Les énigmes des civilisations andines, et par extension du Continent américain, archéologie, histoire, ethnologie, traditions, etc.


LES MYSTERES DES ANDES

 


 


 


 

 

 

 

 

 

 
 
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Adama
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Reconstitution en 3D de l'Acropole dans son état à l'époque de Périclès (Ve siècle av.J.-C.) 
 
 
LE TEMOIGNAGE DES AUTEURS GRECS 
 
  L'humanité est de nature rebelle; c'est ce que l'on peut lire dans les prenuers chapitres de la Genèse, qui racontent comment nos premiers ancêtres désobéirent à Dieu et mangèrent le fruit défendu. Il y a plus de vérité profonde dans de tels mythes que dans plus d'un tome de vera historia. 

  De nos jours encore, nous sommes rebelles mais, contrairement  à  Adam  et  Eve,  sans  que  cela débouche sur un résultat concret. Quand on les représente en train de désobéir, leur attitude a pour conséquence l'accession de l'esprit humain à la connaissance,  élevant  l'homme  au-dessus  de  la condition animale et lui léguant la soif de connaissance et les moyens de l'acquérir, qui étaient jusquelà une prérogative divine. Mais, depuis, la rébellion de la race humaine n'a souvent servi qu'à détruire. En tournant le dos à notre héritage culturel nous jetons aux quatre vents notre connaissance du passé, les fruits de l'expérience, et nous sommes désorientés. Il ne suffit pas de savoir où l'on va, encore fautil savoir d'où l'on vient et les raisons du voyage qui nous a amenés où nous sommes. 
 
  A l'heure actuelle, il n'est que trop fréquent de voir les descendants des nations les plus civilisées laisser se perdre la culture venant de leurs ancêtres. La Chine communiste est en train de perdre rapidement son rôle de dépositaire de la grande tradition confucéenne.  En  Inde,  les  jeunes  gens  doués abordent des domaines tels que l'ingénierie, si bien que les vieux maîtres s'appauvrissent par manque d'élèves et que la grande tradition sanskrite est en train de s'éteindre. Les jeunes Arabes formés à l'université moderne ne sont plus attirés par le Coran et les classiques arabes, de sorte qu'il est fréquent de rencontrer des intellectuels arabes non familiarisés avec la littérature qui a fait la grandeur arabe. En Turquie la révolution de Mustapha Kernal, dans les années 20, mit fin à la transcription traditionnelle de la langue nationale en caractères arabes;  ceux-ci furent remplacés par l'alphabet romain, de sorte que la langue  subsiste,  mais  seuls  les  vieillards  sont maintenant capables de lire les livres turcs imprimés avant 1928. 

 Le fait s'est déjà produit de nombreuses fois. A l'apogée de leur gloire, les Perses laissèrent des inscriptions royales dans leur propre langue, en caractères cunéiformes. Mais la continuité ethnique et linguistique ne suffit pas à maintenir vivace la connaissance de cette écriture antique. De nos jours les savants occidentaux ont dû déchiffrer les inscriptions en vieux perse grâce à des indices tirés d'autres formes de la langue perse et à des données factuelles conservées dans les classiques grecs, il  en  fut  de  même  en  Egypte.  Il  n'y  a  pas  de discontinuité ethnique, et l'Eglise copte d'Egypte a réussi  à conserver la langue égyptienne  antique, mais dans une transcription qui dérive de l'alphabet grec. Aussi s'est-on trouvé en Egypte en présence d'une situation analogue à celle de la Perse ; personne n'était plus capable de lire les inscriptions de l'Antiquité qui célébraient les gloires d'un passé brillant, II fallut des indices provenant du copte et des littératures grecque et latine pour que les savants occidentaux déchiffrent les hiéroglyphes égyptiens". 

 Au lieu de nous cantonner dans le mépris, méditons sur la légèreté de notre propre communauté où le diplômé moyen ne connaît guère les classiques qui sont à la base de sa propre culture. Je ne fais point ici allusion seulement au latin, au grec et à l'hébreu mais même au contenu de ces littératures qui sont accessibles en traduction. 

  Rien ne saurait mieux décrire l'immensité de notre ignorance que l'expression « amnésie collective » : l'humanité tout entière oublie l'expérience de la race. Il n'y aurait jamais eu à écrire le présent ouvrage si l'humanité dans son ensemble n'avait oublié les principaux chapitres de son histoire. Si les témoignages manquaient, la matière appartiendrait au domaine de la spéculation non à celui de la reconstitution historique. Mais les témoignages dont nous disposons pour restituer l'histoire de l'Amérique ancienne sont du même ordre que ceux ayant servi pour la Perse, l'Egypte et autres civilisations oubliées : les témoignages classiques (hébreux, grecs et latins), auxquels s'ajoutent monuments et littératures déchiffrées des Egyptiens, Sumériens, AssyroBabylonieiis, Hittites, Perses, Ougarites, Cretois, Mycéniens, etc. 
 
 Si nous avons oublié ce que les classiques nous apprennent sur l'Amérique ancienne, la faute n'en est  pas  imputable  aux  témoignages  anciens  mais bien à notre propre aveuglement obstiné qui nous a plongés dans l'amnésie collective; mais, par bonheur, l'ignorance est une maladie curable. 

  Bien qu'ils ne soient pas les plus anciens dont nous disposions, les témoignages grecs se trouvent être les meilleurs. Je commencerai par les références historiques directes avant d'examiner des sources littéraires différentes, qui peuvent contenir certaines vérités historiques mais qui sont entourées de mythes et de légendes. Ce qui est décrit comme historique n'est pas toujours vrai; il est donc nécessaire de procéder à une critique des sources et témoignages pour tenter d'en dégager les faits. En examinant maintenant les divers témoignages, nous devons garder présent à l'esprit le fait que les auteurs grecs ne se contentaient pas de copier les uns sur les autres; au contraire, comme le montre toute une série de textes,  on  avait,  dans  l'Antiquité,  conscience  de l'existence  de contacts transatlantiques,  conscience née de divers incidents, événements et traditions correspondant à différentes périodes. 

  Au iv* siècle avant J.-C. un auteur grec du nom de Théopompe mentionne un énorme « continent » extérieur  à  l'Ancien  Monde,  dont  les  habitants avaient un mode de vie des plus étranges ". II est exclu qu'il désigne les Açores, les Canaries, Madère ou les îles du Cap-Vert, car il considère les continents de l'Ancien Monde comme de simples « îles ». (Pour les anciens peuples de la Méditerranée le mot " île " voulait dire toute masse de terre accessible par la mer, même de vastes continents, comme il est naturel pour des marins qui, abordant un rivage, se trouvent  dans  l'impossibilité  de  dire  s'ils  ont débarqué sur une île ou un continent. Même Christophe Colomb était certain en abordant à Cuba qu'il s'agissait d'un continent !) 
 
 Le peuple très étrange qui habitait l'immense pays mentionné par Théopompe conviendrait  certainement  mieux  à  l'Amérique qu'aux îles Britanniques ou à ce que nous connais- 
sons des Cassitérides (les îles d'étain), qui, suivant la description d'un auteur latin, Tufus Festus Avienus, étaient peuplées  d'un  «  peuple  entreprenant  qui s'occupait de commerce" ».
  II  existe,  en  grec  ancien,  un  recueil  intitulé  Des récits merveilleux faisant état de rumeurs incroyables et attribué à Aristote (iv* siècle avant J.-C.). Mais de nos jours, de nombreux érudits sont enclins à l'attribuer à l'école d'Aristote plutôt qu'au maître lui-même. La section 84 du recueil mentionne une < île » aux cours d'eau navigables et découverte par les Carthaginois, dont certains s'y établirent. Pour empêcher un exode qui aurait risqué de mettre en danger la prospérité de Carthage au profit de cette  « île »,  le  suffète  (chef  des  Carthaginois) décréta la peine de mort pour ceux qui auraient l'intention de s'y rendre et fit exécuter tous ceux qui s'y étaient déjà rendus pour que le secret fût bien gardé ".
 

 La mention de cours d'eau navigables est significative car à l'ouest de l'Afrique il n'y a pas de cours d'eau navigables avant d'arriver en Haïti, à Cuba et sur le continent américain.
 
 
Un récit plus détaillé de contacts transatlantiques se trouve dans la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile (i'" siècle avant J.-C.) ". La Sicile possédait d'importantes cités phéniciennes et nous savons par Flavius Josephe que les Phéniciens conservaient des archives volumineuses.  
 
De toute façon, les renseignements  fournis  par  Diodore  sont  détaillés. Après avoir décrit les îles de la Méditerranée, Diodore (5, 19, 1-5) parle d'une grande «île» de l'océan située à de nombreux jours de navigation" à l'ouest des côtes africaines, très montagneuse mais agrémentée de belles plaines. Diodore précise qu'elle possède des cours d'eau navigables (particularité qui n'a pu manquer de frapper des marins).  
 
Ainsi que je l'ai déjà souligné, la seule terre importante située à l'ouest de l'Afrique et ayant des cours d'eau navigables est l'Amérique (y compris certaines grandes îles des Caraïbes). Diodore indique que la population de l' «île» possédait des maisons bien construites et des jardins bien irrigués. Si ce renseignement est exact, ces habitants de l'Amérique (à l'époque phénicienne) devaient avoir une civilisation et possédaient une  architecture et une agriculture évoluées. 

 Diodore explique (5, 20, 1-4) qu'en raison de la distance la séparant du monde connu, cette île ne fut pas  découverte  avant  que  les  Phéniciens  n'y abordent par hasard. 
 
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Groupe de reconstitution anglais "the hoplite reconstitution", cette photographie évoque très bien ce qu'auraient pu être des Grecs de l'époque classique, abordant sur les rivages du Continent Américain. A la différence des explorateurs plus récents, les Grecs privilégiaient la culture et la connaissance qu'ils pouvaient acquérir dans leurs explorations que l'exploitation commerciale. Si contact il y a eu avec les populations locales, elles durent être respectueuses de part et d'autre, voir un échange réel entre deux mondes, comme le sous entend des mythes andins concernant le "dieu banc barbu". 
 
 
« Les Phéniciens, depuis les temps les plus reculés, sillonnaient continuellement les mers pour les besoins du commerce; ils installèrent de nombreuses colonies dans toute l'Afrique ainsi qu'en Europe occidentale". Et comme leurs expéditions étaient couronnées de succès, ils amassèrent de grandes richesses et essayèrent de naviguer au-delà des Colonnes d'Hercule et de s'avancer dans ce  "qu'on appelle l'océan. "  
 
Diodore narre ensuite la fondation de Cadix par les Phéniciens. « Les Phéniciens, donc, alors qu'ils exploraient la côte au delà des Colonnes (le détroit de Gibraltar) pour les raisons que nous avons exposées et alors qu'ils longeaient les rivages de Libye (Afrique), furent entraînés au loin sur l'océan par des vents violents. Après avoir été drossés de longs jours par la tempête, ils furent entraînés jusqu'au rivage de l'île que nous avons mentionnée précédemment, et ayant observé son harmonie et sa beauté, ils la firent connaître à tous les hommes. 
 
 A la suite de quoi, les Tyrrhéniens (Etrusques), à l'époque où ils avaient la maîtrise des mers, décidèrent d'envoyer des colons sur cette île; mais les Carthaginois les en empêchèrent, par peur que l'excellence de l'île n'y attire de nombreux Carthaginois et afin d'avoir là un refuge pour le cas d'un imprévisible revers de fortune si jamais un désastre s'abattait sur Carthage. Car, dans leur idée, possédant la maîtrise de la mer, il leur serait possible d'émigrer, en emportant tous leurs biens, sur une île inconnue de leurs vainqueurs. » Une fois l'Atlantique ouvert à la navigation, la découverte de l'Amérique, à la suite d'un hasard ou d'un coup d'audace, devenait inévitable. Les vents et les courants sont tous favorables à la traversée de l'océan des côtes occidentales de l'Afrique jusqu'à l'Amérique. 

  Ce récit soulève de nombreux problèmes, notamment la contradiction apparente entre le fait que les Phéniciens aient d'abord annoncé leur découverte et qu'ils se soient par la suite efforcés de la garder secrète.  
 
En fait, il n'est pas rare que des renseignements déjà rendus publics soient ensuite considérés comme secrets; c'est là le processus habituel qui consiste à " faire le silence ". A chaque période de l'histoire, il y a toujours  de nombreux faits bien connus qui sont systématiquement passés sous silence afin qu'on cesse d'en parler. 

 Si nous prenons pour argent comptant le récit de Diodore concernant cette « île », il ne peut s'agir que de la découverte de l'Amérique. Il est intéressant de noter comment des auteurs modernes, que rien ne prépare à cette conclusion, réagissent devant de telles preuves. Dans l'édition de Diodore de Sicile publiée par la Loeb Classical Library  (vol. III, p.  145,  note  l),  à  propos  de  la  description  de l'île  (5,  19), l'éditeur remarque :  "Etant donné  les couleurs  idylliques  sous  lesquelles  cette  île  de l'Atlantique est dépeinte, l'historien n'a plus à se soucier de l'identifier, même si certains auteurs y voient la plus grande île de l'archipel de Madère qui, toutefois, ne possède aucun cours d'eau navigable. » 
 
 Si nous analysons cette note, nous voyons qu'à l'en croire, nous n'avons pas à nous préoccuper de la moindre identification géographique, les îles de l'Atlantique au large de l'Afrique ne remplissant pas la condition nécessaire : les cours d'eau navigables, Mais, plus loin, commentant un autre passage (5, 20) [p.  150,  note  l],  le  même  éditeur  se  voit  dans l'obligation de reconnaître : <; II n'y a, ~mble-t-il,, aucune raison de mettre en doute l'assertion selon laquelle des marins phéniciens auraient bel et bien dérivé à un moment donné jusqu'à certaines îles de l'Atlantique  telles  que  Madère  ou  les  Canaries.
                                               
 
Cf. R. Hennig, Historische Zeitschrift, 139 (1928), 9. » En d'autres termes, parce que l'autorité la plus éminente dans le domaine des découvertes faites dans l'Antiquité (Hennig) dit que des marins phéniciens ont dû à un moment ou à un autre être poussés par des tempêtes loin des rivages de l'Atlantique, nous ne saurions mettre en doute l'assertion de Diodore dans ce sens. Seulement, après nous avoir informés que nous n'avions pas à nous préoccuper d'identifier cette île, l'éditeur nous informe ensuite qu'il pourrait s'agir de Madère ou des Canaries, bien qu'elles soient exclues, faute d'avoir des cours d'eau navigables 
 
— comme il l'a reconnu plus haut. Ainsi, au prix d'une confusion totale et d'un illogisme remarquable, il  refuse  obstinément  d'admettre  que  cette  île  ne peut se trouver nulle part ailleurs que dans l'hémisphère occidental, tout simplement parce que le sentiment de la respectabilité universitaire, tout au moins dans les milieux humanistes, excluait cette éventualité en 1939, année de publication de sa traduction. 

  Au IIe siècle de notre ère, Elien, auteur romain qui écrivit en grec, connaissait bien le Nouveau Monde décrit par Théopompe comme le seul « continent », car il était infini », tandis que l'Europe, l'Asie et  l'Afrique  n'étaient  que  des  îles  qu'entourait l'« océan » ". 

  Parmi les auteurs de l'Antiquité celui qui saisit le mieux le problème dans son ensemble fut Strabon (i" siècle avant et après J.-C.) ". 2 000 ans après, ses principaux  arguments  concernant  la  navigation extensive, au cours de ce que nous appelons le IIe millénaire avant J.-C,, restent valables. 
 
  Dans sa Géographie (1, 3, 2), Strabon annonce qu'il ne traite pas des hommes et des époques qui n'ont pas laissé d'archives, mais de ceux au sujet desquels nous possédons des documents. A la lumière de ces derniers, « on démontrera que les anciens ont fait de plus longs voyages, sur terre et sur mer, que n'en ont fait  leurs  descendants  ».  Si  on  considère,  fait-il remarquer, les exploits de héros antiques tels que Jason, les records maritimes n'étaient pas rares; qui plus est, Homère, premier des auteurs classiques, montre non seulement Ulysse mais aussi Ménélas entreprenant de longs voyages par mer, Strabon (l, l, 10) se rend bien compte qu'Homère a  introduit   des   faits  mythiques   dans   son   récit  historique et didactique », ce qui revient à dire qu'il faut procéder avec discernement pour dégager la vérité historique d'un texte littéraire (et tout particulièrement s'il s'agit de poésie).  
 
Il laisse entendre avec raison que dans le monde homérique les marins naviguaient aussi bien sur l'Atlantique que sur la Méditerranée et la mer Noire. Les aventures maritimes d'Ulysse, pour regagner lthaque après la guerre de Troie, n'appartiennent pas à l'histoire mais sont le reflet d'une période où la navigation dépassait de beaucoup la Méditerranée. Aussi Henriette Mertz at-elle entrepris, en se fondant sur des détails caractéristiques de l'épopée homérique, de situer le lieu de 
ses exploits maritimes, n'hésitant pas à localiser certaines scènes en Amérique". 
 
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Page de présentation de la Géographie de Strabon dans son édition de 1620. Sans cesse, depuis l'Antiquité, ce livre a été étudié par les géographes de toutes les époques. Il s'agit d'un grand classique précieux par ce qu'il contient sur les connaissances du monde des Anciens. 
 
Il n'y a pas si longtemps, les érudits croyaient que la guerre de Troie n'était qu'une création poétique dénuée de fondement historique. Schliemann, grâce à sa foi dans l'historicité de l'Iliade, entraîna la la découverte archéologique de la Troie antique. (La guerre de Troie a eu lieu, le fait est patent, même si le récit d'Homère est enjolivé à l'extrême.)  
 
Pour qui accepte de comprendre ce que parler veut dire, Strabon (3, 2, 13) a raison d'affirmer qu'Homère : dans le cas de l'Odyssée comme dans celui de l'Iliade, a adapté les faits historiques aux besoins de la poésie et de l'invention mythique coutumière aux poètes ». Strabon (3, 2, 14) considère que les Phéniciens sont les informateurs d'Homère, qu'ils avaient occupé la majeure partie de l'lbérie et de la Libye, avant l'époque d'Homère, et qu'ils restèrent les maîtres de ces régions jusqu'à ce que les Romains détruisent leur empire ». 

  Selon Strabon (l, 3, 2,), « peu après la guerre de Troie, les Phéniciens explorèrent les régions situées au delà des Colonnes d'Hercule, où ils fondèrent des cités ainsi que dans la partie centrale  de la côte libyenne ». La connaissance de l'océan entourant tous les continents alors connus est sous-jacente au concept homérique de géographie, et Strabon attribue cette connaissance aux marins de l'Antiquité, les Phéniciens par exemple. 

  Strabon (l, l, Cool remarque, ce qui est intéressant, que « le monde habité est une île; car chaque fois que l'homme est parvenu à atteindre les limites de la terre, il a trouvé la mer, et c'est cette mer que nous appelons océan ». (Soulignons, pour mémoire, que ce passage met en évidence l'emploi du mot « île » en grec ancien pour désigner une terre de la taille d'un continent.)
  Cette notion de la terre habitée baignée de toutes parts par l'océan est attribuée à Homère par Strabon (l, l, 3) car Homère < fait le soleil se lever de l'océan et se coucher dans l'océan; et il fait de même pour les étoiles ». En outre (l, l, 7),   dans l'histoire des armes d'Achille, Homère place l'océan dans un cercle formant le bord du "Bouclier d'Achille" pour indiquer que la terre est entourée d'eau. Dans le même passage, Strabon donne d'autres preuves qu'Homère  avait  connaissance  de  l'océan,  par exemple il mentionne les marées, caractéristiques des océans, mais beaucoup moins des mers intérieures comme la Méditerranée.
 

 La navigation au long cours doit être antérieure aux Phéniciens si (comme les historiens le font souvent, implicitement ou explicitement) nous faisons remonter leur entrée dans l'histoire à 1200 avant J.-C. environ. De fait, les Minoens, qui dominèrent la Crète et la mer Egée à l'âge du bronze moyen (2000-1600 avant J.-C.) et dont la puissance déclina progressivement à la fin  de l'âge du bronze (1600-1200 avant J.-C,), se rattachaient aux Phéniciens sur le plan linguistique" et en ce qui concerne leurs activités maritimes. Strabon (l, 3, 2) fait partie des auteurs grecs au courant de la thalassocratie de Minos. Le fait que les Minoens aient laissé aux Grecs de l'époque classique, qui avaient déjà appris à tirer profit de la mer et à naviguer, le souvenir de thalassocrates (maîtres de la mer) indique, comme Strabon le laisse entendre avec juste raison, la supériorité des Minoens sur les Grecs et les Romains, dans l'art de la navigation. 

 Le témoignage de Strabon peut être résumé de la façon  suivante :  antérieurement  à la  conception continentale  du  monde  classique,  existait  une conception plus ancienne. 
 
Extrait de l'Amérique avant Colomb par  le Pr. Cyrus H. Gordon (Brandeis University). Ed. Robert Laffont 1973 
 
 
 
 
 
 


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Reconstitution du Parthénon d'Athènes au Ve s. av.J.-.C.

Une conception maritime du monde fondée sur l'expérience  de  navigation  océane  des  anciens,  par exemple des Minoens et des Phéniciens, à l'âge du bronze et au début de l'âge du fer, A l'époque romaine, l'horizon géographique de l'humanité était de nouveau réduit à la dimension continentale qui se perpétua Jusqu'à l'époque de Christophe Colomb 21 Nous pouvons maintenant aborder la plus controversée de toutes les sources de l'Antiquité concernant le  Nouveau  Monde,  l'Atlantide  de  Platon.  Platon (IV" siècle  avant J.-C.)  parle  de l'Atlantide  dans le Timée : une île immense, située à l'ouest des Colonnes d'Hercule, plus grande que l'Afrique et l'Asie réunies, et dont Solon, au cours d'un voyage dans le delta du Nil, avait appris l'existence par un prêtre égyptien. (Platon donne davantage de détails sur la description et les institutions de l'Atlantide dans le Critias ".) Grâce à elle, les navigateurs pouvaient traverser l'océan Atlantique : d'Europe ou d'Afrique jusqu'en Atlantide, et de là cap sur l'ouest jusqu'à d'autres îles pour aborder finalement sur un véritable continent". Les rois des Atlantes bâtirent un empire comprenant l'Atlantide, des archipels, une partie de l'Europe situé à l'ouest, l'Afrique septentrionale jusqu'à l'Egypte, et l'Europe jusqu'à l'Etrurie.

De leurs bastions méditerranéens ils menaçaient le Levant que sauvèrent les Grecs, plus particulièrement les Athéniens. Par la suite une série de tremblements de terre violents engloutirent l'Atlantide, si bien que l'étendue d'eau entre les Colonnes d'Hercule, les îles et le continent situé à l'ouest, fut trop grande, et les navires ne pouvaient la franchir. Ainsi furent interrompus les contacts entre ce que nous appelons de nos jours les hémisphères occidental et oriental.
 

De toute évidence, le récit du Timée touchant l'Atlantide n'est pas historique au sens ordinaire du terme. C'est à l'orgueil inspiré par une cité illustre que nous devons la glorification d'Athènes en tant que sauveur de la Grèce et du Levant tout entier, face  aux Atlantes.  Au  point  de vue  géologique, d'étranges changements cataclysmiques ont eu lieu, et il y a des auteurs pour soutenir que les Açores, Madère, les Canaries et les îles du Cap-Vert sont les sommets de l'Atlantide engloutie.

D'autres océanographes que j'ai consultés, m'assurent que la légende de l'Atlantide représente une impossibilité sur le plan géologique. Je n'ai pas compétence pour me former une opinion sur la question. Néanmoins, avant de tenter de dégager le fondement historique de la légende qui entoure l'Atlantide, il nous faut traiter  des  légendes  concernant  les  disparitions d'îles.
 

Les navigateurs qui, comme les Phéniciens, vivaient du commerce, avaient comme politique de garder secrètes les sources de leurs richesses. On trouve un exemple de cette attitude lorsque Strabon (3, 5, II) raconte l'aventure d'un capitaine phénicien commerçant avec les Cassitérides (les îles d'étain). Un navire romain se mit dans son sillage dans l'espoir de découvrir la source d'approvisionnement des Phéniciens. Mais le capitaine phénicien attira le bâtiment romain sur des hauts-fonds et les deux navires firent naufrage. Cependant, le capitaine phénicien survécut et reçut de l'Etat le remboursement de sa cargaison car il avait bien mérité de son pays dont il avait empêché les concurrents romains de percer le secret.

  Ce contexte permet d'entrevoir le point de départ d'histoires inventées au sujet d'îles englouties dans la mer. La plus ancienne légende de ce type, est celle du Marin naufragé, qui nous vient d'Egypte et remonte au Moyen Empire (II" millénaire avant J.-C.).  Nous  examinerons  ce  texte  dans  un  autre chapitre. Il suffira pour l'instant de noter le parallèle le plus ancien, dans la littérature grecque classique : l'histoire de l'île des Phéaciens, dans l'Odyssée. Ulysse, naufragé, échoue sur cette terre merveilleuse  d'où  il repartira  pour lthaque,  chargé  de cadeaux. Mais il est inutile de rechercher la Phéacie, comme le texte nous en informe, un cataclysme l'a coupée du reste du monde".

 La légende de l'Atlantide soulève plusieurs problèmes d'histoire. La civilisation Cretoise présente des caractéristiques très différentes  du reste du Proche-Orient, où les sources écrites remontent à un millier d'années avant la période minoenne et où les sources  archéologiques  remontent  à  plus  loin encore.

 Les Cretois font preuve d'un sens du mouvement inconnu des Mésopotamiens et des Egyptiens qui les ont précédés, mais dont l'art est plutôt statique. Le costume minoeu a un style caractéristique; il en est de même de la coiffure à plumes, qui rappelle à s'y méprendre celles du Nouveau Monde. Les preuves tirées du système d'écriture sont encore plus frappantes. Les hiéroglyphes et les signes syllabiques minoens diffèrent nettement des systèmes d'écriture égyptiens et mésopotamiens, les contacts entre le système minoen et les autres systèmes de l'Ancien Monde sont secondaires.

Ce qui frappe c'est la série de rapports épigraphiques entre les écritures du Nouveau Monde et celle des navigateurs minoens et phéniciens (dont nous aurons à reparler). Affirmer que tout a commencé dans la mer Egée et s'est déplacé vers l'ouest est une vue partiale et partielle. Le mérite de l'Atlantide réside précisément dans le fait que l'île légendaire occupe un emplacement intermédiaire reliant l'Ancien et le Nouveau Monde. Mais nous pouvons nous passer de l'Atlantide, et nous ferons bien, vu le caractère nébuleux des spéculations  qui  entourent  l'Atlantide  de  n'y  attacher aucun poids tant que la question ne sera pas tranchée dans un sens ou dans l'autre. Il devient de plus en plus évident que le réseau international de navigateurs marchands organisés en guildes a joué un rôle important en Méditerranée à l'âge du bronze.

Nous les connaissons grâce à certains textes comme les tablettes d'Ougarit (1400-1200 avant J.-C.). On ne peut attribuer aux thalassocrates aucune origine géographique précise. Ils ont la maîtrise d'îles et de ports à partir desquels ils exploitent les zones continentales qui leur fournissent des matières premières. Ils n'essaient pas de dominer des continents entiers dans le seul but de bâtir un empire continental. Des types d'écriture apparentés sur le plan formel au syllabisme Cretois et ou à l'alphabet phénicien ont été trouvés sur tout le pourtour de la Méditerranée, de l'Asie Mineure à l'Espagne, ainsi qu'en Amérique".

 Nous devons commencer à compter avec les peuples de la mer et non plus seulement avec les < peuples de la terre ». Les Assyro-Babyloniens venaient de Mésopotamie, les Mèdes et les Perses d'Iran, les Egyptiens de la vallée du Nil, etc. Mais il y avait aussi les peuples de la mer tels que les Minoens et les Phéniciens, à qui nous sommes redevables d'une grande partie de notre civilisation, notamment l'alphabet.

  A l'âge du bronze, le grand réseau de navigateurs marchanda ne se limitait pas à la Méditerranée, ou à d'autres mers intérieures, mais était océanique et intercontinental.
 Notre problème est psychologique. A l'instar des Grecs et Romains de l'époque classique, et comme les  Européens  d'avant  le  xv"  siècle  de  notre  ère, nous avons une conception de l'histoire plus continentale que maritime.


Cela ne présente aucun inconvénient lorsqu'il s'agit de périodes à prédominance continentale,  telles  que  les  périodes  d'expansion assyrienne, perse, macédonienne, romaine, etc. Mais c'est  erroné quand on l'applique  (ne serait-ce que subconsciemment) au milieu et à la fin de l'âge du bronze,  ainsi  qu'aux  périodes  d'initiatives phéniciennes au début de l'âge du fer.


 Maintenant que nous avons atteint la lune et que nous envisageons de mettre le pied sur d'autres planètes nous ne devrions pas avoir trop de mal à saisir le  rôle  historique  des  navigateurs  marchands  qui croisèrent sur les sept mers et nous ont laissé textes et monuments en témoignage,
 De même, ce que nous trouvons dans la littérature de l'Ancien Monde sur le Nouveau Monde dans l'Antiquité démontre que nous avons en puissance des  indices  permettant  de  déchiffrer les  inscriptions du Nouveau Monde.  


 Les classiques grecs sont désormais importants pour éclaircir les mystères de l'Amérique ancienne, tout comme ils ont beaucoup aidé à déchiffrer les écritures oubliées de l'Ancien Monde.

 En bref, les classiques grecs attestent de façon indépendante et répétée l'existence de contacts transatlantiques entre la Méditerranée et l'Amérique.

Extrait du livre "L'Amérique avant Colomb" par Cyrus Gordon. Ed. Robert Laffonnt 1971


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