie et de l'invention mythique coutumière aux poètes ». Strabon (3, 2, 14) considère que les Phéniciens sont les informateurs d'Homère, qu'ils avaient occupé la majeure partie de l'lbérie et de la Libye, avant l'époque d'Homère, et qu'ils restèrent les maîtres de ces régions jusqu'à ce que les Romains détruisent leur empire ».
Selon Strabon (l, 3, 2,), « peu après la guerre de Troie, les Phéniciens explorèrent les régions situées au delà des Colonnes d'Hercule, où ils fondèrent des cités ainsi que dans la partie centrale de la côte libyenne ». La connaissance de l'océan entourant tous les continents alors connus est sous-jacente au concept homérique de géographie, et Strabon attribue cette connaissance aux marins de l'Antiquité, les Phéniciens par exemple.
Strabon (l, l, remarque, ce qui est intéressant, que « le monde habité est une île; car chaque fois que l'homme est parvenu à atteindre les limites de la terre, il a trouvé la mer, et c'est cette mer que nous appelons océan ». (Soulignons, pour mémoire, que ce passage met en évidence l'emploi du mot « île » en grec ancien pour désigner une terre de la taille d'un continent.)
Cette notion de la terre habitée baignée de toutes parts par l'océan est attribuée à Homère par Strabon (l, l, 3) car Homère < fait le soleil se lever de l'océan et se coucher dans l'océan; et il fait de même pour les étoiles ». En outre (l, l, 7), dans l'histoire des armes d'Achille, Homère place l'océan dans un cercle formant le bord du "Bouclier d'Achille" pour indiquer que la terre est entourée d'eau. Dans le même passage, Strabon donne d'autres preuves qu'Homère avait connaissance de l'océan, par exemple il mentionne les marées, caractéristiques des océans, mais beaucoup moins des mers intérieures comme la Méditerranée.
La navigation au long cours doit être antérieure aux Phéniciens si (comme les historiens le font souvent, implicitement ou explicitement) nous faisons remonter leur entrée dans l'histoire à 1200 avant J.-C. environ. De fait, les Minoens, qui dominèrent la Crète et la mer Egée à l'âge du bronze moyen (2000-1600 avant J.-C.) et dont la puissance déclina progressivement à la fin de l'âge du bronze (1600-1200 avant J.-C,), se rattachaient aux Phéniciens sur le plan linguistique" et en ce qui concerne leurs activités maritimes. Strabon (l, 3, 2) fait partie des auteurs grecs au courant de la thalassocratie de Minos. Le fait que les Minoens aient laissé aux Grecs de l'époque classique, qui avaient déjà appris à tirer profit de la mer et à naviguer, le souvenir de thalassocrates (maîtres de la mer) indique, comme Strabon le laisse entendre avec juste raison, la supériorité des Minoens sur les Grecs et les Romains, dans l'art de la navigation.
Le témoignage de Strabon peut être résumé de la façon suivante : antérieurement à la conception continentale du monde classique, existait une conception plus ancienne. Extrait de l'Amérique avant Colomb par le Pr. Cyrus H. Gordon (Brandeis University). Ed. Robert Laffont 1973 |