PALENQUE
A 150 km de Villahermosa se trouve l'un des ensembles les plus remarquables de l'architecture maya classique. Edifiée sur les contreforts d'une sierra recouverte de jungle et dominant une vaste plaine humide, Palenque est l'une des portes d'accès à l'univers encore mystérieux d'une des plus grandes cultures d'Amérique : la culture maya.
Les Mayas concevaient l'univers comme un ensemble de plans superposés. La terre, de forme carrée, était soutenue à chaque coin par des "Bacabs" placés aux points cardinaux, caractérisés par une couleur déterminée. Au-dessus, 13 cieux, les Oxlahuntiku, formaient une espèce de voûte brisée, composée de six niveaux ascendants correspondant au soleil matinal, un palier (le soleil à son zénith) et six niveaux descendants (le soleil vespéral). Au-dessous, 9 enfers ou infra-mondes : les Bolontiku, 4 descendants, un palier, et 4 ascendants. Chacun des cieux et des enfers était la résidence d'une divinité qui se divisait en deux, parfois en quatre personnages ou aspects, accompagnés d'une divinité féminine aux catactéristiques similaires. Au-dessus des cieux, d'autres manifestations, comme certaines étoiles, les comètes et les galaxies (la voie lactée était représentée comme un iguane ou un serpent qui se déroulait dans le ciel), et au-dessous, soutenant l'univers, un autre monstre en forme de crocodile qui flottait sur les eaux primordiales. Les Oxlahuntiku et les Bolontiku soutenaient un combat continu où dominaient toujours les dieux de la mort. Mais la mort n'était conçue que comme l'antécédent de la vie qui recommençait au niveau suivant le matin, avec le soleil. Le dernier enfer, le Xibalba, était ainsi le prélude de la renaissance.
L'univers physique des Mayas n'était bien souvent qu'une représentation matérielle de cette cosmovision, et beaucoup de villes se divisaient ainsi en 4 quartiers groupés autour d'un centre. De même, les ensembles sont formés par une place entourée de 4 constructions où l'orientation joue un rôle très important.
L'univers politique maya était, lui aussi, une carte du cosmos dont selon certains chercheurs, Tikal était le centre. Copán, à l''est, la ville où naît la vie, et Palenque, à l'ouest, en direction du soleil couchant, l'endroit le plus proche de l'inframonde. Palenque, par ses nombreuses tombes, est considérée par certains comme une nécropole sacrée. Pour les Mayas, être vivant, posséder la vie, c'était aussi posséder la mort, dont la possession était la vie. L'histoire de Palenque
Formant partie d'un ensemble qui s'étire sur 6 à 8 km, la zone cérémonielle couvre une surface de 500 m sur 300 m. Palenque connut son apogée entre le VIIème et le IXème siècles, avant de périr comme toutes les villes mayas, pour des raisons encore mal connues.
L'abondance des inscriptions trouvées dans la tombe et les autres monuments de Palenque a permis de traduire certains glyphes et d'interpréter certains textes à contenu historique, en particulier les noms des rois qui ont gouverné cette ville. Dans la tombe du roi Pakal ont été retrouvés les portraits et les noms de ses ancêtres, ainsi que les dates de leurs règnes.
Pakal, le roi au pied-bot si souvent représenté dans les sculptures, fut le grand constructeur de la ville. Il régna de 615 à 683, et son fils Kan Balam lui succéda. Celui-ci avait six doigts aux mains et aux pieds. La dynastie paraît avoir commencé en 501 avec Chaacal I, né en 465 et mort en 524.
Les fouilles archéologiques ont confirmé les contenus et les dates des inscriptions. Aucun monument antérieur au VIème siècle n'a été retrouvé, mais le site était déjà vraisemblablement occupé, comme le démontre la présence de céramiques locales et importées du Peten.
Les premières constructions correspondent au groupe nord (différents temples, dont celui du Comte, en souvenir du baron de Waldeck qui y séjourna, le Jeu de Balle, et les premières étapes du Palais), puis vint l'époque de splendeur pendant laquelle fut terminé le Palais, et construits les temples des Croix, celui du Soleil et celui des inscriptions qui contient la tombe de Pakal. Peu après, des influences externes se firent sentir et, au début du IXème siècle, Palenque souffrit le déclin des villes mayas.
Le temple des Inscriptions
Construction la plus importante, cette pyramide à neuf étages (les neuf mondes souterrains) soutient un temple à l'intérieur duquel se trouve encore le "tablero" aux inscriptions mayas les plus longues. A l'entrée, une dalle du sol couvre un escalier qui descend jusqu'à la crypte située à 1,5 m au-dessous du niveau de la base de la pyramide et à 22,5 m du niveau du temple. La crypte, qui mesure 7 m sur 3,5 m, contient un immense sarcophage de pierre couvert d'une dalle sculptée. En étudiant cet ensemble, on se rend compte que la crypte fut construite avant la pyramide qui la couvre et finalement avant le temple. L'ensemble fut bâti sous l'égide de Pakal qui régna soixante-huit ans et y fut inhumé. Ce cas est unique dans la région maya. L'escalier extérieur n' pas été terminé, pas plus que celui que l'on voit en bas. Le trésor de jade et les masques de stuc découverts dans la crypte sont actuellement conservés au Musée d'anthropologie de Mexico.
Le Palais
Sur une plate-forme de 100 m sur 80 m, haute de 10 m, s'étale un ensemble de palais de différentes époques, groupés autour de quatre cours au milieu d'une desquelles se dresse une tour de quatre étages de presque 20 m de hauteur. Chacune des cours, de dimensions différentes, est entourée de galeries et de salons décorés. Par la suite, certains salons furent divisés par des parois intérieures et des installations sanitaires aménagées dans l'une des cours. La tour devant servir de guet et d'observatoire astronomique.
Dans la partie sud, des souterrains, qui reliaient le palais à la façade sud, forment des cellules où se dressent des autels. Quoique très mutilé par les pilleurs et les chercheurs de trésors, le Palais conserve encore quelques traces des merveilleuses sculptures en pierre et en stuc qui font la renommée de Palenque. Les bases de certains murs sont décorées de dalles gravées, les piliers conservent des restes de sculptures en stuc et des mascarons, des frises et des motifs réalistes sont encore visibles sur les galeries et les salons, ainsi que des peintures murales à certains endroits.
Les temples des Croix et du Soleil
Entre le Palais et la montagne de l'est, de l'autre côté du ruisseau, trois temples construits sur des monticules, qui n'ont pas été restaurés, entourent une place partiellement déblayée. Contrairement aux autres sites mayas de cette époque, où les stèles sont toujours abondantes, à Palenque elle furent remplacées par des "tableros" (grandes dalles de pierre couvrant les murs des temples) gravés de signes et de scènes symboliques. Les trois temples que l'on vient de citer furent baptisés du nom des tableros qui y furent trouvés. Celui du Soleil, un des mieux conservés, représente une adoration de l'astre représenté par un bouclier et deux lances croisées, reposant sur un trône soutenu par deux esclaves. De chaque côté, des prêtres ou des rois présentent des offrances. Plusieurs colonnes de glyphes sont situées sur les côtés où se lit la date 642. L'original du tablero de la Croix est actuellement au Musée d'anthropologie de Mexico. A l'entrée du sanctuaire, de magnifiques bas-reliefs représentent des prêtres et des glyphes. Face au temple du Soleil se trouve celui de la Croix Feuillue qui, comme dans le cas antérieur, représente une grande croix dont les extrémités se transforment en feuilles de maïs et en têtes humaines (les épis). Au-dessus, les symboles du soleil et du dieu de la pluie. Autour, des prêtres présentent des offrandes. Ces deux tableros ont fait couler beaucoup d'encre : ils laissent supposer que les Mayas connaissaient le symbole de la croix.
Beaucoup d'autres petits temples, plus ou moins bien conservés, sont disséminés dans la forêt, d'autres n'ont pas encore été explorés.
En face du temple des Inscriptions se dresse le mausolée où reposent les cendres d'Alberto Ruz Lhuillier, qui a découvert la tombe de Palenque. Ce site est inscrit au Patrimoine culturel mondial de l'Unesco depuis 1987. |